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Le procès de figures démocrates à Hongkong

Les neuf accusés encourent de lourdes peines pour avoir inspiré le mouvement « Occupy » en 2014

HONGKONG - correspondance

C’est un procès lourd d’enjeux pour l’avenir démocratique de Hongkong qui se tient depuis lundi 19 novembre et durant quatre semaines, pour juger, quatre ans après la « Révolte des parapluies », neuf de ses leaders, dont ses trois initiateurs : deux professeurs d’université de grand charisme et un vieux pasteur anglican engagé dans la défense des droits. Ils risquent de la prison.

Le vaste mouvement de désobéissance civile de l’automne 2014, qui réclamait pour Hongkong un mode de scrutin plus démocratique que celui proposé par Pékin, a mobilisé des centaines de milliers d’étudiants et a duré 79 jours, paralysant les grands axes de circulation. Des centaines d’arrestations eurent lieu et des dizaines de personnes furent inculpées. Les leaders étudiants ayant pris part aux désordres ont écopé de diverses peines, y compris de prison ferme, lesquelles sont, pour la plupart, aujourd’hui effectuées.

Mais les neuf citoyens hongkongais jugés actuellement en première instance ne sont pas accusés de la moindre violence. Ils doivent répondre de « conspiration pour troubles de l’ordre public », d’« incitation à troubler l’ordre public » et d’« incitation à inciter à troubler l’ordre public », cette dernière accusation étant, selon, la défense, non constitutionnelle. Ils risquent, pour chaque chef d’accusation, jusqu’à sept ans de prison.

Désobéissance civile

Plusieurs associations de défense des droits de l’homme ont appelé à l’annulation de ces accusations qu’Amnesty International a qualifiées d’« effrayantes ». Ces chefs d’accusation ont en effet la double particularité d’être très rarement utilisés par les tribunaux de Hongkong et d’être associés à des peines beaucoup plus sévères que les charges auxquelles les accusés étaient en droit de s’attendre.

Adeptes de la désobéissance civile, les neuf accusés avaient initialement l’intention de plaider coupable et d’assumer leurs actions, lesquelles sont suffisamment documentées pour être indiscutables. Mais face à ces chefs d’accusation, ils ont finalement plaidé non-coupable. « Cela donne l’impression que l’accusation est allée chercher de vieilles lois de la common law [britannique], rarement utilisées, même au Royaume-Uni, car elles sont assorties de peines beaucoup plus sévères que les lois couramment utilisées. Il est pourtant essentiel pour la confiance dans notre justice que l’accusation agisse en toute indépendance », commente l’avocat Chris Ng, cofondateur de l’association Progressive Lawyers Group qui rassemble une centaine d’avocats et universitaires inquiets pour l’Etat de droit à Hongkong.

Bien que les neuf inculpés soient tous des figures respectées de la société hongkongaise, l’attention se porte surtout sur les trois aînés du groupe, les seuls à devoir répondre aux trois charges cumulées, et donc à risquer les plus lourdes peines de prison. Il s’agit du professeur de droit, Benny Tai, 54 ans, qui fut le premier à formuler, dans un article publié en janvier 2013, l’idée d’une occupation pacifique du centre des affaires de Hongkong, résumée sous la formule « Occupy Central With Love and Peace », le professeur de sociologie, Chan Kin-man, 59 ans, et le révérend Chu Yiu-ming, 74 ans.

Leur entrée dans le box des accusés lundi matin a déclenché une vague d’applaudissements émus parmi leurs supporteurs qui suivaient le procès sur des écrans à l’extérieur de la Cour. Mardi et mercredi, l’accusation a essentiellement montré des vidéos documentant leur implication dans le mouvement.

Sur un film de 2013, on voit les deux professeurs expliquer la notion de désobéissance civile et d’opposition non violente devant un parterre d’étudiants. On entend Chan Kin-man constater qu’aucun progrès constitutionnel n’a eu lieu en trente ans. Dans un autre document, Benny Tai déclare que « le pouvoir de la paix et de l’amour est suffisamment puissant pour transpercer un tank ».

Chan Kin-man, qui a demandé une retraite anticipée en prévision de son séjour en prison, a consacré son dernier cours de trois heures, la semaine dernière, à l’autoritarisme en Chine. Dans le grand amphithéâtre plein à craquer de l’université chinoise de Hongkong, il a notamment déclaré : « Je veux essayer de comprendre pourquoi après des milliers d’années, la Chine demeure un Etat autoritaire, pourquoi nous avons échoué à construire une société civile en Chine. »

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