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Le japonais SoftBank réveille le monde des introductions en Bourse

Denis Cosnard

L’opération record annoncée par le groupe à Tokyo confirme le rôle-clé de l’Asie La coïncidence est frappante. Lundi 12 novembre, le puissant groupe japonais SoftBank a levé le voile sur ce qui s’annonce comme l’une des plus importantes introductions en Bourse de l’histoire, et la plus massive jamais tentée à Tokyo, celle de sa filiale de télécommunications mobiles. Avec cette opération programmée pour le 19 décembre, SoftBank espère récupérer d’un coup 2 400 milliards de yens, soit 18,7 milliards d’euros.

Au même moment, l’américain Qualtrics, une étoile montante de l’informatique, a au contraire annoncé renoncer à son entrée à Wall Street. Au dernier moment, ses fondateurs ont trouvé mieux : ils vont vendre l’entreprise à l’allemand SAP pour 8 milliards de dollars (7,1 milliards d’euros), soit presque deux fois la valorisation qu’ils visaient sur le Nasdaq.

L’un se lance, l’autre abandonne. Ces deux décisions simultanées résument la situation en matière d’introductions en Bourse. Avec quelques grosses opérations, mais aussi une série de projets avortés, et de plus en plus d’hésitations. Durant les neuf premiers mois de l’année, le nombre de mises sur le marché réalisées à travers le monde a ainsi reculé de 18 %, selon les pointages du groupe de conseil EY.

Entre la crainte d’une guerre commerciale, la perspective d’une hausse des taux d’intérêt, les incertitudes sur le prix du pétrole, les inquiétudes concernant l’Italie ou le Brexit, « on entre dans une zone un peu turbulente qui incite les chefs d’entreprise à y regarder à deux fois avant de mettre un pied en Bourse », analyse Marc Lefèvre, un des associés d’EY. Le décrochage de 10 % des indices de nombreux pays en octobre n’a pu que les rendre encore plus frileux. Depuis janvier, les montants levés ont toutefois progressé de 9 % par rapport à la même période de 2017, et l’année 2018 pourrait signer un nouveau record.

Rééquilibrage planétaire

Masayoshi Son est de ceux qui ont choisi d’avancer malgré tout. S’il se concrétise au prix envisagé, le projet dévoilé lundi par le fondateur de SoftBank constituera la plus grande introduction au monde depuis celle du chinois Alibaba en 2014. La division mobile de Softbank se trouverait valorisée à 56 milliards d’euros. Dans l’immédiat, le géant japonais entend conserver les deux-tiers du capital de sa filiale. Mais sa cotation séparée aidera le groupe à se désendetter, et enverra un signal. Elle confirmera que SoftBank est désormais moins un spécialiste des télécoms qu’un groupe diversifié qui investit dans de multiples domaines d’avenir, sur le modèle de la galaxie de Warren Buffett.

Le succès sera-t-il au rendez-vous ? Sur le papier, cette activité de télécoms n’est qu’à moitié excitante. Sa forte rentabilité risque en effet de souffrir de la guerre des prix annoncée au Japon, où le numéro un, NTT Docomo, compte baisser ses tarifs de 20 % à 40 %. Avec ses 34 millions de clients, SoftBank Corp. est néanmoins considérée par beaucoup comme une valeur solide. Et M. Son promet aux investisseurs de leur verser en dividendes 85 % des profits annuels. De quoi susciter un certain engouement, et confirmer la place majeure de l’Asie dans les introductions en Bourse : environ la moitié des nouvelles sociétés cotées en est issue. Un nouveau témoignage du grand rééquilibrage du monde en faveur de ce continent.

Dans ce mouvement, l’Europe fait grise mine. Le nombre d’opérations y a baissé de 10 % durant les neuf premiers mois de l’année, et leur valeur totale de 26 %, selon EY. Une quinzaine de projets importants ont été décalés ou abandonnés ces derniers mois. C’est ainsi que le pétrolier espagnol Cepsa, le gestionnaire de flotte automobile néerlandais Leaseplan ou encore les supermarchés biélorusses Eurotorg ont gelé leurs plans.

« Compte tenu des secousses boursières, les actionnaires hésitent à se lancer dans une cotation qui risque de mal tourner, explique Philippe Kubisa, du cabinet PwC. En outre, les sociétés étudient de plus en plus systématiquement plusieurs options de façon simultanée, et choisissent au dernier moment entre la Bourse et une cession classique. » Une compétition souvent gagnée par les fonds, qui regorgent de liquidités. C’est ce qui est arrivé en juin à Delachaux. Le fabricant d’équipements ferroviaires a fait affaire avec la Caisse de dépôt et de placement du Québec, et renoncé in extremis à la Bourse.

En France, « l’année s’est révélée très décevante », constate M. Lefèvre. Outre celle de Delachaux, les introductions d’Autodis, Novares et Consolis ont été repoussées. Résultat, une seule opération d’envergure a eu lieu, celle du producteur d’énergie Neoen. Le redémarrage interviendra peut-être en 2019. Parmi les sociétés susceptibles d’être cotées : Autodis, Novares et Consolis bien sûr, mais aussi le transporteur Gefco, ou la Française des jeux, dans le cadre d’une privatisation. Encore faut-il qu’un nouveau coup de froid sur les marchés ne vienne pas tout pétrifier.

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