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2018-11-08-adonis
  • DIALOGUE
  • « Où étais-tu ?
  • Quelle lumière pleure sous tes cils ?
  • Où étais-tu ?
  • Montre-moi, qu’as-tu écrit ? »
  • Je n’ai pas répondu. Je n’avais plus de mots
  • Ne trouvant pas d’étoile sous le brouillard de l’encre
  • J’avais déchiré mes feuilles
  • Quelle lumière pleure sous tes cils ?
  • Où étais-tu ?
  • Je n’ai pas répondu
  • La nuit était hutte bédouine
  • les lanternes étaient tribu
  • et moi soleil émacié
  • sous lequel la terre changeait ses collines
  • et le vagabond croisait la longue route
  • .
  • Index des travaux du vent (aphorismes)
  • J’ai écrit mon identité
  • A la face du vent
  • Et j’ai oublié d’écrire mon nom.
  • Le temps ne s’arrête pas sur l’écriture
  • Mais il signe avec les doigts de l’eau
  • Les arbres de mon village sont poètes
  • Ils trempent leur pied
  • Dans les encriers du ciel.
  • Se fatigue le vent
  • Et le ciel déroule une natte pour s’y étendre.
  • La mémoire est ton ultime demeure
  • Mais tu ne peux l’y habiter
  • Qu’avec un corps devenu lui-même mémoire.
  • Dans le désert de la langue
  • L’écriture est une ombre
  • Où l’on s’y abrite.
  • Le plus beau tombeau pour un poète
  • C’est le vide de ses mots.
  • Peut-être que la lumière
  • T’induira en erreur
  • Si cela arrive
  • Ne craint rien, la faute est au soleil
  • .
  • .
  • .
  • MIROIR POUR UNE QUESTION
  • J’ai questionné et on m’a dit
  • La branche couverte de feu
  • est oiseau
  • On m’a dit que mon visage était la houle
  • Et le visage du monde miroirs
  • peine du matin, phare
  • Je suis venu
  • Encre était le monde sur ma route
  • Phrase tout frémissement
  • J’ignorais qu’entre nous
  • un pont était jeté – foulées
  • de flammes et prophéties
  • Un pont de fraternité
  • Et j’ignorais que mon visage
  • était vaisseau
  • Naviguant dans une étincelle
  • In Un refuge dans l’éclair, Mémoire du vent, Poésie/Gallimard, p.70
  • .
  • .
  • .
  • Hier
  • J’ai fermé la porte de ma chambre avec la prime étoile
  • J’ai tiré l’unique rideau et j’ai dormi avec ses lettres
  • Et voilà l’oreiller mouillé et les mots pleins
  • je suis magicien, son nom est encens et encensoir
  • je suis magicien, elle est étincelles et temple aux primes braises
  • je m’étends dans l’épaisseur de la fumée
  • je dessine les signes
  • je jette un charme à sa blessure
  • L’efface avec ma peau
  • O toi blessure ô enfer éclairant
  • Ô toi blessure ô mort ma familière
  • Dans la blessure il y a des tours avec des anges
  • Une rivière ferme ses portes, des herbes marchent
  • Un homme se dénude
  • Il effeuille la myrte sèche et il rend grâces,
  • L’eau tombe goutte à goutte sur sa tête,
  • Il se prosterne et disparaît
  • je rêve –
  • Je lave la terre jusqu’au miroir
  • je la frappe d’une muraille de nuages d’une haie de feu
  • Et je bâtis une coupole de larmes je les façonne
  • Que m’as-tu préparé comme ultime cadeau ?
  • « – Ma chemise, celle qui le jour des noces nous entourait.
  • Et je descendrai avec toi dans la tombe
  • Pour te rendre facile la mort de l’amour
  • te mélange avec mon eau et je te donne à boire à la mort
  • je te donne mon bien : la tombe et la gratuité de la mort. »
  • Une fois je l’ai vue sur la terre un flacon
  • Mer qui se penche
  • Pleine de conques et créatures réincarnées
  • Oiseaux et ailes
  • Et lors j’ai dit
  • Que la transparence de femme soit la transparence du ciel
  • Que le monde devienne une pierre de sexe
  • Et je la verrai mer qui se penche
  • J’aimerai son écume et creuserai pour elle un coin près
  • de mon œil
  • je jurerai aux vagues qu’elles sont mes voisines
  • Promenant selon leur sel mes angoisses
  • Elles veillant avec moi ou s’endormant
  • Lisent en moi leur propre écho :
  • Il dit : (Tu es ange et tu ne vois que sous la peau
  • C’est entre toi et l’ange l’unique ressemblance
  • Ne veux-tu découvrir le continent des profondeurs?
  • Donc, abandonne
  • À quelque autre que toi le continent des cimes.)
  • .
  • .
  • .
  • Miroir d’un tyran
  • Épi par épi,
  • N’en laissez aucun…
  • Cette moisson est notre paradis retrouvé,
  • Notre pays à venir.
  • Déchirez les cœurs avant les poitrines,
  • Arrachez les racines,
  • Changez cette glèbe
  • Qui les a portés.
  • Effacez un temps, qui a narré leur histoire,
  • Effacez un ciel qui s’est incliné sur eux,
  • Épi par épi,
  • Afin que la terre revienne
  • À son état premier…
  • Épi par épi…
  • Miroir de la luge noire
  • Tu as dit : Mon visage est navire, mon corps est une île,
  • et l’eau, organes désirants.
  • Tu as dit : Ta poitrine est une vague,
  • nuit qui déferle sous mes seins.
  • Le soleil est ma prison ancienne,
  • Le soleil est ma nouvelle prison,
  • La mort est fête et chant.
  • M’as-tu entendu ? Je suis autre que cette nuit, autre
  • Que son lit souple et lumineux.
  • Mon corps est ma couverture, tissu
  • Dont j’ai cousu les fils avec mon sang.
  • Je me suis égaré et dans mon corps était mon errance…
  • J’ai donné les vents aux feuilles,
  • J’ai laissé derrière moi mes cils,
  • De rage j’ai joué l’énigme avec la divinité
  • Et j’ai habité l’évangile de l’allaitement
  • Pour découvrir dans mes vêtements
  • la pierre itinérante
  • M’as-tu reconnu ? Mon corps est ma couverture,
  • La mort est mon chant et palais de mes cahiers,
  • L’encre m’est tombe et antichambre,
  • Mappemonde clivée par la désolation
  • En laquelle le ciel a vieilli,
  • Luge noire que traînent les pleurs et la souffrance.
  • Me suivras-tu ? Mon corps est mon ciel,
  • J’ai ouvert tout grand les couloirs de l’espace
  • J’ai dessiné derrière moi mes cils,
  • Routes menant vers une idole antique.
  • Me suivras-tu ? Mon corps est mon chemin.
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