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Tensions entre Pékin et Washington après l’arrestation d’une dirigeante de Huawei

Frédéric Lemaître

Meng Wenzhou est soupçonnée d’avoir violé des sanctions américaines contre l’Iran

PÉKIN - correspondant

Les autorités canadiennes ont annoncé, mercredi 5 décembre, avoir arrêté Meng Wenzhou, directrice financière du géant des télécoms chinois Huawei, également fille du fondateur du groupe, Ren Zhengfei. L’arrestation a eu lieu le 1er décembre à Vancouver (Canada) à la demande des autorités américaines, qui réclament son extradition. Selon le Globe and Mail, quotidien canadien, qui ne cite pas ses sources, Washington accuse Mme Meng d’avoir « essayé de contourner l’embargo américain contre l’Iran ».

Dans un communiqué, Huawei rapporte que Mme Meng fait face à des « accusations non précisées » par la justice de New York et qu’elle était en correspondance entre deux avions à Vancouver. « L’entreprise a reçu très peu d’informations concernant les accusations et n’est au courant d’aucun délit commis par Mme Meng », poursuit-elle. Huawei précise qu’elle « respecte toutes les lois et tous les règlements [des pays] où elle opère, y compris les lois concernant le contrôle des exportations et les sanctions ».

  • en correspondance entre deux avions 两个航班之间转机
  • être au courant 知情

Pékin a adopté un ton beaucoup moins diplomatique. « La partie chinoise s’oppose fermement et proteste vigoureusement contre de telles actions qui portent une grave atteinte aux droits humains de la victime », a déclaré l’ambassade de Chine au Canada. Demandant la libération immédiate de Mme Meng, l’ambassadeur, Lu Shaye, a annulé la visite qu’il devait effectuer jeudi au Parlement à Ottawa.

  • une grave atteinte aux droits humains de la victime 对受害人的人权严重侵犯

Pression sur les Européens

Le Wall Street Journal avait révélé, en avril, que le département de la justice américain avait ouvert une enquête pour déterminer si Huawei avait enfreint l’embargo américain contre l’Iran. Fondée par un ancien général de l’armée chinoise, la compagnie est régulièrement accusée par les Occidentaux d’espionner pour le compte de Pékin. Par ailleurs, l’entreprise est en concurrence directe avec les Occidentaux, comme Nokia et Ericsson, pour mettre en place la technologie 5G, qui devrait commencer à succéder à l’actuelle 4G dès 2019. Cette technologie sera aussi le support d’innovations telles que la voiture autonome ou la télémédecine. Les Etats-Unis, qui ont déjà réussi à convaincre l’Australie et la Nouvelle-Zélande de ne pas recourir à Huawei, pour des raisons de sécurité nationale, feraient actuellement pression sur les Européens pour qu’ils adoptent la même position.

  • enfreindre l’embargo américain contre l’Iran 违反美国对伊朗的禁运
  • espionner pour le compte de Pékin = spy on behalf of Beijing

Les déboires de Huawei ne sont pas sans rappeler ceux de ZTE, l’autre grand équipementier chinois de télécommunications, qui s’était vu reprocher en début d’année par les Etats-Unis d’avoir fait de « fausses déclarations » concernant l’embargo contre l’Iran. Washington avait imposé de lourdes sanctions contre ZTE, interdisant à cette entreprise d’acheter le moindre composant électronique aux Etats-Unis durant sept ans. « Huawei et ZTE sont deux faces d’une même médaille : des entreprises de télécommunications chinoises qui représentent un danger pour la sécurité nationale des Etats-Unis », juge le sénateur démocrate américain Chris Van Hollen.

  • déboire 原意是酒后口中的苦味。 引申义为挫折,失望
  • n'être pas sans rappeler 让人联想起

Sur les réseaux sociaux chinois, l’arrestation de la fille du fondateur de Huawei a très vite été en tête des sujets les plus débattus. Les internautes multiplient les critiques à l’égard du Canada et des Etats-Unis. Huawei est l’une des entreprises dont les Chinois sont les plus fiers. Mardi 27 novembre, recevant quelques journalistes occidentaux, Xu Nanping, le vice-ministre de la science et de la technologie, avait jugé que, en matière technologique, la Chine était loin d’avoir atteint le niveau des Etats-Unis, mais, à deux reprises, il avait cité Huawei comme étant l’une des rares sociétés chinoises en avance sur la technologie américaine « grâce au travail de fous de ses employés », avait-il précisé. Mi-octobre, le New York Times avait écrit que l’iPhone de Donald Trump était espionné par les Russes et les Chinois. Non content de publier un démenti, la porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois avait ironisé : « Si Trump a des doutes sur la sécurité de son iPhone, il pourrait envisager de changer pour passer à un Huawei. »

  • a deux reprises 两次

Si les Etats-Unis imposent depuis juillet des sanctions douanières aux importations chinoises, nombre d’observateurs jugent que la principale crainte des Etats-Unis est, en fait, l’avance technologique que prend la Chine en utilisant des moyens non conformes aux règles du commerce international.

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