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Carol Reed, peintre des ruines européennes

Thomas Sotinel

Tournés entre 1948 et 1953 à Londres, Vienne et Berlin, trois films du cinéaste britannique ressortent en salle

CINÉMA

Jeune (il est né en 1906) cinéaste prometteur au début des hostilités, Carol Reed a passé la seconde guerre mondiale derrière une caméra du War Office britannique. On peut voir sur YouTube The True Glory, spectaculaire film de montage sur la campagne de Normandie sorti en 1945, qu’il a réalisé avec l’Américain Garson Kanin. A l’image de certains de ses collègues réalisateurs-combattants américains (John Huston, George Stevens), l’expérience de la guerre devait conduire Carol Reed vers les recoins obscurs de la condition humaine. La noirceur magnifique de ses films d’après-guerre, dont trois – The Fallen Idol/Première désillusion, Le Troisième Homme, et The Man Between/L’Homme de Berlin – ressortent en salle, en firent, pendant quelques années, l’un des réalisateurs les plus célébrés au monde. La suite de la carrière de Carol Reed a rendu presque incompréhensible cette réputation. La (re) découverte des deux premiers longs-métrages cités devrait lui redonner son statut de grand cinéaste.

The Fallen Idol est sorti un an après le premier grand succès d’après-guerre de Carol Reed, Odd Man Out/Huit heures de sursis, mise en scène de la cavale d’un militant de l’IRA à Belfast, après qu’il a commis un hold-up sanglant. Dans le rôle principal, James Mason incarne un homme miné par ses dilemmes moraux, blessé dans sa chair et son esprit.

C’est peut-être le traitement de cette thématique catholique qui a attiré l’attention de Graham Greene, auteur du script de The Fallen Idol. Pour Carol Reed, le romancier (mais aussi critique de cinéma et scénariste) a fait mieux qu’adapter une de ses nouvelles, The Basement Room, il l’a réécrite. L’idole déchue du titre n’est que Baines, le majordome de l’ambassade de France à Londres. Mais, aux yeux de Philippe (Bobby Henrey), le fils délaissé de l’ambassadeur, Baines est un surhomme. Lorsque l’enfant est le témoin de la liaison adultère entre Baines et une employée française de la chancellerie (Michèle Morgan) et de ses conséquences catastrophiques, il est pris dans une spirale de mensonges qui le précipite dans une fuite éperdue dans les rues à peine éclairées de Londres, la nuit.

Dominé par l’interprétation prodigieuse de Ralph Richardson (contemporain et égal de Laurence Olivier et John Gielgud), The Fallen Idol combine avec une réussite inattendue la mécanique dramatique d’un romanesque savant et pervers et un réalisme halluciné qui fait de la ville plus qu’un décor, le reflet monstrueux, envahissant, des tourments des personnages. Cette combinaison se fait encore plus spectaculaire dans Le Troisième Homme (1949). Tourné en partie en studio, mais aussi dans les rues de Vienne, alors que la reconstruction de la capitale autrichienne commençait à peine, le film est resté célèbre pour son thème musical, composé et interprété à la cithare par Anton Karas, ainsi que pour la présence spectrale d’Orson Welles. L’enfant prodige américain interprète Harry Lime, un trafiquant de médicaments poursuivi par les polices alliées et autrichienne. Il ne se montre qu’à la fin du film après avoir lancé son ami Holly Martins (Joseph Cotten), venu le retrouver en Autriche, sur autant de fausses pistes que ce labyrinthe de ruines pouvait en offrir.

Un morceau de bravoure

On attribue généralement les cadrages baroques du Troisième Homme à l’influence de Welles sur Reed, et Graham Greene, auteur du scénario, a reconnu que l’Américain était l’auteur de l’une des tirades les plus marquantes du film, qui oppose l’art allemand à l’horlogerie suisse. Reste que le morceau de bravoure du film, une poursuite à pied dans les égouts de Vienne, est un proche parent des séquences de cavale d’Odd Man Out, que le personnage qu’incarne Joseph Cotten, déchiré entre l’amour (pour un beau et triste personnage de réfugiée que joue Alida Valli), l’amitié et l’horreur que lui inspirent les crimes de Harry Lime, est le cousin du majordome Baines et du militant de l’IRA que jouait James Mason.

On retrouve ce dernier dans le film aujourd’hui proposé en salle, L’Homme de Berlin, sorti en 1953. Réalisé comme les deux premiers pour la London Film Productions d’Alexander Korda, c’est de toute évidence une tentative de rééditer le succès du Troisième Homme, après l’échec du Banni des îles en 1951. L’absence de Graham Greene au générique, les ressemblances grossières entre les deux scénarios ont nui à la réputation du film. Cette fois, c’est une très jeune fille (Claire Bloom, qui venait de débuter avec Chaplin dans Les Feux de la rampe) qui arrive dans une ville en ruine et se lie avec un personnage louche, Ivo Kern (Mason), au grand désespoir de son grand frère, officier du renseignement britannique. Les rouages du film d’espionnage grincent et la poursuite à pied – sur un chantier de construction du socialisme à l’allemande où l’on travaille de nuit – est téléphonée. Ce qui n’empêche pas sa mise en scène d’être virtuose, tout comme l’interprétation de James Mason, qui – derrière son accent allemand – laisse entrevoir le désarroi d’un homme brisé par la guerre.

The Fallen Idol/Première désillusion, film britannique de Carol Reed (1948). Avec Ralph Richardson, Michèle Morgan, Bobby Henrey (1 h 35). Le Troisième Homme, film britannique de Carol Reed (1949). Avec Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles (1 h 44). L’Homme de Berlin/The Man Between, film britannique de Carol Reed (1953). Avec James Mason, Claire Bloom (1 h 40).粗体

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