用户工具

站点工具


20181219-p27-shenzhen

Shenzhen, ville témoin de réformes à la chinoise

Le 22 juin, au salon du drone profession-nel, à Shenzen. MAO SIQIAN/XINHUA Frédéric Lemaître

Le président Xi Jinping célèbre le 40e anniversaire de l’ouverture de la Chine au reste du monde

SHENZHEN (CHINE) - envoyé spécial

La démonstratrice n’est pas mécontente de l’effet produit. Au milieu du showroom de DJI, le leader mondial des drones, dont le siège se situe à Shenzhen, elle pilote le Mavic Air, le petit dernier de la gamme, d’un simple geste de la main. Sans télécommande. Impressionnés, les visiteurs applaudissent. Signe distinctif : l’insigne du Parti communiste chinois, que la plupart d’entre eux arborent fièrement à leur boutonnière.

  • 普通列表项目

Au même moment, à une quinzaine de kilomètres de là, en plein centre-ville, l’effervescence règne dans l’immense immeuble qui abrite le Huaqiang Electronic World. Non pas au rez-de-chaussée, où des centaines de commerçants, derrière leur stand souvent minuscule, vendent tous les composants électroniques imaginables, mais au huitième et dernier étage de ce bâtiment sans âme. Une vingtaine de start-up n’ont que quelques minutes pour séduire la centaine d’investisseurs asiatiques, venus chercher la perle rare.

  • bâtiment sans âme: souless building

Un Américain explique être en train de créer un appareil qui améliorera la vie de millions d’asthmatiques, un Israélien démontre qu’il dispose d’une technique pour rendre les villes « intelligentes » à un coût défiant toute concurrence, un représentant d’une start-up nigériane est convaincu qu’ils peuvent faire fortune en investissant dans un outil informatique qui pourrait révolutionner l’éducation en Afrique. Pour l’occasion, l’Américain Sean O’Sullivan, créateur du fonds d’investissement HAX, qui a ouvert cet accélérateur de start-up en 2012, a fait le voyage. Juste à côté, sur la terrasse de l’immeuble, deux jeunes Chinois surveillent un véhicule sans conducteur bourré d’électronique qui slalome entre les obstacles.

  • bourré de 充满。
  • slalomer: zigzag

Mardi 18 décembre, le président Xi Jinping a célébré en grande pompe le 40e anniversaire de l’ouverture de la Chine au reste du monde. Une décision prise à la fin de 1978 par Deng Xiaoping pour tourner la page du maoïsme et qui, à ses yeux, devait s’accompagner par l’essor d’une ville située dans le sud du pays : Shenzhen, en face de Hongkong. Quarante ans après, le succès est tel qu’il inquiète jusqu’au président des Etats-Unis. Les chiffres ont de quoi donner le tournis.

  • en grande pompe 铺张地
  • les chiffres ont de quoi donner le tournis

Plus riche que Canton

Ce qui, selon la légende, n’était qu’un village de pêcheurs, compte officiellement 12 millions d’habitants. En fait, sans doute près du double si l’on se fie aux données les plus fiables : celles des opérateurs de téléphonie mobile. A peu près autant que Pékin ou Shanghaï. La ville qui, en 1985, faisait la fierté du pays en inaugurant le premier gratte-ciel chinois, en compte aujourd’hui plus de 1 100 dont, depuis 2017, la tour de l’assureur Ping An (599 mètres), quatrième tour la plus haute du monde. D’en haut, quelle que soit la direction, des immeubles à perte de vue.

  • a perte de vue: 一览无余

Grâce à Deng Xiaoping et aux facilités dont a bénéficié Shenzhen, désormais plus riche que Canton, la capitale régionale, la province du Guangdong a connu une croissance exceptionnelle. Son produit intérieur brut (PIB) s’élevait 18,5 milliards de yuans en 1978. Une douzaine d’années plus tard, il avait décuplé. En 2012, il a atteint 5 800 milliards de yuans (741 milliards d’euros), et cette année il devrait approcher les 10 000 milliards de yuans (près de 1 300 milliards d’euros), la moitié du PIB français. Cette province de 111 millions d’habitants n’est pas peu fière d’être devenue plus riche que Singapour en 1998, Hongkong en 2003, Taïwan en 2007, et de se rapprocher à grands pas de la Corée du Sud.

