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CRISE SOCIALE

L’exécutif face au casse-tête du « grand débat »

Le premier ministre, Edouard Philippe (à droite), et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’Elysée, mercredi 9 janvier. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »

Patrick Roger

Malgré le retrait de Chantal Jouanno et la complexité de l’organisation de cette vaste consultation, le premier ministre a affirmé qu’elle démarrerait bien le 15 janvier. Mais les doutes persistent

Mardi 15 janvier, le grand débat national annoncé mi-décembre par Emmanuel Macron pour tenter de sortir par le haut de la crise des « gilets jaunes » doit entrer dans sa phase active. C’est ce qu’a assuré le premier ministre, Edouard Philippe, à l’issue du séminaire gouvernemental qui s’est tenu mercredi 9 janvier à l’Elysée. « Nous serons prêts », a-t-il affirmé. A moins d’une semaine du coup d’envoi de cette vaste consultation imaginée par le chef de l’Etat, l’exécutif se retrouve confronté à un casse-tête logistique et politique.

Et malgré l’engagement du premier ministre, les problèmes et les questions se multiplient. Avec par exemple un « détail » urgent à régler : qui se portera garant, à l’échelle nationale, de la sincérité et de la transparence des débats et, surtout, de leur restitution après la décision de se retirer de leur organisation annoncée mardi par la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), Chantal Jouanno ? Mercredi, M. Philippe a eu des mots très durs contre ce renoncement, qui, en intervenant « tard dans le processus », ajoute « une complexité supplémentaire ». « Je la regrette aussi parce que, dans le contexte que nous vivons, ceux qui servent et qui aiment l’Etat se sont astreints à une forme de mobilisation plutôt qu’à de l’éloignement », a commenté le premier ministre.

Jeudi matin, Benjamin Griveaux s’est prononcé pour que Mme Jouanno, pourtant à la tête d’une autorité administrative indépendante, démissionne de sa fonction au sein de la CNDP. « C’est à elle d’en tirer les enseignements ou à la commission de le faire », a déclaré le porte-parole du gouvernement sur RTL. Reste que, pour l’heure, la question de son remplacement n’est pas encore résolue et les consultations se poursuivent.

« moment tocquevillien »

Preuve de la complexité du grand débat, M. Philippe, qui devait donner les détails de l’organisation à l’issue du séminaire, a repoussé cette annonce à lundi 14 janvier. Malgré les difficultés de mise en œuvre et les doutes qui pouvaient exister sur l’utilité et la sincérité de cette consultation, ce séminaire gouvernemental a permis, selon plusieurs participants, d’affiner le diagnostic sur le mouvement des « gilets jaunes » et ce qu’il dit de l’état et des attentes du pays, mais aussi renouer des liens qui se sont disloqués avec une large partie de la population. « Ce débat doit être le point de départ de l’acte II du quinquennat », a signifié M. Macron aux membres du gouvernement.

« C’est le moment tocquevillien », résume le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, en déplacement dans les Hautes-Alpes et dans la Drôme avec son collègue chargé des relations avec les collectivités territoriales, Sébastien Lecornu : ce moment dangereux pour le gouvernement où il doit se remettre en question et se montrer à la hauteur des attentes qu’il a fait naître. Les deux ministres doivent, pendant ces deux jours, échanger avec des élus locaux mais aussi avec des responsables associatifs. Ces premières remontées devraient contribuer à inspirer la lettre que le président de la République va adresser à la population d’ici au 15 janvier, jour où il doit effectuer un déplacement dans l’Eure pour une rencontre avec les élus locaux.

Depuis la deuxième quinzaine de décembre, en effet, de nombreux maires – entre 3 000 et 5 000 selon les estimations de l’Association des maires ruraux de France, à l’origine de cette initiative, relayée par d’autres associations – ont ouvert, dans leurs mairies, des cahiers de doléances ou de propositions, dans lesquels les citoyens sont invités à s’exprimer. Un mouvement qui, dans les prochains jours, pourrait encore s’amplifier. Des premières tendances fortes commencent à se dégager de ces milliers de paroles individuelles. Comme l’a constaté Le Monde en analysant plusieurs centaines de contributions, ces écrits brassent enjeux généraux ou demandes très localisées et prennent parfois la forme d’un véritable catalogue de mesures extrêmement détaillées.

Bien sûr, ce foisonnement de revendications, dans lequel s’expriment un profond besoin de justice fiscale et sociale, de davantage de démocratie et de transparence, ainsi que la crainte du déclassement, peut apparaître désordonné et brouillon. Il peut faire craindre que le débat parte dans tous les sens, voire qu’il aborde des sujets périlleux. Mais cette première phase d’expression est nécessaire, selon l’exécutif. « C’est la partie spontanée du débat. Elle doit se faire avec beaucoup de souplesse, avec ceux qui sont d’accord pour s’engager, et dont je suis persuadé qu’ils vont être de plus en plus nombreux », note M. Lecornu.

« Dimension pédagogique »

L’enjeu n’est pas négligeable concernant la deuxième partie, celle où il s’agit de structurer l’écoute, d’organiser les échanges et de permettre leur restitution. La réussite de cette phase-là repose pour une large part sur l’implication des maires et des responsables associatifs, seules « institutions » auxquelles une majorité de citoyens continuent à accorder leur crédit. Lors du grand débat national, le gouvernement souhaite que ces maires et ces responsables associatifs soient, aux yeux des citoyens qui y prendront part, des « tiers de confiance ».

Ainsi, lundi, le premier ministre devrait s’adresser à l’ensemble des associations d’élus et des représentants du mouvement associatif pour préciser le cadre de ce grand débat citoyen. A cette occasion devrait être présenté le kit qui sera mis à disposition dans chaque débat déclaré auprès de la plate-forme numérique dédiée. Celui-ci contient d’abord les fiches méthodologiques qui ont été préparées par la CNDP, permettant de conseiller les récipiendaires dans l’organisation des débats, sans être pour autant prescriptives. Le deuxième volet de ce kit, préparé en lien avec le Commissariat général à l’égalité des territoires, est « territorialisé ». Il comprend des cartes et des données socio-économiques et démographiques à l’échelle des régions mais aussi à l’échelle des 1 264 intercommunalités.

Enfin, le troisième pan est composé de « fiches techniques » destinées à apporter des éléments d’information sur des thèmes dont Matignon estime probable qu’ils seront abordés au cours de ces débats. Plusieurs dizaines de ces fiches ont été préparées. « Il ne s’agit pas de faire la promotion de ce qui a été réalisé par le gouvernement sur chacun de ces thèmesmais de fournir des données susceptibles d’éclairer le débat ou simplement de répondre aux questions posées, assure un des contributeurs à l’élaboration de ces fiches. Il y a aussi une dimension pédagogique dans un débat de cette nature, confirme un membre du gouvernement. Il doit aussi permettre de soulever certaines contradictions, notamment sur la question fiscale. »

Avec l’organisation de ce débat, ce n’est pas seulement une sortie de crise que tente l’exécutif. C’est aussi redonner un sens à son action et apporter des réponses concrètes et visibles aux attentes qui se sont exprimées, au-delà des « gilets jaunes », dont le gouvernement ne minore pas l’importance mais qu’il souhaite aussi mettre en regard de l’ensemble de la population française. « Manœuvre de diversion », « arnaque », « entourloupe », « enfumage », n’ont pas manqué de fustiger ceux qui, dans l’opposition, tentent de récupérer le mouvement des « gilets jaunes ».

20190111-p6-debat.txt · 最后更改: 2019/01/16 05:33 由 82.251.53.114