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Le Maroc au défi de former les futurs imams français

Des étudiants français de l’Institut Mohamed VI, à Rabat. YORIYAS YASSINE ALAOUI POUR « LE MONDE »

Ghalia Kadiri

A Rabat, l’Institut Mohammed VI accueille 67 étudiants de l’Hexagone, qui connaît une crise des vocations

RABAT - envoyée spéciale

On n’entend que l’eau qui s’écoule par la fontaine du patio et le chuchotement des disciples. Les étudiants sortent tout juste d’un cours de soufisme. Des jeunes femmes et des jeunes hommes, en tenue traditionnelle, discutent de leur prochain examen. Tout autour, les murs et les plafonds sont rehaussés de zelliges, constituant une mosaïque typique de l’architecture marocaine. Les balcons en bois ouvragé et les imposantes portes en arcade rappellent la traditionnelle médina. Dans ce havre de sérénité, niché en plein cœur de Rabat, la capitale marocaine, 1 400 élèves sont formés pour devenir les futurs cadres du culte musulman sunnite du Maroc et de l’Afrique de l’Ouest. Et de la France.

  • chuchotement: whisper
  • des disciples: 教徒
  • soufisme
  • en tenue traditionnelle 穿着传统的服装
  • rehaussés de zelliges
  • une mosaïque typique de l’architecture marocaine
  • les imposantes portes en arcade
  • la traditionnelle médina
  • havre de sérénités
  • niché en plein cœur de Rabat, la capitale marocaine

Au milieu des élèves marocains, maliens, nigérians ou ivoiriens de l’Institut Mohammed VI de Rabat, Morgan Callet, longue barbe, djellaba et baskets, se fond comme un caméléon. A 30 ans, il a laissé son travail, sa femme et ses deux enfants à Avion (Pas-de-Calais) pour apprendre à être imam en trois ans.

  • djellaba et baskets
  • se faire comme un caméléon

Au programme : cours d’arabe, jurisprudence islamique, dogme, sciences du Coran, explications des versets et récitations. « Je veux me former ici et revenir en France pour transmettre l’esprit de l’islam tolérant et apaisé aux musulmans de mon pays », raconte ce Français converti à l’islam, arrivé en janvier 2016 à Rabat.

  • 普通列表项目

Morgan fait partie des 67 étudiants venus de l’Hexagone pour obtenir un diplôme d’imam professionnel. Dix Françaises y étudient également pour devenir mourchidate (prédicatrice). Les dix-neuf élèves de la première promotion doivent terminer le cursus d’ici fin décembre.

  • mourchidate (prédicatrice)

Disciples logés, nourris

Envoyés à l’initiative de l’Union des mosquées de France (UMF), une fédération liée au Maroc qui revendique quelque 700 mosquées, la plupart de ces jeunes n’avaient pas trouvé de formation adaptée : les quelques instituts privés proposant des formations en France sont trop chers et pas forcément de bonne qualité.

A Rabat, l’intégralité de la formation est prise en charge par le royaume. Tous les disciples sont logés, nourris et perçoivent une bourse de 2 000 dirhams (185 euros) par mois. Les Français ont même droit à un complément de 150 euros mensuels payés par l’UMF. « Aujourd’hui, en France, nous n’avons pas les moyens de former les imams. Et l’Etat laïque ne peut le faire, reconnaît son président, Mohammed Moussaoui. C’est pourquoi nous avons demandé à Mohammed VI d’accueillir des étudiants français au sein de son prestigieux institut. »

  • être prise en charge par le royaume
  • perçoivent une bourse de 2— dirhams par mois
  • l’Etat laïque

Bâti en un temps record et placé directement sous l’autorité spirituelle du souverain, l’institut a été inauguré en mars 2015. Le Maroc, qui promeut un islam « modéré et tolérant », veut apparaître comme un pays-clé de la lutte antiterroriste en Afrique, où le royaume mène une intense diplomatie religieuse.

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« L’imam, dans son interaction avec la communauté, évolue dans un environnement national et international imprégné de controverses. Pour garder sa sérénité, l’officier religieux a besoin de plus en plus d’une formation convenable, explique Ahmed Toufiq, ministre des habous et des affaires islamiques depuis 2002. La parole de l’imam peut ainsi renforcer l’immunité du corps de la communauté des fidèles contre le discours extrémiste qui constitue un danger commun à l’échelle internationale. »

  • imprégné de controverses
  • une formation convenable

La genèse du projet remonte à 2013 : un accord prévoyait la formation de 500 imams maliens à Rabat pour lutter contre le djihadisme dans le Sahel. Depuis, d’autres pays se sont mis sur les rangs. La France, seul pays non africain à être représenté, a signé une déclaration conjointe avec le Maroc en 2015 pour l’envoi de cinquante étudiants par an, en attendant de former les imams sur son propre territoire. Une question délicate dans la République laïque, qui devrait être au cœur de la réforme de l’islam voulue par Emmanuel Macron et attendue pour le premier trimestre 2019.

« On ne peut pas se permettre d’attendre, tranche Morgan Callet. Bien sûr qu’on aurait préféré étudier chez nous, mais on ne peut pas rester les bras croisés. » Ici, le devoir d’engagement est sur toutes les lèvres.