  • il avait décuplé 增加了十倍
  • se rapprocher a grands pas de la Corée du Sud.

Sur quoi repose ce succès ? Casquette vissée sur la tête, Benjamin Joffe, l’un des dirigeants de HAX, n’a aucun doute. « Il y a quinze ans, Shenzhen était l’usine du monde. On y fabriquait des produits bon marché en grandes quantités. Mais le modèle a évolué. On y fabrique désormais l’iPhone, le top de la technologie mondiale, et l’on sait y faire des petits volumes. C’est pour cela qu’il est intéressant pour des start-up d’y être. Ici, il ne leur faut qu’une semaine pour développer un produit alors qu’elles auraient besoin d’un mois partout ailleurs », dit cet ingénieur.

  • casquette vissée sur la tête

C’est pour cette raison que le fabricant français de drones, Parrot, s’est installé à Shenzhen dès 2006. « Nous concevons et vendons des produits innovants mais ne les fabriquons pas. A Shenzhen, toute l’électronique mondiale est présente et tous les fournisseurs de composants peuvent fabriquer votre produit sur mesure. C’est un écosystème unique au monde dont font également partie les Bourses de Shenzhen et de Hongkong et la Foire électronique de Hongkong. Lorsque les salaires ont commencé à monter, on a cru que les usines allaient partir à l’étranger, notamment au Vietnam, mais en fait elles n’ont fait que s’éloigner à la périphérie. C’est difficile de déménager tout un écosystème », résume Elise Tchen, directrice Asie de Parrot.

  • fabriquer votre produit sur mesure 按照尺寸要求

Si l’entreprise (600 salariés) maintient en France ses équipes de recherche et développement, d’autres grands groupes ont des équipes de R&D à Shenzhen : Apple, Microsoft, Airbus… « C’est bien simple, c’est à Shenzhen que l’on dépose le plus de brevets en Chine et c’est en Chine que l’on dépose le plus de brevets dans le monde », résume Basile David, directeur des partenariats chez DJI. Selon lui, un signe ne trompe pas : « Avant, les délégations étrangères qui se rendaient en Chine visitaient Pékin et Shanghaï. Maintenant, certaines ne viennent que pour Shenzhen. De fait, visiter Huawei, Tencent, Oppo et DJI vaut le voyage. »

  • brevet 专利

Pourtant, malgré son indéniable succès, Shenzhen présente quelques faiblesses. Guo Wanda, vice-président exécutif de China Development Institute, un des rares think tanks non gouvernementaux chinois, ne le nie pas. « Chaque année, entre 2 000 et 5 000 entreprises à forte intensité de main-d’œuvre quittent la ville et d’autres, plus capitalistiques, prennent le relais. En 2017, environ 500 000 personnes, souvent qualifiées, sont venues s’installer à Shenzhen. Face à une telle croissance, les services publics ont du mal à suivre, les loyers augmentent, les terrains se font rares, et la pollution des sols et des eaux est préoccupante. De plus, nous ne sommes pas la Silicon Valley. Nous n’avons pas encore d’universités comparables aux grandes universités américaines ou même pékinoises. Si le hardware est à Shenzhen, le software reste aux Etats-Unis. »

Elise Tchen soulève, elle, un autre handicap, souvent tabou : la censure. « Ici, nous n’avons ni Google ni WhatsApp. C’est une vraie prison. Et si vous avez un VPN [réseau privé virtuel, qui rend anonyme les communications] pour contourner la censure, vous n’avez pas accès à WeChat, la principale messagerie chinoise. Cette muraille de Chine électronique est le principal inconvénient. » Pourtant constate-t-elle, les immeubles continuent de pousser comme des champignons et les Chinois, dans leur grande majorité, soutiennent XI Jinping. Quel que soit l’insigne qu’ils portent à leur boutonnière.

20181219-p27-shenzhen.txt · 最后更改: 2019/03/05 08:31 由 82.251.53.114