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Désespérée, Theresa May se tourne vers Bruxelles

Philippe Bernard

La première ministre britannique a provoqué la colère des députés en repoussant un vote difficile sur le Brexit

LONDRES - correspondant

La reculade traduit une terrible perte d’autorité de la première ministre britannique et accroît les risques de dérapage vers un dangereux vide juridique sur le Brexit. Theresa May a annoncé, lundi 10 décembre devant les députés, le report sine die du vote sur l’accord de sortie de l’Union européenne (UE), qui était prévu mardi mais qui s’annonçait négatif.

  • la reculade
  • un dangereux vide juridique
  • sine die

La première ministre n’a pas indiqué de nouvelle date, ce qui implique que le vote pourrait être reporté de plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En attendant, Mme May dit vouloir obtenir de l’UE de nouvelles « assurances » propres à convaincre les députés et à les ramener dans le droit chemin. A moins que, d’ici là, ils ne la renversent. Mardi, elle a entrepris une tournée de responsables européens destinée à obtenir des aménagements à l’accord. Après le premier ministre néerlandais Mark Rutte, elle devait rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Le président du Conseil de l’UE Donald Tusk et celui de la Commission Jean-Claude Juncker figuraient aussi à son programme.

« J’ai écouté attentivement ce qui s’est dit dans cette Chambre [des communes] et à l’extérieur (…) et il est clair que sur la question de la garantie donnée pour l’Irlande du Nord, des inquiétudes profondes restent largement répandues, a déclaré la première ministre après trois journées de débat. De ce fait, si nous continuions et avions un vote demain, l’accord serait rejeté par une large majorité. Nous allons donc reporter ce vote prévu demain. » L’annonce faite devant une Chambre comble et chauffée à blanc a provoqué plus de colère que de stupeur, car elle avait filtré dans la presse deux heures avant.

Plus de colère que de stupeur

Une centaine de députés conservateurs avaient exprimé leur opposition à l’accord et la première ministre allait au-devant d’un échec cinglant. Il lui aurait fallu 320 voix pour faire passer le texte et il lui en aurait manqué plus d’une centaine, étant donné l’ampleur des défections. Sonnant la retraite, elle a annoncé qu’avant même le Conseil européen du jeudi 13 décembre, elle rencontrerait des chefs d’Etat et de gouvernement du continent ainsi que les dirigeants de l’UE pour « débattre avec eux des inquiétudes que cette Chambre a exprimées ». La principale de ces préoccupations concerne la garantie (backstop) pour l’Irlande du Nord. Afin d’éviter le retour d’une frontière terrestre sur l’île, Londres a accepté que l’ensemble du Royaume-Uni demeure dans l’union douanière européenne et que l’Irlande du Nord reste dans le marché unique européen. Les députés, qu’ils soient pro-Brexit ou pro-UE, craignent que cette situation, censée être provisoire, ne perdure, sans droit autonome pour les Britanniques d’en sortir. Les uns crient à la trahison du Brexit, les autres à l’atteinte à la souveraineté. Répétant des arguments qu’elle a mille fois employés, Mme May a affirmé qu’« il n’existe aucun accord possible avec l’UE qui ne prévoie pas ce backstop ».

« Cet accord est le bon »

« Ayant passé l’essentiel de ces deux années à étudier le Brexit dans tous ses détails, je suis absolument convaincue que cet accord est le bon », a-t-elle insisté, en affirmant qu’il n’y a pas de négociation sans compromis. Mme May a promis de « faire tout son possible pour obtenir de nouvelles assurances ». Mais à Bruxelles, on confirme qu’il n’est pas question de rouvrir la négociation sur le traité de sortie. Une nouvelle rédaction de la « déclaration sur les relations futures » non juridiquement contraignante et annexée au traité est possible. Mais on voit mal, dans le climat de fièvre qui s’est emparé des députés britanniques, quelle formulation pourrait les faire changer d’avis.

L’impasse accroît le risque d’un vide juridique (le no deal) à la date prévue pour le Brexit, le 29 mars 2019, impliquant le rétablissement des droits de douane. « Le risque d’un no deal accidentel s’accroît », a prévenu la première ministre. Elle a assuré que son gouvernement allait accélérer la préparation des mesures de contingentement et d’urgence prévues pour parer à cette éventualité catastrophique pour l’économie britannique et préjudiciable à celle du continent. La livre sterling a cédé 1 % de sa valeur contre l’euro après l’annonce du report du vote par Mme May. « C’est un nouveau coup dur pour les entreprises qui attendent désespérément de la clarté », a commenté Carolyn Fairbairn, dirigeante du CBI, la principale organisation patronale britannique.

Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste, a dénoncé « ce gouvernement en plein désarroi ». « Si elle est incapable de négocier un accord, elle doit partir », a-t-il tonné face à Mme May. Quant à la première ministre d’Ecosse, Nicola Sturgeon, elle voit dans le report du vote « un acte de lâcheté lamentable » de la part d’un gouvernement qui « s’effondre en plein chaos ». Mais M. Corbyn ne l’a pas suivie quand elle l’a invité à déposer une motion de défiance pour renverser Mme May. Le leader du Labour sait qu’il risquerait fort d’échouer à ce stade et qu’un tel revers renforcerait une première ministre au plus bas. Cette dernière est à la merci d’un vote de défiance du Parti conservateur, où plusieurs ministres et ex-ministres piaffent pour la remplacer.

L’extrême faiblesse de Mme May s’est encore manifestée par le fait qu’elle a manœuvré pour empêcher les députés de voter sur la décision de reporter le vote. Cette mauvaise manière envers les élus a été ardemment dénoncée par le speaker (président) de la Chambre des communes, John Bercow. Elle risque d’aliéner un peu plus encore les députés. Le fait qu’aucune indication sur la date d’un nouveau vote n’ait été donnée, avant ou après Noël, accroît un peu plus encore la confusion et les inquiétudes. Une note juridique de la Chambre des communes indique que la seule exigence légale pour le vote est fixée au… 28 mars 2019, autrement dit la veille du divorce effectif avec l’UE.

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