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La santé mentale des actifs au travail est préoccupante

Anne Rodier

Une étude épidémiologique révèle que plus d’un actif sur cinq est en situation de risque

Une femme qui passe plus d’une heure et demie dans les transports, traite énormément d’informations pour son travail, dans un espace organisé en flex office (bureau non attribué), et qui aide un parent âgé, aurait bien besoin que son manageur veille sur elle, car elle est psychologiquement en danger.

C’est ce que révèle une étude épidémiologique de la Fondation Pierre-Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale, publiée lundi 26 novembre, qui établit que plus d’une personne en emploi sur cinq (26 % des femmes et 19 % des hommes) présente « une détresse orientant vers un trouble mental ». Cette expression quelque peu absconse signifiant que seul le psychiatre est habilité à valider le trouble mental. Un cinquième de la population active serait donc potentiellement malade ? « Au travail, les maladies mentales sont extrêmement fréquentes, mais toujours taboues. Plus on en parle, plus on banalise et facilite l’accès aux soins », souligne Raphaël Gaillard, le psychiatre président de la Fondation Pierre-Deniker.

Du mal-être à la maladie

Cette étude a pour objectif de lier les deux grands champs que sont les risques psychosociaux et le trouble mental.

Ce n’est pas un diagnostic de la souffrance au travail, mais un état des lieux du risque de trouble mental qui nécessite une prise en charge médicale. Car « au-delà de la photographie du mal-être en entreprise, la question est celle de la nécessité de prendre en charge les salariés malades », explique M. Gaillard. Quarante-quatre facteurs de risques psychosociaux ont été analysés. L’étude « Santé mentale des actifs en France » a été réalisée du 27 février au 6 mars auprès de 3 200 actifs occupés, c’est-à-dire en emploi, qu’ils soient salariés, indépendants, à plein temps ou en activité réduite.

En croisant la mesure de l’exposition des travailleurs aux risques psychosociaux et leur situation sociale et démographique (conditions de travail, âge, genre, statut, type de travail, habitat, localisation géographique), les chercheurs ont identifié les situations et les catégories de salariés à hauts risques de basculement du simple mal-être vers la maladie mentale. « La proportion de personnes qui ont un trouble mental est plus importante d’un groupe à l’autre », précise M. Gaillard. L’étude a cerné les facteurs aggravants. Ils concernent la surcharge de travail, l’organisation physique de l’espace de travail, la perte de contrôle du temps et l’accumulation des préoccupations privées et professionnelles.

Au premier rang des catégories à risques se trouvent les 15 % des personnes interrogées qui déclarent ne pas parvenir à maintenir leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle. L’étude révèle que « 45 % de ces actifs présentent un haut risque de trouble psychique ». Les outils numériques permettant une connexion permanente et une meilleure réactivité aux sollicitations professionnelles, et davantage d’autonomie, vie privée et vie professionnelle se gèrent ensemble pour le meilleur et pour le pire, laissant souvent le salarié seul face à la gestion multitâche.

Ainsi quand le vieillissement démographique s’invite dans la to do list quotidienne, en glissant un aller-retour à l’Ehpad entre la réunion de 8 heures et le premier dossier de la pile des urgences, 21 % des aidants disent ne pas être soutenus par leur hiérarchie. Résultat : 28 % des actifs qui doivent régulièrement aider un membre de leur famille ou de leur entourage malade ou devenu dépendant « présentent une détresse orientant vers un trouble mental ». C’est aussi le cas de 25 % de ceux qui travaillent souvent le week-end. « Le travail étant devenu une denrée rare, la pression sur l’individu s’est fortement accentuée », commente le professeur Gaillard.

La perte de contrôle du temps, caractéristique d’une société en pleine accélération, est signalée par plusieurs facteurs aggravants : 35 % de ceux qui travaillent plus de 50 heures par semaine présentent une détresse et un risque de trouble mental, ainsi que 28 % des personnes qui passent plus d’une heure et demie par jour dans les transports, et 28 % des actifs qui déclarent avoir des horaires de travail contraignants. Ceux qui ne comptent pas leurs heures et qui demeurent loin de leur travail devraient donc être invités à lever le pied.

« Infobésité »

Mais, dans les entreprises, « la maturité sur la notion d’accélération est très faible. Ils [les DRH] commencent tout juste à s’intéresser aux phénomènes de surcharge informationnelle, au manque de temps dédié au long terme, à l’accroissement et à la pression de la productivité », expliquent la prospectiviste Carine Dartiguepeyrou et le sociologue Pierre-Antoine Chardel dans @ la recherche du temps. Individus hyperconnectés, société accélérée : tensions et transformations, publié aux éditions Erès sous la direction de Nicole Aubert.

A leur décharge, leur fonction « est mise à mal par la nécessité en permanence d’éteindre des feux, de réagir en réglant des problèmes, plus qu’en cherchant à anticiper les évolutions ».

Les facteurs aggravants allant de l’« infobésité » (24 % des actifs qui déclarent devoir traiter énormément d’informations complexes sont en détresse) à l’organisation de l’espace de travail (33 % des actifs qui travaillent en flex office sont en risque), « il pourrait toutefois y avoir de vraies interventions des employeurs », estime M. Gaillard. Autrement dit : aux manageurs d’incarner le rôle protecteur de l’entreprise.

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