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En Italie, la coalition n’est unie que face à l’Europe

Jérôme Gautheret

Matteo Salvini et Luigi Di Maio gouvernent en multipliant les frictions entre leurs deux partis

ROME - correspondant

Au fond, c’est seulement face à l’Europe que ces deux-là arrivent encore à être d’accord. Depuis presque six mois qu’ils sont au pouvoir à Rome, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) de Luigi Di Maio et la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini ont mis en place un mode de fonctionnement inédit, fait de frictions permanentes, de menaces de rupture et de réconciliations, au point de donner l’impression de passer plus de temps à se surveiller qu’à gouverner. Le seul sujet sur lequel les deux composantes de ce gouvernement atypique semblent avancer de concert est celui des relations avec Bruxelles – qui sont exécrables.

  • avancer de concert 协同前进
  • execrable

Pourtant, ces derniers jours, d’un même élan, Luigi Di Maio et Matteo Salvini ont esquissé, pour la première fois, une désescalade face à la Commission, dans l’intention d’éviter l’ouverture imminente d’une procédure d’infraction pour dette excessive et, plus encore, de remédier au climat de défiance qui s’est installé sur les marchés financiers.

  • d’un même élan
  • esquisser une désescalade

En annonçant, samedi 24 novembre à Bruxelles, qu’ils seraient disposés à renoncer à un peu plus de 3 milliards d’euros de dépenses nouvelles (0,2 % du PIB) pour faire redescendre leur déficit, le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a donné pour la première fois l’impression de vouloir un compromis. Dans les faits, cette ouverture est toute relative : faute d’avoir annoncé les modalités concrètes de ses deux mesures phares – la remise en cause de la réforme des retraites mise en place en 2011 (loi Fornero) et l’instauration d’un « revenu de citoyenneté » censé bénéficier à 6 millions de personnes –, le gouvernement n’a permis à personne de juger du sérieux des chiffrages qu’il avance.

  • faute de…

« Ne parlons pas des décimales », protestent d’une même voix Matteo Salvini et Luigi Di Maio, face à une Europe qui, depuis des semaines, ne parle que de ça. L’essentiel, assurent-ils, est de faire redémarrer le pays, littéralement à l’arrêt depuis cet été. Mais le ralentissement économique complique encore la situation, au point de rendre illusoire l’hypothèse de 1,5 % de croissance en 2019 sur laquelle l’Italie a conçu son budget, et donc l’objectif final de 2,4 % de déficit.

Contradictions internes

En annonçant leur volonté de faire quelques économies, les deux dirigeants politiques du gouvernement offrent surtout à Bruxelles une échappatoire face aux autres Etats. Cela sera-t-il suffisant ? Difficile d’en être assuré, tant l’Italie semble dépourvue de partenaires disposés à les soutenir. Luigi Di Maio et Matteo Salvini espèrent un peu de répit pour mener une campagne électorale européenne dont ils pensent qu’elle provoquera le renversement des équilibres actuels.

  • Une échappatoire

Bruxelles peut aussi être tenté de jouer la montre, espérant que, miné par ses contradictions internes, le gouvernera italien tombera de lui-même. L’affaiblissement du Mouvement 5 étoiles et la montée en puissance de Matteo Salvini semblent rendre la rupture, à moyen terme, inéluctable. Constitué au sortir d’élections qui avaient vu le M5S rafler 32 % des suffrages contre 17 % à la Ligue, le gouvernement a vu progressivement le rapport de forces entre les deux composantes de l’alliance s’inverser. Désormais, tous les sondages d’opinion donnent la Ligue au-dessus des 30 %, trois ou quatre points (au minimum) derrière son partenaire.

  • Inéluctable 不可避免的
  • rafler

Du côté de la formation antisystème, les multiples reculades de Luigi Di Maio en matière de grands travaux – le gazoduc TAP se fera, contrairement à ce qui avait été promis, et l’usine ILVA de Tarente, en Sicile, ne sera pas fermée – ou de justice – le mouvement a dû accepter le principe d’une amnistie fiscale tandis que la réforme de la prescription a été remise à une date ultérieure – passent de plus en plus mal.

  • un date ultérieure = a later date

Au sein de la Ligue, l’idée du revenu de citoyenneté, considéré comme une prime à l’assistanat et au travail au noir destinée avant tout aux populations du Sud, continue à susciter de grandes réticences. De plus, Matteo Salvini semble avoir de moins en moins besoin du M5S, et dispose d’un plan B : celui d’un gouvernement constitué de toutes les forces de droite (notamment Forza Italia de Silvio Berlusconi), dont il tiendrait cette fois le rôle principal.

  • Une prime a l’assistanat et au travail au noir

Mais cette hypothèse, que les sondages rendent chaque jour plus probable, suppose un retour aux urnes. Et même en cas de victoire, rien ne dit que les éventuels partenaires modérés de la Ligue seraient aussi conciliants qu’un M5S affaibli…. Après avoir progressé en absorbant une bonne partie de l’électorat de droite modérée, Matteo Salvini paraît désormais prendre des votes de son allié au gouvernement. Il n’a donc aucun intérêt à rompre, et préfère prendre le temps de pousser son partenaire à la faute. Même si, pendant ce temps-là, l’économie réelle est au bord de la paralysie.

  • L’economie réelle est au bord de la paralysie
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