用户工具

站点工具


20181201-p4-ceu

Face à la pression d’Orban, l’université de George Soros s’apprête à quitter la Hongrie

Blaise Gauquelin

L’Université d’Europe centrale, visée par une réforme législative, déménage à Vienne

BUDAPEST - envoyé spécial

L’Université d’Europe centrale (CEU) a finalement préféré prendre les devants. Plutôt que d’attendre un hypothétique feu vert de la part du souverainiste Viktor Orban, après plus d’un an et demi d’une bataille juridique sans équivalent au sein de l’Union européenne, elle a annoncé, le 25 octobre, le déménagement à Vienne de ses cursus internationaux, à partir du 1er décembre.

  • prendre les devants: take the initiative.

Concrètement, les nouveaux étudiants aspirant à obtenir un diplôme américain, inscrits en maîtrise et en doctorat, étudieront dès la rentrée 2019 dans la capitale autrichienne, qui a accueilli à bras ouverts cette institution emblématique, fondée en 1991 par le milliardaire new-yorkais d’origine hongroise George Soros et conçue pour promouvoir la démocratie libérale après la chute du communisme. M. Soros est une cible régulière des discours de M. Orban.

Cette relocalisation à l’Ouest – même si elle garde un campus à Budapest, qui continuera à délivrer des diplômes hongrois – est un aveu d’échec de la part de l’établissement. En un quart de siècle, la CEU aura formé plus de 16 000 étudiants, originaires de 90 pays, et aura offert à ce pays d’Europe centrale, comptant moins de 10 millions d’habitants, une ouverture inédite sur le monde.

Rien n’aura fait reculer Viktor Orban. Ni Bruxelles, ni Washington, ni l’ONU, qui tous trois s’inquiétaient d’une remise en cause des libertés académiques. Une manifestation d’environ 2 000 personnes, organisée samedi 24 novembre, en Hongrie, n’aura pas achevé de le convaincre.

En avril 2017, pour faire partir la CEU, considérée comme hostile à son pouvoir, le premier ministre hongrois avait fait adopter une modification radicale de la législation. Sa nouvelle loi privait de licence les instituts étrangers ne disposant pas de campus et d’une activité pédagogique dans leur pays d’origine, ce qui était le cas de la CEU. Elle soumettait l’octroi d’une autorisation d’enseignement à la signature d’un accord bilatéral, conclu avec le pays concerné.

« Harcèlement gouvernemental »

Michael Ignatieff, le recteur de la CEU, un ancien du Parti libéral canadien, estimait « avoir pris toutes les mesures nécessaires » en ouvrant un site à Annandale-on-Hudson, dans l’Etat de New York. Mais il aura attendu en vain que l’exécutif hongrois veuille bien parapher l’agrément intergouvernemental nécessaire au maintien des activités. Le gouvernement hongrois, à plusieurs reprises, a laissé entendre qu’il ne s’exécuterait pas avant le 1er janvier 2019, la date butoir fixée par lui-même pour parvenir à un accord.

Pour Budapest, il n’aurait pas pu prouver la réalité de l’enseignement de la CEU sur son nouveau campus américain. « La législation modifiant la loi sur l’enseignement supérieur avait principalement pour objectif de garantir la transparence dans tous les établissements d’enseignement supérieur en Hongrie, affirme Zoltan Kovacs, le porte-parole du gouvernement, lui-même ancien élève de la CEU. Le droit s’applique de la même manière à toutes les universités, même à l’université de Soros. »

Le différend pourrait maintenant être tranché par la justice. L’ONG de George Soros, Open Society Foundations (OSF), qui a déménagé à Berlin à la fin du mois d’août, en dénonçant un « harcèlement gouvernemental » à son encontre, a déposé en septembre une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Elle estime qu’une autre loi, adoptée par la Hongrie en juillet, violait ses droits à la liberté d’expression, tels qu’ils sont garantis par la Convention européenne des droits de l’homme. Le texte criminalisait l’aide aux demandeurs d’asile et taxait les organismes « promouvant l’immigration ».« Le but évident de cette législation était d’intimider et de réduire au silence les groupes qui défendent les droits civiques et politiques des Hongrois, estime James A. Goldston, le directeur de l’Open Society Justice Initiative, une branche de l’OSF. Cette approche représente un précédent très dangereux qui pourrait être utilisé dans le futur, afin de réduire d’autres droits, comme par exemple ceux des femmes, des minorités sexuelles et de genre ou encore les libertés religieuses. »

20181201-p4-ceu.txt · 最后更改: 2019/02/23 11:19 由 82.251.53.114