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2015-1-13bis

Zarma, c’est la guerre

Poursuivis par la police, les frères Kouachi n’ont jamais cherché à effacer leurs traces ni à faire taire les témoins.

Mercredi 7 janvier

La voiture abandonnée par les frères Kouachi dans le nord de Paris, le 7 janvier. AP

11 h 40, Paris. Une Citroën C3 vient de s’encastrer dans un poteau de la rue de Meaux, dans le 19e arrondissement de Paris. L’accident est volontaire. Ses occupants ont sciemment barré la route de la vieille Clio de Patrick (les noms ont été volontairement omis), un retraité de 64 ans. Le chauffeur de la C3 met un pied à terre. Il porte un bonnet qui laisse son visage découvert et une kalachnikov. « Descends, on prend ta voiture », lance-t-il. « Si les médias t’interrogent, tu n’as qu’à dire “Al-Qaida Yémen” ! », poursuit-il en s’installant au volant.

  • s’encastrer
  • un poteau
  • sciement=knowlingly。 scie这个词根和science里的是一样的。 就是“知道”的意思。
  • s’installer au volant 坐到方向盘前面

Le second passager de la C3, un lance-roquettes en bandoulière, le rejoint à bord de la Clio. Les deux hommes, qui viennent d’abattre onze personnes dans les locaux de Charlie Hebdo et un policier dans leur fuite, sont calmes. Le retraité s’enhardit : « Est-ce que je peux récupérer mon chien sur la banquette arrière ? » L’animal débarqué, la Clio s’élance à vive allure en direction de la porte de Pantin. Patrick appelle le « 17 ».

  • un lance-roquettes en bandoulière 斜挎的火箭筒。 这个en bandoulière 我们在新疆一文中学过
  • s’enhardir
  • s’elancer A vive allure

Une patrouille du commissariat du 19e arrondissement sécurise le périmètre. La C3 est arrêtée en travers de la chaussée, le moteur tournant, une vitre et la lunette arrière brisées. Dans l’habitacle, les enquêteurs trouvent un chargeur de kalachnikov, un gyrophare et un drapeau noir à calligraphie blanche qui reprend la chahada, la profession de foi musulmane.

  • habitacle: passenger compartment of a car.
  • gyrophare 警灯
  • la Chahada, la profession de foi musulmane

Au pied du siège passager, dans une sacoche bleue Lacoste, ils découvrent une carte d’identité au nom de Saïd Kouachi. Le propriétaire de la Clio reconnaît l’un de ses agresseurs. Dans la foulée, les techniciens de l’Identité judiciaire relèvent sept empreintes et un ADN appartenant à Chérif Kouachi, son frère cadet.

  • sacoche bleue Lacoste 蓝色的鳄鱼牌包
  • dans la foulée

Retrouvez l’intégralité de nos contenus sur les révélations de l’enquête des attentats de Paris

  • 普通列表项目

Simple oubli ou volonté de signer leur crime, cette pièce d’identité constitue le premier indice d’une traque qui durera plus de quarante-huit heures. Un jeu de piste au cours duquel les fugitifs ne chercheront jamais à effacer leurs traces, pas plus qu’ils ne tenteront de faire taire les témoins qui croiseront leur route. Les tueurs de Charlie Hebdo ont déjà en tête l’épilogue de leur cavale : un assaut suicidaire contre les forces de l’ordre.

  • un jeu de piste au cours
  • en tête l’epilogue De leur cavale
  • un assaut suicidaire contre les forces de l’ordre

14 h 35. Des mandats de recherche sont émis à l’encontre des deux suspects qui se sont volatilisés porte de Pantin. Mais les enquêteurs se heurtent à un problème de taille : la documentation de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) n’est pas à jour.

  • des mandats de recherche
  • a l’encontre
  • se volatiliser
  • un problème de taille
  • être a jour

Condamné en 2008 dans le dossier de la filière irakienne des Buttes-Chaumont, Chérif Kouachi a également été impliqué dans le projet d’évasion d’un des auteurs des attentats parisiens de 1995. Sa fiche est pourtant nettement plus sommaire que celle de son beau-frère, Mourad, un temps suspecté par les enquêteurs : ce jeune homme de 18 ans avait en effet manifesté sur Internet son désir de partir en Syrie, l’obsession des services de renseignement.

  • un temps suspecté par les enquêteurs

La fiche de Saïd, qui n’a jamais été condamné mais est en contact avec des islamistes radicaux depuis dix ans, n’est guère plus documentée que celle de Chérif. Son adresse présumée dans le 19e arrondissement de Paris est erronée. Une imprécision qui fera perdre un temps précieux aux policiers.

