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LE COIN DU CRIME

Orsay, musée assassin

Franck Thilliezécrivain

MUSée d’ Orsay. Le train s’arrête, les portes s’ouvrent. A hauteur d’homme, une tête couronnée d’un entrelacs de serpents surgit de l’abîme comme une absolue vision d’horreur. Le visage au teint cadavérique, avec ses yeux écarquillés, pétrifie l’observateur qui oserait approcher d’un peu trop près. Même prisonnière de ce relief en papier mâché peint et doré d’Arnold Böcklin (1897), Méduse chercherait-elle à faire une nouvelle victime ?

  • le visage au teint cadavérique: 带着死尸般的脸色
  • ses yeux écarquillés

A la manière d’un enquêteur à la fois expert en techniques d’investigation et en histoire de l’art, Christos Markogiannakis, jeune écrivain grec, auteur du remarqué Scènes de crime au Louvre (Le Passage, 2017), propose cette fois au lecteur une visite « criminartistique » du Musée d’Orsay, à travers l’analyse scrupuleuse d’une trentaine d’œuvres en rapport avec le crime. Il s’introduit dans l’intimité de la création, fouille les motivations et les pensées secrètes qui ont conduit l’artiste à peindre, photographier ou modeler telle ou telle scène morbide. De son œil holmésien, il explore l’ADN d’un tableau, palpe la froideur d’un marbre, scrute le grain d’une photo et fait parler cadavres ou bourreaux, invités à conter leurs sinistres trajectoires. C’est parfois dans l’intimité d’une lumière ou la beauté d’un clair-obscur que se niche la vérité.

  • de son œil holmesien: 福尔摩斯般的眼睛
  • palper: 原意是医生的按诊

Emotions extrêmes

En parcourant cet ouvrage richement documenté et iconographié, on comprend mieux pourquoi les Degas, Carpeaux et Delacroix se sont passionnés pour les représentations violentes : le but d’une œuvre d’art n’est-il pas d’esthétiser l’immontrable et de laisser libre cours aux émotions extrêmes ? D’éveiller, chez l’observateur, tant le dégoût que l’attraction ? Par cette visite privilégiée au cœur du célèbre musée parisien, nous voilà devenus les témoins de parricides, massacres et autres exécutions sanglantes. Alors que les cadavres s’éparpillent sur le sol, le géant de Fléau !, d’Henri-Camille Danger (1901), nous fixe, nous rendant coupables d’impuissance, démontrant avec poigne qu’aucune civilisation ne sera à l’abri de la barbarie. Un tableau qui résonne terriblement avec toutes les époques.

  • parricide: 杀父母,弑君

Scènes de crime à Orsay peut se lire comme un excellent polar, chaque œuvre tenant le rôle d’une énigme à résoudre. Le lecteur osera-t-il s’aventurer au-delà de la beauté d’un Rodin, ne pas se laisser éblouir par les couleurs d’un Lévy, entrer dans l’esprit du créateur et découvrir le mobile derrière l’acte ? Cézanne, dans La Femme étranglée (1875-1876), a-t-il été inspiré par un poème romantique tragique, par la vision lugubre d’un fait divers, ou répond-il simplement à ses propres fantasmes, lui qui ressentait un trouble profond pour le sexe opposé ?

  • lugubre: 阴森的

Par le biais de cette éprouvante forme d’art, le livre retrace la grande histoire criminelle, du meurtre d’Abel par Caïn aux carnages contemporains. Les époques et les méthodes changent, mais la monstruosité, elle, demeure. Violences faites aux femmes, assassinats politiques, génocides… Le crime continuera à trouver sa place dans les musées, et pour longtemps encore, parce qu’il fait partie des piliers fondateurs de toute civilisation et que, les artistes l’ont bien compris, l’exploration esthétique et anthropologique des dérives de l’homme fascine. Leur travail parle de nous. Du pire de nous.

  • éprouvante: grueling

Barbara Cassin, Alexandre Jollien, Catherine Malabou et Franck Thilliez tiennent ici à tour de rôle une chronique.

PHOTOS : Melania Avanzato. Francesca Mantovani/Gallimard. John Folley/Opale/Leemage. PUF.

Scènes de crime à Orsay (The Orsay Murder Club), de Christos Markogiannakis, traduit de l’anglais par Sabine Porte, Le Passage, 236 p., 22 €.

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