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« Tarare » rend justice à Salieri, éclipsé par Mozart

Christophe Rousset et les Talens lyriques, à l’Opéra royal du château de Versailles, le 22 novembre. ERIC LARRAYADIEU Marie-Aude Roux

Dirigé par Christophe Rousset, le troisième opéra que l’Italien écrivit pour la France est repris à Paris le 28 novembre

OPÉRA Présenté jeudi 22 novembre à l’Opéra royal de Versailles, le rare et enthousiasmant Tarare d’Antonio Salieri (1750-1825) s’inscrit dans le cadre de la riche saison programmée depuis dix ans par Laurent Brunner. Il complète la passionnante résurrection des trois opéras que le compositeur italien écrivit pour la France (créés en français à Paris) et devrait rejoindre, après Les Danaïdes et Les Horaces, l’entreprise discographique menée par Christophe Rousset et ses Talens lyriques sous l’égide musicologique des frères Alexandre et Benoît Dratwicki. Après un premier volet publié en 2015 dans la collection « Opéras français » du Palazzetto Bru Zane, c’est le label Aparté, en collaboration avec les forces versaillaises, qui a pris le relais pour Les Horaces en 2018 et continuera sur sa lancée pour Tarare en 2019.

Enthousiasmant donc, car la musique de Salieri conjugue avec science le florilège stylistique d’un opera buffa et les accents parfois mozartiens (on pense notamment à Don Giovanni), la profondeur tragique de Gluck dont il fut le protégé (magistral traitement des chœurs et de l’orchestre), pratiquant aussi ce mix du comique et du sérieux qui caractérise l’opéra-comique français (Grétry). Plus qu’une redécouverte, Tarare couronne donc une réhabilitation pour celui que sa réputation de rival malheureux de Mozart, ce qu’il ne fut pas, a rangé parmi les oubliés de l’histoire. Rappelons que c’est sur la seule foi d’un homme mentalement affaibli au point d’être interné à l’hôpital de Vienne en 1823, déclarant qu’il était responsable de la mort de Mozart, que fut bâtie la légende de l’empoisonnement, « infox » mise en œuvre par la pièce de Pouchkine au XIXe siècle, avant que le XXe ne l’érige en vérité avec le fameux Amadeus de Milos Forman.

Gourmandise orchestrale

Bien qu’il fût, nous dit-on, très critiqué à l’époque, le livret de Beaumarchais, tiré d’un conte exotique d’Anthony Hamilton (Histoire de Fleur d’épine), dont la toile de fond n’est pas sans rappeler vaguement L’Enlèvement au sérail, est un régal. Fidèle à lui-même, l’auteur du Mariage de Figaro, contempteur de la société de son temps, n’a de cesse de stigmatiser les grands de ce monde (le tyran Atar, son grand prêtre et leurs sbires) pour mieux exalter la valeur personnelle de l’individu, de quelque naissance qu’il soit. Ainsi le soldat Tarare, adulé de tous pour son humilité et son courage, en butte à la jalousie native du despote, se verra-t-il atteint dans son amour conjugal pour sa femme Astasie, enlevée pour les besoins du sérail. On devine que la belle rétive lui sera fidèle jusqu’à la mort – et l’heureux dénouement final.

Sous la direction très engagée d’un Christophe Rousset aux avant-postes, Les Talens lyriques déploient une roborative gourmandise orchestrale. Et de mimer avec verve la rudesse des batailles (le récitatif accompagné du duel entre Tarare et Altamort), les peines et joies d’amour (l’élégie de Tarare à Astasie), sans oublier la vis comica (la barcarolle de l’eunuque Calpigi narrant comment il fut fait castrat à Naples). Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles sont somptueux (homogénéité, justesse). Quant à la distribution, rien qui ne brille ou n’excelle. Annoncé souffrant, le Tarare de Cyrille Dubois guerroie pourtant avec toute la fougue d’une âme noble et généreuse, tandis que le rugissant Atar de Jean-Sébastien Bou semble dévorer chaque note de la partition. Impressionnant. Tout comme l’Astasie de Karine Deshayes, dont le cri, lorsqu’elle découvre que l’inconnu avec lequel elle doit mourir n’est autre que son bien-aimé Tarare, serre le cœur. Mention également au fol et touchant Calpigi d’Enguerrand de Hys, à l’Arthénée si bien-disant de Tassis Christoyannis, à l’Urson de Jérôme Boutillier, à l’Altamort de Philippe-Nicolas, sans oublier une Judith van Wanroij qui s’épanouit doublement, tour à tour altière Nature détentrice de vérité philosophique, et vivace Spinette, intrigante de commedia dell’arte pleine de malice et d’esprit.

Tarare, de Salieri. Avec Cyrille Dubois, Jean-Sébastien Bou, Karine Deshayes, Judith van Wanroij, Enguerrand de Hys, Tassis Christoyannis, Jérôme Boutillier, Philippe-Nicolas Martin, Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, Les Talens lyriques, Christophe Rousset (direction). Philharmonie de Paris - Cité de la musique, Paris 19e. Le 28 novembre à 20 h 30. Tél. : 01-44-84-44-84. 32 €. Philharmoniedeparis.fr Théâtre de Caen (14). Le 9 décembre à 17 heures. Tél. : 02-31-30-48-00. De 10 € à 35 €. Theatre-caen.fr

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