  • erronée

17 heures. Les policiers perquisitionnent un second appartement, situé à Pantin (Seine-Saint-Denis). Son dernier locataire connu s’appelle bien Saïd Kouachi, mais il s’agit d’un homonyme de 81 ans. Le tueur de Charlie Hebdo, lui, vit à Reims depuis plusieurs années. L’adresse de Chérif à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) est, elle, correctement renseignée, mais l’appartement est vide. Les frères Kouachi sont introuvables. La DGSI met sur écoute une ligne de téléphone attribuée à leurs parents en Algérie, avant de réaliser qu’ils sont morts depuis plus de vingt ans.

  • perquisitionner
  • un homonyme de 81 ans 同名的81岁老人
  • mettre sur écoute

Pendant ce temps, les enquêteurs visionnent les vidéos de 21 axes routiers à la recherche de la Clio. Entre 11 h 45 et 12 h 45, ils dénombrent 110 véhicules répondant au signalement. En vain. « La qualité des vidéos reste moyenne et ne permet pas de déchiffrer les plaques d’immatriculation, ni même de dénombrer les occupants », écrivent-ils dans leur rapport.

  • dénombrer
  • les plaques d’immat

Jeudi 8 février 7 h 08, Montrouge. Un accident de la circulation vient de se produire avenue Pierre-Brossolette, à la limite entre Montrouge et Malakoff (Hauts-de-Seine). Laurent, un agent de voirie, procède au nettoyage de la chaussée avec un collègue tandis que deux policiers municipaux sécurisent les lieux. Leur mission terminée, vers 8 heures, les quatre fonctionnaires discutent sur le trottoir quand Laurent aperçoit un homme « monter le canon d’une arme de guerre » et tirer « plusieurs fois ».

  • un agent de voirie

« Je voyais des étincelles sortir du canon. Je croyais que c’était une plaisanterie, à tel point que je lui ai dit que ce n’était pas marrant au vu des événements d’hier… », racontera-t-il lors de son audition. L’homme vient de faire feu sur une policière municipale. Laurent se jette sur lui et agrippe son fusil. « Il voulait trouver un angle de tir et nous tirer dessus, encore. J’ai tenu la crosse et le canon à genoux, comme je pouvais (…) Ce gars était fort, déterminé, nerveux. »

  • marrant = funny

« Tu veux jouer avec moi, tu vas crever », lui lance froidement l’agresseur en sortant une arme automatique de sa poche. Laurent s’accroche d’une main au fusil, de l’autre à la manche du blouson et secoue « de toutes [s]es forces » pour le désarmer. Le tireur dégage son bras et lui assène un coup de crosse qui le fait chuter. « A moitié assommé, je l’ai regardé et je pensais qu’il allait m’achever, car il en avait la possibilité. »

  • un coup de crosse
  • à moitié assommé

« Bizarrement », l’agresseur l’épargne, range son arme et s’enfuit à « petites foulées » avant de braquer la voiture d’un automobiliste. « Avec le recul, j’ai l’impression que cet homme avait des projets… Peut-être un autre projet que de nous avoir tiré dessus. C’est étrange… », confiera plus tard l’employé de mairie.

  • a petites foulées

Mais l’individu a déjà fait une victime, à 8 h 04. La vidéosurveillance montre Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale de 26 ans originaire de Martinique, s’effondrer au milieu de la chaussée. Une balle lui a traversé la carotide. Elle mourra peu après son transport à l’hôpital.

  • s’effondrer
  • la carotide

« Ce que j’ai trouvé étrange, c’est que ce gars agissait comme un robot, sans expression sur le visage, expliquera Laurent. Il n’avait pas l’air fou, il savait précisément ce qu’il faisait : il semblait méticuleux, une gestuelle militaire. Aussi, il avait la tête d’un gamin qui avait l’air gentil. »

  • une gestuelle militaire

Station-service près de Villers-Cotterêts, le 8 janvier. Peter Dejong / AP

9 h 21, Villers-Cotterêts. Horst-Dieter, un touriste allemand originaire du Schleswig-Holstein, roule dans l’Oise depuis une bonne heure à bord de son camping-car quand il s’arrête faire un plein de diesel à la station Avia, sur la RN 2.

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Au moment où il s’apprête à récupérer son ticket de caisse, deux hommes font irruption dans la boutique et le menacent de leur kalachnikov. Chérif lui parle en français. Horst-Dieter n’y comprend goutte. Les deux frères lui font signe de rester calme et se dirigent vers les rayonnages. Au fond de la salle, un écran de télévision branché sur BFM-TV diffuse le récit de leur traque.

