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L’horizon s’éclaircit pour l’aciérie nordiste Ascoval

Les salariés rassemblés sur le site de l’aciérie Ascoval, à Saint-Saulve (Nord), le 2 mai. ROUANET/ PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP Laurie Moniez

La justice a confié l’avenir des 268 salariés de l’usine de Saint-Saulve au groupe britannique British Steel

REPORTAGE SAINT-SAULVE (NORD) - envoyée spéciale

Le tribunal de grande instance de Strasbourg a tranché, jeudi 2 mai : Ascoval, dans le Valenciennois, va continuer de vibrer au son de la fabrication de l’acier. Une annonce saluée par les applaudissements d’une petite centaine de salariés réunis en assemblée générale dans l’usine, en début d’après-midi. « C’est un grand soulagement pour nous, confie Nathalie Delabre, membre de l’intersyndicale et déléguée CFE-CGC Ascoval. Nous avons gagné la bataille. A nous de prouver qu’on peut gagner la guerre. »

Sous l’un des hangars d’Ascoval, pas de scène de joie. « Chat échaudé craint l’eau froide », lancent les ouvriers, fatigués par quatre années de rebondissements. « Après ce qu’on a vécu avec Ascométal puis Altifort, on ne croit plus personne », soupire Bruno Huet, conducteur d’un pont roulant. Ce responsable du déplacement de 100 tonnes d’acier liquide à chaque coulée ajoute : « L’horizon est un peu moins gris, mais on verra en 2020 si l’usine est bien repartie. »

  • chat échaudé craint l’eau froide: 一朝被蛇咬十年怕井绳

Le repreneur British Steel n’a pas le droit de décevoir. A partir du 15 mai, l’aciérie de Saint-Saulve (Nord) devient British Steel Saint-Saulve. Leader de la sidérurgie, le groupe britannique réalise un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros dans le monde et compte 5 000 salariés. « La motivation de tous ces gens depuis des années pour trouver une solution à leur avenir a été quelque chose d’important pour nous, reconnaît Gérard Glas, président de British Steel France Rail SAS. En France, on a déjà une usine à Hayange [Moselle]. Ici, Ascoval avait peu de débouchés commerciaux, donc on va apporter notre réseau commercial. » En s’appuyant sur les bureaux de vente internationaux du groupe, Ascoval pourrait atteindre sa capacité maximale de production d’ici à trois ans, soit 600 000 tonnes.

  • la sidérurgie: steel industry

En reprenant l’aciérie valenciennoise et ses 268 salariés, les frères Marc et Nathaniel Meyohas, créateurs du fonds londonien British Steel, vont bénéficier d’une filière complémentaire à celle de leurs hauts-fourneaux anglais pour développer une production à partir d’acier recyclé destiné aux « produits longs » (rails ferroviaires, fil machine).

« Double jeu de l’Etat »

Cette nouvelle filière stratégique et plus écologique « permettra d’alimenter et de faire accroître le volume des productions des usines et laminoirs », annonce British Steel. Et en plein Brexit, le groupe va pouvoir produire et vendre de l’acier en euros.

Peu après l’annonce de la reprise, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, s’est rendu à Saint-Saulve. « C’est la fin du feuilleton Ascoval, et c’est une jolie fin », a-t-il souligné. Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, n’a pour sa part pas caché que cette issue avait « un goût amer », au vu « des méthodes employées pour interpeller le président Macron ».

M. Bertrand a regretté « ledouble jeu de l’Etat » dans ce dossier et le silence autour des nombreuses autres entreprises qui ferment leurs portes, loin de toute médiatisation. « Il faut surtout saluer la victoire des salariés, qui n’ont rien cassé et sont toujours restés dignes », a-t-il précisé. Nacim Bardi, délégué CGT de l’aciérie, a de son côté poussé un « ouf » de soulagement. « Mais le plus dur reste à venir. Il faut remplir le carnet de commandes et être attentifs aux conditions de travail. »

En attendant les nouvelles commandes, les ouvriers sont au chômage technique. Tous sont épuisés. Bruno Kopzcynski, porte-parole de l’union syndicale chez Ascoval, yeux cernés, sait que la décision du tribunal ne suffira pas à regonfler le moral des troupes.

« Tromperie » de Vallourec

En 2015, Ascoval comptait encore 320 salariés ; ils ne sont plus que 268. Et de nouvelles démissions sont attendues dans les prochains jours. Des ouvriers ont été débauchés par des entreprises du secteur comme Toyota, LME ou GSK. « C’est la rançon de la gloire », sourit M. Kopzcynski, trente ans d’ancienneté au compteur.

Les aciéristes n’ont pas voulu céder à la violence lors de leurs actions, mais les quatre années qui viennent de s’écouler les ont usés. « Dans un tel contexte, vous ne vivez plus, avoue le syndicaliste. Même dans les réunions de famille, vous avez la tête ailleurs. » Dans l’usine, le nombre d’arrêts-maladie a explosé.

Depuis février, les « Asco » sont en chômage technique trois semaines sur quatre. Les salariés espèrent désormais que les commandes vont rapidement tomber, sachant qu’il va falloir plusieurs mois pour modifier l’outil industriel et produire de l’acier carré pour le ferroviaire, et non de l’acier rond. « Si on continue à bosser une semaine par mois jusqu’en octobre, je ne sais pas dans quel état seront les gars », confie Bruno Kopzcynski.

Surtout, une nouvelle bataille s’annonce : plus de 240 salariés ont créé une association pour engager une bataille juridique contre Vallourec, afin que l’ancienne maison mère paie pour l’abandon de l’usine, en 2014. « Il y a eu tromperie de la part de Vallourec. On a développé cette usine. On a passé plus d’heures ici qu’à la maison, rappelle le porte-parole de l’intersyndicale. Certaines années, on ne prenait pas de congés, et on s’est retrouvé face à un patron qui a tout fait pour nous tuer. »

Dans le viseur des Ascoval, Philippe Crouzet, le PDG de Vallourec. Demander réparation à leur ex-actionnaire, c’est aussi un symbole pour toutes les usines de France rentables, mais condamnées par des logiques financières.

Le 29 avril 2015, quand Vallourec a décidé de supprimer 900 emplois en France, l’usine de Saint-Saulve a connu une descente aux enfers. D’abord reprise par Ascometal, elle a subi le placement en redressement judiciaire de son nouvel actionnaire principal en novembre 2017. Dès lors, Ascoval a, elle aussi, été placée en redressement judiciaire.

Repris par les germano-suisses Schmolz + Bickenbach, les salariés ont vite déchanté en découvrant que S + B excluait Ascoval de son plan de reprise. Après une longue année d’attente, et de multiples soubresauts, le tribunal de Strasbourg a finalement annoncé, le 19 décembre 2018, la reprise du site par le groupe Altifort, avant un énième coup de massue : malgré les garanties financières annoncées par les experts, et notamment du ministère à Bercy, Altifort n’a pas pu réunir les fonds propres nécessaires à la reprise. Depuis le 27 février, les salariés, de retour à la case départ, attendaient de connaître leur sort. Désormais, dans le bruit et la chaleur des fours, ils peuvent recouler de l’acier.

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