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Après 1918, la guerre continue

Antoine Flandrin

Au Musée de l’armée, à Paris, l’exposition « A l’Est, la guerre sans fin : 1918-1923 » montre que nombre de conflits se sont poursuivis ou ont éclaté après la signature de l’Armistice

EXPOSITION

Au lendemain du 11 novembre 1918, la section photographique de l’armée française est fermée, temps de paix oblige. Le défilé de la victoire, le 14 juillet 1919, est filmé par des sociétés cinématographiques privées. Projetées sur un grand écran au Musée de l’armée à Paris, ces images issues du fonds Pathé-Gaumont ouvrent l’exposition « A l’Est la guerre sans fin, 1918-1923 », pour mieux montrer, tout de suite après, que, en Europe de l’Est et au Levant, les combats n’ont pas cessé. Loin de là : jusqu’au milieu des années 1920, pas moins de vingt-sept conflits se prolongent ou éclatent en Europe de l’Est et au Moyen-Orient.

Le souci de situer ces violences civiles et militaires est manifeste : l’exposition fait la part belle à la cartographie. La carte originale des accords Sykes-Picot de mai 1916, sur laquelle diplomates français et britanniques délimitèrent au crayon deux sphères d’influence au Moyen-Orient, symbolise l’âge de la diplomatie secrète. Elle est placée au-dessus des « quatorze points de Wilson », qui décrètent, en janvier 1918, l’abolition de ces pratiques.

D’autres cartes permettent de localiser les nationalités dont Wilson avait fait un principe. Elles témoignent de l’avènement des « traceurs de frontières » lors de la conférence de paix de Paris de 1919. Le géographe français Emmanuel de Martonne (1873-1955) y intervient pour imposer un autre principe, celui de la « viabilité des frontières » : les délimitations des territoires à naître prendront en compte les ressources minières, énergétiques, climatiques…

Et les couleurs des cartes ethnographiques attirent l’œil. Celle d’une grande Hongrie, présentée par la délégation hongroise, fait apparaître en rouge la prépondérance de la population magyare dans les villes de Transylvanie. Sorte de miroir inversé, la carte d’une grande Roumanie, placée à côté, montre que la population roumaine, en rose, domine les campagnes de cette même région. « Les cartes font passer des messages politiques, elles valent autant qu’une bonne affiche », remarque le géographe Jean-Paul Amat, commissaire de l’exposition.

Affiches de propagande

La « guerre des cartes » préfigure les affrontements qui éclatent après les signatures des cinq traités de paix de la banlieue parisienne (1919-1920), dont les instruments de ratification sont présentés sous une vitrine. Le visiteur plonge alors dans un monde de violences. Il faut saluer le travail du comité scientifique présidé par l’historien britannique John Horne, qui, avec des mots, des affiches de propagande et des objets, cherche à montrer comment les guerres civiles – en Russie et en Allemagne – et les guerres interétatiques – polono-soviétique et gréco-turque – ont pu engendrer tant d’atrocités, de pogroms, de mouvements de population et de famines. De rares photos dévoilent l’horreur des massacres perpétrés par les bolcheviques et le calvaire des réfugiés russes massés dans les camps à Constantinople.

Cette exposition foisonnante a été l’occasion pour le Musée de l’armée de redécouvrir les nombreux engagements militaires de la France à l’Est et au Levant entre 1918 et 1923. « Le souvenir de ces interventions est resté vivace, notamment en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Roumanie », précise le chef de la division de la recherche historique du Musée de l’armée, François Lagrange, également commissaire. Les missions des troupes françaises au Levant sont abordées : l’exposition met toutefois plus l’accent sur le « climat d’hostilités » que sur les luttes pour l’indépendance contre le mandat français en Syrie et au Liban, qui conduiront la grande révolte syrienne de 1925-1927.

A l’Est la guerre sans fin, 1918-1923, au Musée de l’armée, 129, rue de Grenelle, Paris 7e. Jusqu’au 20 janvier 2019.

20181115-p16-est.txt · 最后更改: 2018/11/14 22:26 由 82.251.53.114