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Derrière le comptoir, l’employé de la station-service se met spontanément à genoux, les mains sur la tête. « Donne moi des sacs, t’inquiète pas, on te fera rien, on a juste faim », lui explique Saïd. Les frères remplissent deux sacs-poubelles de paquets de gâteaux et de bouteilles d’eau. « Tu nous as reconnus ? Tu nous as vus à la télé ? », demande Saïd à l’employé. Au moment de quitter la boutique, ils lancent : « Attends cinq minutes avant d’appeler la police ! » Les fugitifs disparaissent à bord de leur Clio en direction de Paris.

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Deux heures plus tard, les techniciens en investigations criminelles de la gendarmerie identifient les frères Kouachi sur les bandes-vidéo de la station-service. Le plan « Epervier » est déclenché et des réquisitions sont adressées au Centre automatisé de constatation des infractions routières afin d’obtenir les photographies des véhicules flashés dans les départements voisins.

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10 h 30, Paris. Deux hommes d’origine africaine, correspondant au signalement du tireur de Montrouge, sont placés en garde à vue. Ils sont rapidement relâchés : un travail sur l’entourage des frères Kouachi a permis à la sous-direction antiterroriste d’isoler deux profils correspondant aux témoignages. Le premier, après vérification, dort en prison. Le second se nomme Amedy Coulibaly.

Minuit. Le laboratoire de police scientifique de Paris isole un ADN masculin sur une cagoule abandonnée par le tueur de Montrouge. Il s’agit du profil génétique de Coulibaly. Quatre heures plus tard, les policiers investissent le dernier domicile connu du suspect, à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Sur un mur, un drapeau noir à calligraphie blanche, semblable à celui retrouvé dans la voiture des Kouachi.

Vendredi 9 janvier

Membres du GIPN dans le petit village de Corcy (Aisne), à 50 km de Dammartin-en-Goële, le 8 janvier. © Christian Hartmann / Reuters / REUTERS

8 h 10, Montagny-Sainte-Félicité. Marie-Annick, 49 ans, se rend en voiture à son travail sur une petite route boisée de l’Oise quand elle aperçoit « une forme » qui sort du bois. « J’ai cru que c’était un animal », racontera-t-elle aux enquêteurs. Elle ralentit, pense finalement avoir affaire à des gendarmes, puis s’immobilise. Plantés devant le capot de sa Peugeot 206, deux hommes pointent leurs « mitraillettes » sur elle.

Marie-Annick fait immédiatement le lien avec les auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo. Elle assure pourtant ne pas s’être « sentie en danger plus que ça ». « Ils ont été courtois avec moi, il n’y a pas eu de menaces ni d’insultes (…) Ils m’ont dit qu’ils allaient juste prendre mon véhicule. Je leur ai demandé si je pouvais prendre mes deux sacs derrière le siège conducteur, ils m’ont dit oui. » Au moment de démarrer, l’un des frères lance : « On a vengé le Prophète ! »

A quelques centaines de mètres de là, les gendarmes découvrent la Clio abandonnée par les frères Kouachi sur un chemin forestier. Il a plu toute la nuit et le véhicule s’est enlisé, contraignant les fugitifs à passer la nuit dans les bois. Dans l’habitacle, les restes des friandises dérobées la veille : cinq barres de Twix, trois barres de Bounty, un paquet de Snickers, deux Kinder Bueno, une barre de Nuts, un paquet de tartelettes, douze paquets de gâteaux Prince et trois bouteilles d’eau minérale.

Quelques centaines de mètres plus loin, les traces d’un campement de fortune au pied d’un arbre. Sous deux sacs plastique noirs posés au sol, des feuilles sont aplaties. Les deux frères s’y sont probablement installés pour se reposer.

8 h 30, Dammartin-en-Goële. Michel Catalano, gérant de la société CTD, entend sonner à l’Interphone. Il attend justement la visite d’un fournisseur. Il demande à son employé Lilian d’ouvrir la porte depuis le premier étage et descend l’escalier. A travers la porte vitrée, il aperçoit un homme en gilet pare-balles armé d’une kalachnikov et fait le rapprochement avec les individus recherchés depuis deux jours.

