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Israël mène des frappes à Gaza en réponse à un tir de roquette

Piotr Smolar

A l’approche des élections, Benyamin Nétanyahou souhaite montrer qu’il sanctionne le Hamas, tout en évitant de basculer dans la guerre

JÉRUSALEM - correspondant Deux images en simultané ont dominé les écrans israéliens, lundi 25 mars. La première était celle de Benyamin Nétanyahou reçu par Donald Trump à la Maison Blanche. Le président des Etats-Unis a signé la proclamation reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, annexé en 1981. Mais l’euphorie n’était pas de mise : le tir d’une roquette depuis Gaza vers l’agglomération de Tel-Aviv, causant sept blessés, plaçait une nouvelle fois le gouvernement israélien dans l’obligation de châtier le Hamas, au moins symboliquement, tout en évitant de basculer dans la guerre, à deux semaines des élections législatives.

Pendant que les deux dirigeants se rencontraient à Washington, les avions de chasse et les hélicoptères survolaient le territoire palestinien, frappant des « dizaines » de cibles. L’armée revendique la destruction dans le quartier de Tzabra, dans la ville de Gaza, du quartier général secret des services de renseignement militaire et civil du Hamas, ainsi que d’un bâtiment de cinq étages dans le quartier de Rimal, qui aurait servi à des fins militaires. Les bureaux du chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, ont été visés. Un avertissement politique clair.

En réponse, les factions palestiniennes ont tiré des roquettes vers les communautés israéliennes frontalières. Vers 22 heures, le porte-parole du Hamas, Faouzi Barhoum, annonçait qu’un cessez-le-feu avait été conclu, par l’intermédiaire de l’Egypte, le médiateur habituel. Comme le 14 mars, ou bien le 21 juillet et le 29 mars 2018, journées marquées par des épisodes de violence brefs et intenses. Au même moment, l’armée israélienne continuait à frapper Gaza. Une quinzaine de sites étaient visés dans le nord de la bande. Côté palestinien, une trentaine de roquettes étaient tirées, et interceptées ou tombées dans des champs.

« Réponse puissante »

« Le cessez-le-feu tient », assurait au Monde, mardi matin, Ghazi Hamad, haut responsable du Hamas. Bien qu’un calme précaire soit revenu mardi matin à l’aube, l’armée a interdit tout rassemblement en intérieur de plus de 300 personnes, dans les villes israéliennes proches de Gaza. Les écoles ne devaient pas ouvrir.

Avant de quitter les Etats-Unis, M. Nétanyahou s’est félicité de la « réponse puissante » apportée par l’armée, tout en se plaignant du fait que les journalistes n’avaient pas couvert « plus d’une minute » la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté sur le Golan. Cette visite n’a pas été le triomphe diplomatique prévu. Tout cela en raison d’une seule roquette tirée de Gaza, qui s’était écrasée peu après 5 heures du matin sur une maison à Mishmeret, communauté située à une trentaine de kilomètres au nord de Tel-Aviv. Le domicile a été éventré et sept personnes ont été blessées, dont un bébé et un enfant de 3 ans.

Cette attaque constituait un défi sécuritaire et politique pour Israël. Conscient de l’enjeu, Benyamin Nétanyahou a décidé d’écourter son séjour aux Etats-Unis. Cette contrariété a mis en lumière les limites de son cumul des fonctions. A la fois premier ministre et ministre de la défense depuis la démission d’Avigdor Lieberman en novembre 2018, « Bibi » a dû gérer la réponse militaire tout en préparant sa visite à la Maison Blanche.

A l’approche des élections législatives, Benyamin Nétanyahou est attaqué à droite en raison de la fin de la dissuasion israélienne face au Hamas. Ces critiques viennent aussi bien de faucons comme Naftali Bennett, qui rêve du portefeuille de la défense, ou Avigdor Lieberman, que de Benny Gantz, le principal rival du premier ministre, à la tête de la nouvelle formation Bleu Blanc de centre droit. Sur le fond, la droite israélienne est rattrapée par son absence de vision au sujet de Gaza, enfermée dans un paradigme exclusivement sécuritaire.

Un haut cadre du Hamas, Bassem Naïm, a estimé dans la journée que le tir « pourrait être dû à de mauvaises conditions météo ». Etonnante justification, alors que les intempéries, depuis la dernière guerre à l’été 2014, n’avaient jamais provoqué d’erreur de manipulation aussi dramatique.

L’armée, elle, tient le Hamas pour responsable du tir déclenché lundi matin des environs de Rafah. La roquette serait de fabrication artisanale et locale, d’une portée de 120 kilomètres. Le 14 mars, les autorités avaient accepté l’explication fournie par le mouvement islamiste armé, après le tir de deux roquettes en direction de l’agglomération de Tel-Aviv. Elles n’avaient pas causé de victime ou de dégâts. Les dirigeants du Hamas avaient parlé d’une « erreur », sans en préciser la nature et l’origine.

Réorienter la colère

En réalité, les groupes armés palestiniens estiment que seuls les épisodes de violence permettent de peser et de combattre l’indifférence générale. Le 22 mars, deux Palestiniens ont été tués à la frontière de Gaza, où les factions ont repris leurs activités de harcèlement des soldats israéliens, multipliant les jets d’engins explosifs. Elles comptent mobiliser massivement la population à l’occasion du premier anniversaire de la « marche du retour », le 30 mars. Le Hamas mise sur ce rendez-vous pour réorienter la colère populaire vers l’extérieur, après avoir réprimé violemment la contestation sociale contre le coût de la vie.

Un autre facteur pourrait avoir contribué à l’escalade de lundi matin : la situation des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Deux gardiens de la prison de Keziot ont été blessés dimanche, poignardés par des détenus, qui ont aussi compté plusieurs blessés dans leurs rangs lors de l’émeute. Quelques jours plus tôt, dans la prison de Ramon, des prisonniers avaient mis le feu à leurs matelas.

Depuis des semaines, la tension est vive en raison de nouveaux brouilleurs de communication mis en place par les services de sécurité, rapporte la presse israélienne. Ils visent à empêcher l’usage de téléphones portables, interdits mais très répandus. Or il s’agit du seul lien avec leurs proches pour de nombreux prisonniers détenus pour des peines longues. Ils permettent également de coordonner les actions avec les factions à l’extérieur. Des manifestations de soutien étaient prévues mardi en Cisjordanie.

20190327-p3-gaza.txt · Last modified: 2019/03/26 19:13 (external edit)