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OGM : deux maïs testés sans effets sur les rats

Stéphane Foucart

Une étude d’ampleur conclut, au contraire de ce qui avait été avancé en 2012, à l’absence de toxicité de ces plantes

C’est l’épilogue de l’« affaire Séralini ». En septembre 2012, le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et son équipe publiaient, dans la revue Food and Chemical Toxicology, une étude prétendant montrer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs transgénique, dit NK603, pourvu d’un trait de résistance au glyphosate – l’herbicide le plus utilisé au monde. Porté par les photos de rongeurs déformés par d’énormes tumeurs, l’émoi fut considérable. La controverse ne le fut pas moins, de nombreuses critiques scientifiques soulignant le caractère biaisé et non concluant de l’étude du biologiste français. Ainsi que la communication tapageuse ayant accompagné sa publication.

  • l’emoi: turmoil
  • tapageuse:

Le risque était-il réel ? La question est désormais tranchée avec la publication, lundi 10 décembre, dans la revue Toxicological Sciences, d’une étude d’ampleur, la première à explorer aussi minutieusement les conséquences sanitaires potentielles de la consommation de deux maïs génétiquement modifiés : le NK603 (utilisé en 2012 par M. Séralini et ses coauteurs), et le MON810, une variété pourvue d’un trait de résistance à des insectes ravageurs. Résultat saillant ? Ces deux plantes n’ont eu aucun effet biologique significatif sur les rats de laboratoire qui les ont consommées pendant six mois.

  • des insectes ravageurs: 害虫
  • saillant: 突出的

Pilotée par le toxicologue Bernard Salles (université Paul-Sabatier à Toulouse, INRA) et baptisée « GMO90 + », l’étude a été conduite sur fonds publics et a rassemblé un consortium d’une trentaine d’auteurs issus des grandes institutions de recherche et d’expertise françaises, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), en passant par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Les chercheurs ont soumis leurs rats à huit régimes alimentaires distincts. Les deux premiers à base des deux variétés de maïs conventionnel les plus proches des MON810 et NK603. Les six autres faisant varier la quantité de l’un ou l’autre des deux maïs transgéniques, cultivés ou non avec du glyphosate. Pour évaluer les effets de chacun des huit régimes testés, les auteurs ont utilisé les méthodes de la toxicologie classique : mesure du poids des animaux, examen de leurs organes après sacrifice, biochimie du sang, etc.

Ils ont complété cet examen avec les méthodes d’analyse les plus récentes et sophistiquées. La première (dite « métabolomique ») permet de détecter de subtiles variations du métabolisme des animaux en évaluant dans leur circulation sanguine ou leur urine la présence de centaines de petites molécules issues de la « combustion » des nutriments par l’organisme. La seconde (dite « transcriptomique ») permet d’évaluer le niveau d’expression des gènes dans certains organes. Dans le cas présent, les chercheurs ont cherché les variations possibles d’expression des gènes dans les reins et le foie des animaux, les deux organes susceptibles d’être les plus affectés par la présence de toxiques dans l’alimentation.

  • metabolomique: 代谢组学的
  • transcriptomique: 转录组学的
  • rein:肾
  • foie:肝

Au total, plusieurs centaines de paramètres ont été ainsi mesurés sur les animaux, en association avec chacun des huit régimes alimentaires. Des différences significatives entre groupes ont été notées, sans être des signes de pathologie. « La plupart des différences de paramètres biologiques sont liées à la variété de maïs ou à l’environnement [dans lequel elles ont été cultivées], écrivent les chercheurs. Ce qui est en accord avec les différences de contaminants présents dans les régimes alimentaires. » En effet, des mycotoxines – des petits champignons présents dans l’environnement qui contaminent les récoltes – ont été relevées en plus forte quantité sur l’une des deux variétés de maïs, qui n’a pas été récoltée au même endroit que l’autre…

  • mycotoxins

Contamination

En revanche, aucune différence significative n’a pu être relevée en lien avec les constructions génétiques introduites dans les deux plantes. Qu’ils aient été nourris avec un maïs transgénique ou son équivalent conventionnel n’a rien changé de significatif pour les animaux. « Aucun biomarqueur ou effet sanitaire délétère n’a pu être attribué à la consommation d’un régime à base de plante transgénique, par rapport à un régime basé sur sa variété conventionnelle la plus proche », concluent les auteurs.

Interrogé par Le Monde, le biologiste Robin Mesnage (King’s College de Londres), coauteur de l’étude controversée de 2012 et qui n’a pas participé à ces derniers travaux, salue « une belle étude ». « De l’eau a coulé sous les ponts depuis notre étude chronique de 2012, précise M. Mesnage. Il y a maintenant assez de preuves pour conclure que les OGM tolérants au Roundup n’ont pas d’effets sur la santé, mais cela n’élimine pas les questions sur la toxicité du Roundup lui-même. »

En théorie, l’étude GMO90 + était susceptible d’apporter des éléments de réponse à cette question. En pratique, les choses se sont avérées plus compliquées. A leur surprise, les chercheurs ont en effet constaté que les croquettes constituant les huit régimes alimentaires contenaient toutes du glyphosate, entre environ 80 et 100 microgrammes par kilo. « Ayant procédé par comparaison entre les différents groupes, nous n’avons pas pu évaluer l’effet potentiel de cette substance sur la santé et le métabolisme des animaux », explique Bernard Salles.

Les chercheurs se sont interrogés sur la provenance de cette contamination. « Il semble que cela provienne du soja présent dans les croquettes, précise M. Salles. Celui-ci a été cultivé selon les critères de l’agriculture biologique, mais il provient d’Amérique du Sud, où l’on cultive beaucoup de plantes génétiquement modifiées tolérantes au Roundup. Du coup, pour certaines productions et dans certaines régions, on trouve du glyphosate à peu près partout… »

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