Il remonte, demande à son employé de se cacher puis retourne au contact des frères Kouachi. Les deux hommes lui assurent qu’il n’a pas à s’inquiéter. Tandis que le gérant leur montre comment se servir du café à la machine, Saïd lui lance : « Je suis un membre d’Al-Qaida et je ne tue pas les civils et les femmes, lisez le Coran, vous verrez, c’est la faute des juifs. »

« Il m’a alors demandé si j’étais juif et je lui ai répondu par la négative. J’ai ajouté que j’étais un Français d’origine italienne, raconte le gérant lors de son audition. Il a dit qu’il ne faisait pas de mal aux chrétiens, ce qui m’a paru bizarre. Il m’a dit qu’il voulait en découdre avec la police, l’Etat et tous ceux qui font du mal aux musulmans. J’ai le sentiment qu’ils s’imaginaient être des militaires, des soldats, et pas des terroristes. »

Alors que la conversation tourne autour de l’islam et de Michel Onfray, un des frères se fige en apercevant une affiche de pin-up : « Il l’a cachée et m’a dit que c’était une insulte à Dieu. » Les deux hommes demandent alors au gérant d’appeler les gendarmes. « La femme de la gendarmerie m’a demandé combien ils étaient. Les mis en cause me faisaient des signes avec les mains pour dire beaucoup, et j’ai répondu à la femme de la gendarmerie qu’ils étaient beaucoup. »

8 h 35. En embarquant dans leur Ford Focus, Francis et Mélanie, gendarmes à la brigade territoriale de Dammartin-en-Goële, pensent apporter du café chaud à leurs collègues déployés sur les différents points du plan « Epervier ». Ils commencent par servir des militaires à Chelles (Seine-et-Marne) quand ils reçoivent un appel radio : les deux hommes recherchés sont dans les locaux de CTD.

Premiers arrivés sur place, les deux gendarmes mettent pied à terre. Des silhouettes apparaissent à l’étage. Mélanie se penche dans l’habitacle de la Ford et confirme à la radio : « Y a les mecs ! » Elle court rejoindre son chef de bord, qui s’est réfugié en « protection balistique » contre une façade de l’imprimerie.

Francis est en position de tir, son pistolet Sig Sauer pointé vers l’entrée du bâtiment. Un homme en sort. Il tire en rafale sur la Ford Focus en criant « Allahou Akbar ! » avant de tourner son arme vers le gendarme. « J’ai tiré une seule fois. L’individu n’a pas tiré dans ma direction, il n’en a pas eu le temps », raconte le militaire.

Saïd Kouachi s’effondre, sans un bruit. Francis peut l’achever, mais il s’abstient, ne s’estimant plus en situation de légitime défense. Touché au cou, le jeune homme entre à quatre pattes dans le bâtiment. Le gendarme sort son couteau et crève un pneu de la Peugeot 206 afin de prévenir toute tentative de fuite. Il est bientôt rejoint par d’autres patrouilles de gendarmerie et les troupes du GIGN, qui prennent position autour de la société.

Dans l’imprimerie, Michel Catalano prodigue des soins à Saïd Kouachi. Le jeune homme lance à son frère cadet : « Je vais mourir ». Chérif le rassure : la blessure est superficielle. Une fois son bandage posé, le gérant demande à partir. Saïd refuse : « Tu vas te faire allumer. » A force d’insistance, il finit par céder. Michel Catalano s’extrait du bâtiment « les mains en l’air » et se réfugie derrière un véhicule de gendarmerie.

13 h 45, Paris. L’état-major de la PJ parisienne reçoit un message d’alerte : « Un individu de type africain est actuellement retranché dans une épicerie casher de la porte de Vincennes à Paris 20e, retenant plusieurs personnes en otage. »

Dammartin-en-Goële, le 9 janvier. Michel Spingler / AP

14 h 03, Dammartin-en-Goële. Un correspondant non identifié appelle la société CTD. Le répondeur se déclenche avant que l’un des frères Kouachi ne décroche : « C’est Saïd !… Oui, c’est moi… Ça va ? Hamdoulah ! [Rires] Zarma, c’est la guerre ! »

16 h 43. Les deux frères sortent des locaux de l’imprimerie en ouvrant le feu. Equipés de gilets pare-balles, ils sont abattus après deux minutes de tirs nourris. Saïd est touché à sept reprises ; l’autopsie relèvera treize impacts de balles sur son frère. Vingt-cinq minutes plus tard, l’assaut est lancé contre l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Amedy Coulibaly est également tué.

A Dammartin-en-Goële, les enquêteurs procèdent aux premières constatations. Dans les locaux de la société, ils découvrent une pile de 54 pages arrivées par fax durant le siège. Sur chacune, le même message : « Je suis Charlie ».

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