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A Hongkong, l’étrange confession de Carrie Lam

Florence De Changy Et Frédéric Lemaître

La chef de l’exécutif avoue disposer d’une marge de manœuvre limitée

HONGKONG, PÉKIN - correspondants

L’aveu est inédit. « Pour un chef de l’exécutif, avoir plongé Hongkong dans cet immense chaos est impardonnable. Simplement impardonnable. » Cette condamnation sans appel, c’est la chef de l’exécutif de Hongkong elle-même, Carrie Lam, qui l’a prononcée en anglais il y a quelques jours devant des hommes d’affaires, avec une apparente candeur. Ces propos de Carrie Lam ont été enregistrés et confiés à l’agence Reuters, qui en a diffusé des extraits lundi 2 septembre en fin de journée.

  • aveu: 认罪,口供
  • condamnation sans appel: 终审判决

Ce témoignage éclaire d’un jour nouveau la crise sans précédent qui secoue cette région administrative spéciale depuis treize semaines. Car Carrie Lam ne se contente pas de battre sa coulpe. « Si je pouvais, la première chose que je ferais serait de partir, après avoir présenté mes plus profondes excuses », dit-elle, comme si elle se présentait comme prisonnière de Pékin. Mardi 3 septembre, devant l’émotion suscitée par cet enregistrement, Carrie Lam a reconnu son authenticité mais a affirmé n’avoir « jamais, même simplement envisagé de discuter de [sa] démission avec le gouvernement central ». Cette démission aurait été le « choix de la facilité », a-t-elle ajouté.

  • battre sa couLee: 认罪,认错
  • reconnaître son authenticité: 承认它的真实性
  • le choix de la facilité: an easy choice

« Je doute que ses propos lui gagnent beaucoup de sympathie », a réagi l’avocat Martin Lee, pilier du mouvement démocratique à Hongkong, qui reconnaît qu’elle est désormais « dans une situation des plus ambiguës, surtout vis-à-vis de Pékin ».

Alors que cette ville de 7,4 millions d’habitants est supposée disposer d’un haut degré d’autonomie vis-à-vis de Pékin, en vertu du principe « un pays, deux systèmes » qui la régit depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, Carrie Lam a expliqué aux hommes d’affaires que « lorsqu’une question atteint une dimension nationale, qu’elle touche à la souveraineté et à la sécurité, qu’elle est prise au milieu d’une sorte de tension inédite entre les deux grandes économies mondiales, la marge de manœuvre du chef de l’exécutif qui, malheureusement, doit, d’après la Constitution, servir deux maîtres, le gouvernement central et le peuple de Hongkong, est très très très limitée ». Elle reconnaît ainsi que la gestion de cette crise se fait donc bel et bien à Pékin.

  • bel et bien: 完全的

La Chine « n’a pas de deadline »

Reuters avait déjà révélé fin août que, durant l’été, le gouvernement de Hongkong avait soumis un rapport à Pékin suggérant de faire deux concessions aux manifestants : annuler purement et simplement le projet de loi sur les extraditions vers la Chine, qui a mis le feu aux poudres – il n’est que suspendu – et accepter le principe d’une commission d’enquête indépendante sur les violences policières. Selon Reuters, Pékin avait alors donné instruction à Carrie Lam de ne céder sur rien.

  • mettre le feu aux poudres: 引发(危机)

La presse chinoise a démenti l’existence de ce rapport. Au cours de son déjeuner avec les chefs d’entreprise, Carrie Lam a assuré que la Chine « n’a aucunement le projet d’envoyer l’armée ». « Ils font attention à l’image internationale du pays. La Chine a mis beaucoup de temps à devenir non seulement une grande économie, mais aussi une grande puissance économique responsable. Abandonner tous ces développements positifs n’est clairement pas à l’ordre du jour », explique-t-elle.

  • ne aucunement: 丝毫没有

La menace d’une telle intervention est pourtant régulièrement brandie, y compris par l’armée chinoise dans des vidéos de propagande. Carrie Lam affirme également que la Chine « n’a pas de deadline ». Elle n’exige donc pas que l’ordre soit revenu à Hongkong le 1er octobre, jour où sera fêté en grande pompe et dans tout le pays le 70e anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Parti communiste.

  • en grande pompe: 大张旗鼓地

« Il y aura des célébrations du 1er octobre à Hongkong, mais il y aura encore beaucoup de destructions, donc les célébrations seront modestes, mais solennelles », déclare-t-elle. Dans une tribune publiée par le New York Times le 2 septembre, Joshua Wong et Alex Chow, deux jeunes chefs de file de l’opposition, jugent que, le 1er octobre, la République populaire de Chine « veut mettre l’histoire de son côté en réécrivant la mémoire du peuple. Mais les Hongkongais ne la laisseront pas commémorer ce jour sans se battre ».

Sur les réseaux sociaux, les révélations de Carrie Lam ont créé un choc. Les plus radicaux n’en sont que ragaillardis dans leur intention d’en découdre avec « ce gouvernement fantoche qui reconnaît lui-même n’être qu’une marionnette », selon un jeune militant. Mais l’idée qu’il faut désormais prendre en compte cette nouvelle réalité et ajuster la stratégie se répand également. Selon ce militant, « la réflexion est en cours, surtout parmi les plus éduqués, chargés de la stratégie. Mais les plus jeunes pensent simplement que Carrie Lam a orchestré cette fuite et qu’elle ment une fois de plus ».

  • ragaillardi 兴奋的,充满活力的
  • gouvernement fantoche: 傀儡政府
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