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SAUVE-QUI-PEUT

« On songe à quitter la capitale de plus en plus tôt »

Laurent Chalard, 39 ans, est docteur en géographie (Paris-IV-Sorbonne), membre du groupe de réflexion European Centre for International Affairs.

Depuis quand « monte »-t-on à Paris ?

C’est un phénomène très ancien. On peut le dater du Moyen Age, c’est-à-dire dès que Paris émerge comme ville. Sa croissance démographique doit beaucoup à l’émigration intérieure, notamment au XIXe siècle. Paris est alors un véritable mouroir, sauvé par un flux de population très important. De 1850 à 1950, on peut même dire que la capitale vide le reste de la France de sa substance démographique de façon spectaculaire. On a parlé d’exode rural.

D’où venaient ces néo-Parisiens ?

Il y a des immigrations connues : celle des maçons creusois, des bistrotiers auvergnats, des Alsaciens chassés par les conflits franco-prussien, puis franco-allemand, des Bretons bien sûr, etc. Mais on oublie souvent que beaucoup de Parisiens étaient, avant tout, originaires des régions limitrophes du Bassin parisien (Bourgogne, Centre, Champagne, Normandie, Picardie), qui, pendant des siècles, ont fourni les principaux contingents de migrants à la capitale.

Ce phénomène d’« aspiration » de la population française est-il toujours aussi puissant ?

Non. A partir des années 1970 et jusqu’à aujourd’hui, le solde migratoire parisien est négatif, de plus en plus. Mais cette situation varie en fonction des tranches d’âge. Les 15-29 ans, c’est-à-dire les étudiants et les jeunes actifs, par exemple, sont encore très nombreux à rejoindre Paris, qui est la première ville universitaire de France, où les offres d’emploi sont plus importantes et les salaires plus élevés. Actuellement, la Bretagne et les Hauts-de-France fournissent parmi les plus gros des effectifs des 15-29 ans. Marseille également. Mais, pour les Bretons, cet exil est momentané. Il y a un attachement régional très fort chez eux. Ils viennent à Paris poursuivre des études supérieures, sachant que les académies de Nantes et de Rennes ont les meilleurs taux de réussite au baccalauréat, puis repartent. Beaucoup rallient Nantes et ses environs.

Quel est le comportement des autres tranches d’âge ?

Elles songent au départ de plus en plus tôt. Pendant les « trente glorieuses », où la question environnementale ne se posait guère dans un contexte de modernité triomphante, on envisageait de quitter Paris au moment de la retraite, pour retourner dans sa région d’origine ou pour s’installer au soleil. Depuis la fin des années 1970, la perception de la qualité de vie est primordiale. Alors, devant l’explosion des prix de l’immobilier, qui réserve la propriété aux privilégiés, face à la dégradation grandissante des conditions de transport, à la pollution, à l’insécurité, au stress, on s’en va. Il y a un rejet massif de la ville.

A l’été 2018, une enquête menée pour le site Cadremploi a révélé que 84 % des cadres franciliens envisagent de quitter la région pour s’installer ailleurs en France. Ce sont les 35-40 ans qui sautent le pas. L’arrivée d’un enfant est souvent un moment décisif : il faut changer de logement, on est plus sensible à la pollution, très attentif à la carte scolaire, etc. Il y a une combinaison de facteurs défavorables. Il est très peu probable que l’on parvienne à inverser cette tendance. C’est particulièrement sensible en Seine-Saint-Denis, que la classe moyenne a quittée massivement depuis les années 1980.

Quelles sont les conséquences de ce mouvement ?

En termes démographiques, Paris ne renouvelle plus sa population que par son fort excédent naturel alimenté par l’apport d’étudiants, de jeunes actifs et d’étrangers attirés par les emplois de services délaissés mais indispensables. En termes électoraux, la balance parisienne penche désormais de plus en plus à gauche. La population qui demeure est prête à la mondialisation. Elle ne la redoute pas puisqu’elle en est une actrice. Ceux qui partent se classent plus à droite que la moyenne régionale, voire à l’extrême droite. Il faut noter que leur déménagement fait également évoluer la sociologie électorale des régions d’accueil.

Où s’installent-ils prioritairement ?

Avant de quitter Paris, ils font souvent étape en banlieue, voire en grande banlieue. Parfois, ils se dirigent vers les départements limitrophes de l’Ile-de-France : l’Eure, l’Eure-et-Loir, l’Oise. Mais, le plus souvent, ils gagnent la façade atlantique, et, plus rarement qu’auparavant, le rivage méditerranéen. Nantes, Bordeaux, Rennes, Angers, La Rochelle, Toulouse, Montpellier. Sans oublier Lyon. Marseille, rattrapée par son réel, attire de moins en moins.

Vous êtes vous-même Parisien. Envisagez-vous de partir ?

Je suis né à Paris, c’est exact. Mais j’ai étudié et vécu à Aix-en-Provence puis à Valenciennes avant de revenir m’installer en région parisienne. J’ai 39 ans. Je songe très sérieusement à partir. Sans doute pour l’Ouest.

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