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Le Fed relève ses taux en dépit des pressions de Donald Trump

Marie Charrel

La Réserve fédérale a augmenté mercredi ses taux directeurs d’un quart de point, malgré les inquiétudes sur l’économie mondiale

Elle n’a pas plié face aux pressions de Donald Trump. Mercredi 19 décembre, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé ses taux directeurs d’un quart de point : ils évoluent désormais dans une fourchette allant de 2,25 % à 2,50 %. Il s’agit de la quatrième hausse actée cette année par l’institution, et la neuvième depuis 2015. Dans leur communiqué, ses membres ont souligné la force de l’économie américaine, justifiant la poursuite du resserrement monétaire. « Le marché du travail a continué de se renforcer et l’activité a progressé à un rythme solide », ont-ils déclaré.

Dans la foulée, l’indice Standard & Poor’s 500 a clôturé en baisse de plus de 1,5 %, tandis qu’à Tokyo, le Nikkei a terminé en repli de 2,84 % jeudi. Une partie des investisseurs espéraient que, face à la volatilité des marchés et aux doutes planant sur l’économie mondiale, la Fed renonce à relever ses taux. Ils ont eu tort. En outre, elle continuera de revendre les titres financiers qu’elle avait achetés pendant la crise, à hauteur de 50 milliards de dollars par mois.

Une « nouvelle erreur »

Cette réunion faisait figure de test pour Jerome Powell, nommé à la tête de la Fed fin 2017 par Donald Trump. Ces derniers jours, le président américain lui a lancé sur Twitter une série d’avertissements : une hausse du taux directeur serait une « nouvelle erreur », a-t-il écrit mardi. La veille, il déclarait déjà : « C’est incroyable qu’avec un dollar très fort et virtuellement aucune inflation, le monde qui explose autour de nous, Paris qui brûle et la Chine sur la pente descendante, la Fed puisse seulement penser à une nouvelle hausse des taux. »

Ces mises en garde se limitent-elles à la rhétorique agressive et versatile dont le président est coutumier, ou menace-t-il réellement l’indépendance de l’institution ? Alors que le relèvement des taux est indispensable pour éviter une surchauffe de l’économie et pour permettre à la Fed de regagner des marges de manœuvre avant la prochaine crise, le milliardaire à la mèche blonde semble convaincu qu’il est nocif pour l’activité – notamment pour la Bourse et l’immobilier. Mais le comité de politique monétaire a ignoré ses menaces, adoptant la hausse à l’unanimité. « Les considérations politiques ne jouent absolument aucun rôle dans nos discussions ou décisions », a déclaré Jerome Powell, soulignant la santé de l’économie américaine.

Il est vrai qu’à première vue, celle-ci est éclatante. Le pays enregistre sa neuvième année de croissance, portée par les mesures de relance et les réductions massives d’impôts (1 500 milliards de dollars) accordées ces derniers mois. Surtout, à 3,7 %, le taux de chômage est au plus bas depuis 50 ans. Malgré tout, les nuages s’accumulent à l’horizon, et pas seulement du fait du ralentissement européen et des tensions commerciales. L’inflation, à 2,2 %, reste étonnamment plate au regard du plein-emploi. « La remontée des taux des emprunts hypothécaires, qui évoluent désormais autour de 5 %, et la force du dollar devraient commencer à peser sur l’activité, tandis que l’effet du stimulus fiscal va s’estomper », estime James Knightley, économiste chez ING. Et les marchés sont nerveux : Le S&P 500 a plongé de 15 % en trois mois.

Prudence pour l’avenir

En dépit de son bon diagnostic, la Fed se montre donc plus prudente pour l’avenir : elle table désormais sur une croissance de 3 % cette année, contre 3,1 % estimée précédemment, et surtout de 2,3 % l’an prochain, contre 2,5 %. De son côté, l’inflation devrait s’établir à 1,9 % en 2018 comme en 2019, soit un peu moins que sa cible de 2 %.

L’institution a également laissé entendre qu’elle freinerait le rythme de la hausse des taux en 2019. « Elle veut prendre le temps d’analyser la nature des changements engendrés par les baisses d’impôts », estime Randall S. Kroszner, ancien membre du conseil des gouverneurs de la Fed, aujourd’hui professeur à l’université de Chicago. Celles-ci ont-elles simplement nourri une accélération temporaire de l’activité ? Ou ont-elles déclenché une hausse durable de l’investissement, susceptible d’alimenter un rebond de la productivité – et donc d’augmenter le potentiel de croissance de l’économie ? « Il est un peu tôt pour arrêter le verdict, qui sera déterminant », conclut M. Kroszner.

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