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20181115-p23-armee

GÉOPOLITIQUE|CHRONIQUE

Ceci n’est pas une armée

Par Sylvie Kauffmann

Les mots ont un sens. Surtout à la radio et surtout lorsqu’ils sortent de la bouche d’un chef d’Etat. Emmanuel Macron savait-il, lorsqu’il a évoqué la nécessité d’une « vraie armée européenne », le 6 novembre sur Europe 1, qu’il allait mettre le feu aux poudres chez un certain nombre de ses alliés ? L’a-t-il fait à dessein, ou était-ce une autre de ces petites phrases qui lui échappent ?

  • mettre le feu aux poudres: déclencher un conflit ou des sentiments très hostiles jusqu'alors à l'état laten

Lui seul le sait. Autour de lui, on explique le choix du mot « armée » par le souci d’illustrer par une image le propos que le président tient de manière constante sur la nécessité de renforcer la défense de l’Europe. L’idée d’une « armée européenne » serait ainsi plus facile à vendre à l’opinion que le concept d’« autonomie stratégique », l’un des fondements de sa politique européenne, ou que l’Initiative européenne d’intervention, mise sur pied avec neuf pays susceptibles de partager une culture opérationnelle.

Il a fallu l’expliquer aussi au président Trump, qui a trouvé « très insultant » que la France demande une armée pour protéger l’Europe des Etats-Unis. Là, Emmanuel Macron s’en est chargé directement, à la faveur de leur tête-à-tête à l’Elysée, samedi. Mais non, Donald ! Il ne s’agit que du « meilleur partage du fardeau » au sein de l’OTAN ! Une bonne âme a convaincu quelques journalistes que M. Macron ne parlait pas du tout de se défendre des Etats-Unis, mais se plaçait dans « le contexte » de la cybermenace, et le tour était joué. Personne n’a trouvé saugrenu qu’une « vraie armée européenne » puisse protéger l’Europe de menaces américaines dans le cyberespace.

  • protéger qn de qn
  • meilleur partage du fardeau 更好的分享负担
  • une bonne âme: a good soul. 一个好心人
  • se défendre de qn
  • se placer dans le contexte
  • le tour était joué! 字面的意思是the trick is played. 意思是that's it。
  • saugrenu: bizarre, inattendu 这个词是形容物的。形容人的时候,用bizarre或者farfelu

Sauf que… le président Trump a affiché une mine aussi grise que le temps pendant tout son séjour parisien. A peine rentré à la Maison Blanche, il a déclenché mardi en direction de Paris et d’« Emmanuel » une nouvelle salve de Tweet accusateurs, dont il ressort que, s’il y a un pays dont la France devrait se protéger, c’est plutôt l’Allemagne.

  • afficher une mine grise 表现出不高兴。像古小说里的“面露灰沉“
  • une nouvelle salve de Tweet accusateurs

L’Allemagne cache bien son jeu. Elle non plus n’a pas aimé la sortie du président français sur une « armée européenne » : à Berlin, on déteste cet empressement macronien à mettre le doigt où ça fait mal outre-Rhin. On sait aussi que ce genre de revendications donne des boutons aux Polonais, qui redoutent qu’elles n’affaiblissent le lien avec les Etats-Unis.

  • empressement: eagerness
  • donner des boutons à : horripiler au point de rendre malade (quelqu'un)

Mais il faut croire que M. Macron n’est pas le seul adepte du « en même temps » : en visite lundi au Mali avec son homologue française Florence Parly, la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, a évoqué, elle, « une armée d’Européens ». Et voilà que mardi, devant le Parlement européen, la chancelière, Angela Merkel, a repris l’expression du président Macron : « Nous devons élaborer, dit-elle, une vision nous permettant un jour de parvenir à une véritable armée européenne. »

Du calme, Donald. C’est la « vision » que Mme Merkel parle d’élaborer, pas l’armée. D’ailleurs, s’est-elle empressée de préciser, « il ne s’agit pas d’une armée contre l’OTAN, bien au contraire ! Cela peut être une armée qui complétera l’OTAN de façon très utile, sans remettre ce lien en cause ». Fermez le ban.

  • s’empresser de faire: se hâter
  • fermez le ban 这里的ban是指的军鼓或者军号. Fermez le ban。 就是停止drum roll。

En réalité, comme toujours, le diable est dans les détails. Donald Trump aura depuis longtemps quitté la Maison Blanche, même après un deuxième mandat, avant qu’une « armée européenne » ne voie le jour. C’est la suite des propos de la chancelière qui devrait l’inquiéter : il est impératif, a-t-elle dit, que les Européens développent des systèmes d’armement communs et une politique d’exportation d’armements commune. Un écho aux déclarations d’Emmanuel Macron le 10 novembre sur CNN : « Ce que je ne veux pas voir, a-t-il averti, c’est les pays européens augmenter leurs dépenses de défense pour acheter de l’équipement américain. Si on augmente nos budgets, c’est pour construire notre autonomie. »

  • le diable est dans les détails: the devil is in the details.

Le nerf de la guerre

Il est là, le nerf de la guerre. Si Washington exige que les alliés européens accroissent leur part du fardeau, ce n’est pas tant pour alléger la part des Etats-Unis que pour assurer des marchés à leur industrie de l’armement. Les Français, eux, savent qu’il n’y aura jamais d’« autonomie stratégique » ni de souveraineté européenne si les forces armées des différents pays d’Europe sont dépendantes du matériel américain. Cela non plus n’est pas contradictoire avec l’OTAN ; mais ce n’est pas forcément compatible avec les intérêts commerciaux des Etats-Unis.

Là aussi, les Français sont les plus diserts. « L’Europe doit affirmer aujourd’hui sa souveraineté, elle doit défendre ses intérêts économiques, elle doit affirmer ce qu’est sa vision d’une fiscalité juste et efficace », a martelé lundi sur France Inter Bruno Le Maire, le ministre des finances, agacé de voir les responsables de l’administration américaine faire du lobbying direct et personnalisé auprès des Vingt-Huit contre le projet de taxation des géants du numérique. D’où la menace, nouvelle, de M. Trump d’imposer des droits de douane sur le vin français qui, espère-t-il, fera trembler Paris comme celle sur les voitures allemandes a fait trembler Berlin.

  • disert: eloquent.

On en est là. Il faut espérer que personne, dans l’entourage du président Trump, ne pensera à lui signaler les propos tenus ensemble par « Emmanuel » et son collègue finlandais, le président Sauli Niinistö, lors de la visite du Français à Helsinki, le 30 août : il ne fut question que de « solidarité européenne renforcée » en matière de défense et d’une Europe plus « responsable de sa sécurité ».

Le seul à qui l’idée d’une « armée européenne » ait vraiment plu, à vrai dire, c’est Vladimir Poutine. Le président russe a confié à la chaîne RT qu’il voyait là « un processus positif pour le renforcement du monde multipolaire ». Ce n’est pas forcément la publicité rêvée.

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