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Dons de sperme : « L’anonymat était pour moi une évidence »

Solène Cordier

L’Assemblée nationale a voté, mercredi, le droit d’accès aux origines pour les personnes nées d’une PMA avec don de gamètes

TÉMOIGNAGES

Quelque peu éclipsé par l’emblématique ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, l’accès aux origines prévu dans le projet de loi de révision de bioéthique a été adopté à l’Assemblée mercredi 2 octobre, par 57 voix 16 contre, et 10 abstentions. L’article 3 qui le consacre permettra, s’il est voté, aux personnes nées d’une PMA avec tiers donneur d’accéder, à leur majorité et à la double condition qu’elles en aient connaissance et le souhaitent, à des informations non identifiantes et à l’identité de leur géniteur, ce qui est actuellement impossible.

Bien que la loi ne soit pas rétroactive, que pensent de ce nouveau droit d’accès aux origines ceux qui, un jour, ont donné leur sperme pour aider un couple infertile à concevoir un enfant ? Les lecteurs qui ont répondu à l’appel à témoignages sur Lemonde.fr n’apportent pas, loin s’en faut, une réponse unanime à cette question.

Leurs motivations apparaissent en réalité comme le seul terreau commun. A l’exception de ceux qui ont effectué ce geste à une époque où il pouvait être rémunéré (avant la première loi de bioéthique, en 1994) – « 400 francs l’acte pour un maximum de trois actes espacés de quinze jours », se souvient l’un d’eux – la plupart des répondants ont donné pour aider. Un acte de générosité souvent lié à la découverte des soucis d’infertilité de couples proches.

Pour Amaury, le passage à l’éprouvette a été provoqué par les confidences d’un couple d’amis en procédure de PMA. « Mon don leur a permis de réduire de six mois leur délai d’attente ». Dans certains centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos), un donneur qui signale être envoyé par un couple en parcours de PMA lui permet de remonter dans la file d’attente des dons.

« Simple géniteur »

Devenir parents apparaît comme un déclencheur. Ce fut le cas pour Bruno Delaunay, sensibilisé aux problèmes d’infertilité après la naissance de ses jumeaux, grands prématurés, en 1994. « Avec mon épouse, nous avons croisé beaucoup de parents autour des couveuses, concernés par des difficultés de conception ». La proximité du Cecos, situé dans l’enceinte de l’hôpital, a facilité sa démarche. A l’époque, « l’anonymat était pour moi une évidence et je ne l’aurais pas fait si ce n’avait pas été le cas, ajoute ce fonctionnaire de 56 ans. Je n’ai aucune envie qu’un jeune adulte me contacte. Je me considère comme un simple instrument de “remplacement” ». Sur cet aspect, beaucoup lui font écho. Pour Jacques C., qui a franchi le pas il y a des années, « il était impensable que je puisse un jour avoir des contacts avec le “produit de ma semence” ». Tous en sont convaincus : « Est père celui qui élève les enfants, et non celui qui est le simple géniteur. »

Sensibles toutefois à la souffrance exprimée par des enfants nés dans ce cadre, certains ont révisé leur jugement. Comme l’écrit Gilles, 70 ans, qui précise pourtant avoir, des années plus tôt, considéré l’anonymat comme protecteur : « Actuellement, je fais partie de ceux, parmi les anciens donneurs, qui accepteraient d’être contactés par des personnes nées de ce don, dans des conditions à préciser. » Selon le projet de loi, seule la manifestation volontaire des anciens donneurs auprès d’une commission dédiée permettra qu’ils puissent être un jour contactés.

Sans attendre, certains ont pris les devants. Alain Tréboul, engagé auprès d’associations militant pour l’accès aux origines, a par exemple choisi de faire deux tests ADN « pour faciliter l’éventuelle recherche » d’enfants nés de son don, effectué en 1974. « J’ai sollicité les médecins pour leur demander si mon don avait servi mais je n’ai eu aucune réponse. J’espère qu’un jour ou l’autre, quelqu’un me contactera. » Quant à Colin, qui envisageait de donner avant d’apprendre que le nouveau régime prévoit de consentir à laisser son identité, il a renoncé, anticipant les effets négatifs sur sa famille d’une éventuelle future sollicitation.

A l’Assemblée, la crainte que le nouveau régime entraîne une chute des dons est d’ailleurs revenue dans les discussions. S’appuyant sur l’exemple des pays européens qui ont ouvert l’accès à l’identité du donneur, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, s’est montrée confiante sur le fait qu’après une baisse momentanée, l’arrivée de nouveaux profils, sensibilisés aux vertus de l’accès aux origines, permette de faire face à la demande. Un amendement voté mercredi a en outre prévu que les dons recueillis sous l’ancien régime puissent passer sous le nouveau, à la condition d’une demande expresse du donneur.

20191004-p12-sperme.txt · Last modified: 2019/10/04 05:50 (external edit)