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Pour l’Iran, un conflit ouvert est peu envisageable

Clément Therme

Si Téhéran déclenchait les hostilités contre les Etats-Unis, cette décision menacerait la survie du gouvernement de la République islamique, tant le mécontentement populaire grandit dans le pays

Alors que les tensions s’accentuent dans le golfe Persique, les gouvernements américain et iranien ont intérêt au maintien d’une paix froide. En effet, l’un des principaux facteurs favorables au maintien du statu quo est la forte opposition des opinions publiques des deux pays à une guerre. Aux Etats-Unis, il y a une fatigue de la guerre après les interventions en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), qui sont des échecs sur le plan de la reconstruction des pays et des objectifs affichés pour justifier l’intervention militaire. En Iran, le souvenir de la guerre Iran-Irak (1980-1988) est toujours très présent dans la mémoire collective, et l’une des principales forces du régime de la République islamique est d’assurer une certaine stabilité à la population en comparaison avec les Etats faibles irakien et afghan. En d’autres termes, déclencher une guerre signifierait pour le gouvernement iranien menacer sa propre survie en raison du mécontentement populaire lié à la crise économique et à l’absence de progrès significatifs pour les droits des femmes et la liberté d’expression dans le pays sous un gouvernement officiellement modéré.

Peur d’un effondrement économique

  • 对经济崩溃的恐惧

La question de la « modération » de la politique étrangère iranienne est d’ailleurs controversée. Il s’agit d’un équilibre entre la poursuite de l’objectif de la survie de la République islamique et le maintien des préférences idéologiques héritées du corpus légué par l’ayatollah Khomeyni. Cette retenue de Téhéran (en dépit de la présence d’otages binationaux dans les prisons iraniennes et de la répression en interne) s’explique d’abord par la nécessité pour les dirigeants de respecter le rythme des institutions de la République islamique tout en préparant l’opinion publique à une réaction. D’un côté, le Guide confirme son rôle d’arbitre en maintenant le président, Hassan Rohani, et le ministre des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, jusqu’au terme du second mandat. De l’autre, la République islamique redouble d’efforts pour diffuser l’idéologie antiaméricaine propre à l’islamisme khomeyniste actualisée à l’aune des errements de l’administration Trump. Enfin, à l’intérieur du pays, la peur d’une confrontation militaire ou d’un effondrement économique constitue un frein à plus de radicalité opérationnelle de la part des élites politiques de la République islamique, qui restent pour le moment dans la surenchère rhétorique.

  • le corpus légué par l’ayatollah Khomeyni: 精神领袖霍梅尼的精神遗产
  • à l’aune de: 以。。。的标准
  • errement:transgression
  • la surenchère rhétorique: 论调的不断升级

L’Iran a jusqu’à présent préféré la poursuite du statu quo, car ni une escalade régionale ni un dialogue avec une administration Trump qui semble poursuivre un objectif de changement du régime politique de la République islamique ne sont apparus comme des alternatives crédibles pour l’Iran. Pour autant, si les dirigeants iraniens estiment que la survie du régime est menacée par la politique iranienne de Wahington, ce calcul pourrait évoluer et conduire à une nucléarisation accélérée de l’Iran et à une politique régionale plus interventionniste.

Les principaux facteurs déterminant la position de Téhéran seront les prochaines élections législatives et présidentielle dans le pays (2020 et 2021) et sa capacité à contourner les sanctions économiques unilatérales de Washington. L’Iran ne veut pas se laisser dicter le tempo de sa réaction par des facteurs exogènes, même si le résultat de l’élection américaine à la fin de l’année prochaine sera aussi un élément déterminant dans le calcul iranien. Pour le moment, il y a un consensus sur l’objectif de résistance voire de résilience face aux pressions américaines mais pas sur la méthode : modération ; ou surenchère limitée et ciblée à travers les prises d’otages et des actions des services de renseignement sur le sol européen ou dans l’environnement régional en ciblant les forces armées américaines.

  • des facteurs exogènes: 外部因素

Surenchère rhétorique

Le principal risque est que la politique américaine de pressions maximales conduise à une militarisation encore plus importante du système politique de l’Iran. Cependant, la surenchère rhétorique du côté des conservateurs iraniens, en particulier les responsables militaires des gardiens de la révolution, se heurte aux moyens militaires limités de l’Iran. On peut ainsi relever les difficultés à répondre à l’embargo pétrolier américain en ciblant les forces américaines dans la région (cela pourrait menacer les relations de bon voisinage avec le gouvernement irakien par exemple).

Il apparaît aussi que l’Iran ne peut pas mettre en œuvre dans la longue durée un blocage du détroit d’Ormuz, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, la supériorité militaire des Etats-Unis, dont la Ve flotte est basée à Bahreïn. Ensuite, le fait que le détroit est utilisé par l’Iran pour faire transiter la majorité de ses exportations pétrolières. Enfin, parce que des partenaires majeurs de l’Iran, comme la Chine, s’y opposeraient en raison du risque d’une flambée des cours du pétrole et aussi parce que la majorité du pétrole transitant par le détroit est destiné aux marchés asiatiques. Le message de l’Iran est clair : soit tout le monde, soit personne n’exporte du pétrole. Cependant, lors de la guerre des tankers dans la première guerre du Golfe (1980-1988), et lors des précédentes sanctions pétrolières américaines en 2011-2012, en dépit des menaces rhétoriques, l’Iran n’est jamais parvenu à interrompre complètement le trafic maritime dans le détroit.

La crise actuelle constitue un retour à la période de tensions militaires irano-américaines qui prévalaient sous George W. Bush (2001-2009). Avec deux différences majeures : la volonté affichée par le président Trump d’un retrait militaire du grand Moyen-Orient, et la multiplication des foyers de crise (guerres en Syrie et au Yémen notamment). Peut-on envisager de nouvelles négociations directes entre Washington et Téhéran ? Ce que rejette surtout le Guide suprême est la mise en place d’un canal de discussion public. Il privilégie la diplomatie secrète et les négociations informelles dans les relations de l’Iran avec le « Grand Satan » américain. C’est pourquoi les institutions non élues ont toujours bloqué une normalisation complète des relations diplomatiques entre la République islamique et les Etats-Unis. Le président Rafsandjani en son temps, puis surtout les présidents Khatami et Rohani, ont tenté de poursuivre cet objectif d’une normalisation complète des relations avec les Etats-Unis pour des raisons de realpolitik (assurer la survie de la République islamique), mais le Guide a toujours bloqué ces initiatives pour des raisons idéologiques : préserver l’héritage de l’ayatollah Khomeyni.

  • des foyers de crise: 危机区域
  • le Guide suprême: 伟大导师

Clément Therme est chercheur pour le programme Moyen-Orient de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres

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