Pour Kalilou Sylla, un Français d’origine malienne venu de Seine-Saint-Denis, autrefois engagé dans les syndicats lycéens puis étudiants, les attentats de 2015 ont été un catalyseur. « Je me suis rendu compte qu’il y avait une incompréhension et une ignorance totales de la religion musulmane en France et je ne me sentais pas vraiment représenté ou, en tout cas, pas de la manière dont j’aurais voulu l’être, explique le jeune homme âgé de 22 ans. Il y a à la fois un besoin spirituel mais aussi un sentiment de responsabilité que le contexte a exacerbé. »

Conditions précaires des imams

A Nîmes, Asma et Amina, deux sœurs de 21 et 25 ans, ont longtemps cherché un interlocuteur pour parler de la religion, les aider à trouver leur place dans la société. « Mais il n’y a personne pour nous répondre. Déjà, en France, on a beaucoup de mal à trouver un professeur d’arabe. Alors un spécialiste de l’islam, c’est presque impossible, raconte Asma, sous son voile coloré. Lorsque l’on a besoin d’être guidé, on se tourne vers des femmes, bénévoles, qui savent lire l’arabe et connaissent quelques bases de l’islam, mais ça s’arrête là. »

Les sœurs sont venues étudier à Rabat pour approfondir leur connaissance de la religion et, un jour, remplacer ces femmes. « Il faut un bagage solide pour pouvoir aider toutes les femmes musulmanes dans le doute, toutes ces mamans », renchérit Amina.

En France, les quelque 2 500 lieux de culte musulman peinent à trouver un imam de qualité. Des mosquées se construisent et certaines restent vides. Avec 301 imams détachés venus d’Algérie, de Turquie et du Maroc, les cadres religieux qui maîtrisent à la fois le français et les préceptes de la religion sont une denrée rare que les mosquées s’arrachent. Et les conditions précaires des imams, souvent mal payés et soumis au bon vouloir du président de l’association cultuelle de la mosquée, rendent la profession de moins en moins attrayante.

  • une denrée rare
  • attrayante

Même l’UMF peine à trouver des recrues pour remplir son quota de cinquante étudiants par an à Rabat. « C’est difficile pour ces jeunes de s’engager alors que le statut social de l’imam n’est pas clair, que l’islam de France est en pleine restructuration et qu’ils ne savent donc pas dans quelles conditions ils vont pouvoir exercer, admet M. Moussaoui. On essaye toutefois de leur donner quelques garanties. On ne peut pas les salarier nous-mêmes, mais on s’oriente vers un accord tripartite entre l’imam, le président de l’association cultuelle et l’UMF. »

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Parmi les futurs diplômés de l’Institut Mohammed VI, certains ont déjà renoncé à pratiquer le métier d’imam. « La religion est une histoire d’amour mais je ne peux pas en faire mon métier », regrette Pietro Roberto, 24 ans, qui souhaite devenir entrepreneur et prêcher bénévolement dans une mosquée de Lyon, sa ville natale.

  • prêcher bénévolement

Alors, tout est bon pour attirer les apprentis imams. Sur Internet, dans les mosquées, la fédération fait campagne partout en France pour recruter les futurs étudiants de l’Institut Mohammed VI. Parmi les critères de sélection, la maîtrise de l’arabe et la connaissance du Coran ne sont pas exigées – les élèves ont la possibilité de faire une première année de mise à niveau. Seuls le baccalauréat et la nationalité française sont obligatoires. « Nous voulons encourager les musulmans francophones car les mosquées manquent d’imams qui maîtrisent la langue, l’histoire, la culture et les valeurs de la France », poursuit le président de l’Union des mosquées de France.

  • faire une première année de mise a niveau

Sauf que, contrairement à leurs camarades africains, les Français ne suivent pas de cours de sciences humaines, nécessaires pour « contextualiser » la pratique de l’islam par rapport à la culture de leur pays d’origine. En juin 2017, une commission sénatoriale en visite à Rabat avait d’ailleurs reproché au cursus marocain un « manque de contextualisation ».

  • reprocher a
  • le cursus marocain

« Ce sont les Français qui ont fait ce choix lors de la signature de l’accord : ils ont préféré que les élèves préparent un diplôme universitaire en interculturalité, laïcité et religions, une fois rentrés », se défend Mohammed Moussaoui. Pas sûr cependant que tous les élèves suivent cette formation. « On verra », répondent-ils simplement.

« De toute façon, le vrai enjeu est d’arriver à les former en France de façon indépendante, rappelle Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, une fédération proche du Maroc. L’Institut Mohammed VI offre un apprentissage de très grande qualité mais ce n’est qu’une solution à court terme. »

Une antenne de l’institut, en partenariat avec l’UMF, devrait ouvrir ses portes à Evry en 2019 pour former trente étudiants français par an. Mais le projet, entièrement financé par le Maroc, qui enverra aussi ses propres formateurs, renforce une fois de plus l’image d’un « islam consulaire » dont la France a encore du mal à se défaire.

  • une antenne de l’institut. 该学院的分部
  • un islam consulaire
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