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A la Trump Tower, le loup dans la bergerie

  • 狼入羊圈

Devant la Trump Tower, à New York, le 4 juillet 2017, jour de la fête nationale américaine. MARK PETERSON/REDUX-REA

Nicolas Bourcier Et Gilles Paris RUSSIAGATE 3|3

« Le Monde » consacre une série d’articles à l’affaire américano-russe qui menace le président américain. Dernier épisode : dans le gratte-ciel du milliardaire, les rendez-vous troublants du clan Trump avec des personnages sulfureux

WASHINGTON - envoyés spéciaux

L’invitation est venue par un simple courriel. Il est 10 h 36, ce matin du 3 juin 2016, et Donald Trump Jr, le fils du candidat républicain assuré depuis quelques jours d’obtenir l’investiture de son parti, reçoit un message de l’ami Rob Goldstone, un promoteur musical et publicitaire britannique aussi bavard que jovial, croisé maintes fois ces dernières années à Moscou, Las Vegas et New York :

« Bonjour,

Emin vient de m’appeler pour me demander de te contacter au sujet d’une affaire intéressante. Le procureur de Russie a vu son père, Aras, ce matin, et lors de leur entretien il a proposé de fournir à l’équipe de campagne de Trump des documents officiels et des informations qui permettraient d’incriminer Hillary et ses rapports avec la Russie, ce qui pourrait se révéler très utile à ton père.

Il s’agit bien évidemment d’informations hautement confidentielles mais qui entrent dans la stratégie de soutien de la Russie et son gouvernement envers M. Trump, avec l’aide d’Aras et d’Emin.

Quel serait d’après toi le meilleur moyen de traiter ces informations, et pourrais-tu en parler directement avec Emin ?

Je peux également faire parvenir cette info à ton père par Rhona, mais c’est tellement confidentiel que j’ai préféré t’en parler avant.

Bien à toi »

Rhona Graff est l’assistante de Donald Trump, et Emin le fils d’Aras Agalarov, un oligarque proche de Vladimir Poutine avec lequel le milliardaire new-yorkais a tenté de monter un projet immobilier dans la capitale russe et organisé, avec succès, l’édition 2013 du concours de Miss Univers. Un show dans lequel Rob Goldstone a été très impliqué.

L’avocate qui ne parlait pas anglais

A la lecture, le message est sans équivoque : le gouvernement de Vladimir Poutine offre au candidat républicain des données compromettantes sur son adversaire démocrate, Hillary Clinton. Une manœuvre grâce à laquelle des « documents officiels » arrivent par des voies détournées. Comme dans l’espionnage classique, l’approche est confiée à des intermédiaires, une chaîne qui part du Kremlin et passe par le procureur de Russie – le très loyaliste Iouri Tchaïka – mais aussi par les Agalarov père et fils, Goldstone et Trump Jr., pour aboutir enfin au candidat lui-même.

  • sans équivoque: unequivocal
  • des données compromettantes: compromising data

Pareille galerie de personnages, mêlant intermédiaires peu scrupuleux, célébrités clinquantes et milliardaires, est une constante des affaires qui menacent le président des Etats-Unis deux ans après son arrivée à la Maison Blanche. Avec, parfois, les mêmes acteurs impliqués dans différents dossiers. Car le procureur spécial Robert Mueller, chargé depuis dix-neuf mois des investigations sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine, n’est pas le seul à se pencher sur les zones d’ombre de Donald Trump. Des procureurs de Manhattan et des enquêteurs du Maryland et du District de Columbia s’activent tout autant, concentrés sur d’autres arrière-cours, alors que la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants entend exercer pleinement un contrôle de l’exécutif, déjà dénoncé par l’intéressé comme du « harcèlement présidentiel ».

  • intermédiaires peu scrupuleux
  • célébrités clinquantes: flashy celebrities.

Pour en revenir au 3 juin 2016, le fils aîné de Donald Trump, alors l’un des pivots de la campagne de son père, aurait pu en rester là, transférer le courrier aux autorités ou refuser simplement de poursuivre la conversation avec le promoteur britannique. Au contraire, avide d’en savoir davantage, il renvoie un message dix-sept minutes plus tard : « Si c’est bien ce que tu me dis, ça me plaît ! » Dans sa réponse, il laisse entendre que le camp Trump pourrait utiliser ces informations au cours de l’été et qu’il est prêt à en discuter dès son retour à New York, la semaine suivante.

  • le fils aîné 大儿子
  • pivot 轴心

Trois jours plus tard, Goldstone écrit à nouveau au fils Trump au sujet des « infos sur Hillary ». Ce dernier répond vouloir s’entretenir avec Emin Agalarov, le fils de l’oligarque. Le contact téléphonique est vite établi. Dans la foulée, Trump Jr envoie un message à Goldstone : « Rob, merci pour ton aide. » Le plan prend forme, il reste à en discuter de vive voix.

Une réunion est donc organisée le 9 juin, à 16 heures, dans les bureaux de Trump Jr, au 25e étage de la tour paternelle. Le fils du candidat est accompagné de son beau-frère, Jared Kushner, et du lobbyiste Paul Manafort, directeur de campagne de Donald Trump. Côté russe, Rob Goldstone se présente au rendez-vous accompagné d’une avocate moscovite, Natalia Veselnitskaïa, réputée proche de grands groupes publics de son pays et du Kremlin. Dans le passé, elle s’est révélée très pugnace dans sa campagne contre la « loi Magnitsky » (du nom d’un avocat russe mort en prison en 2009 après avoir dénoncé une fraude massive), qui interdit de séjour aux Etats-Unis des responsables russes accusés de violations des droits de l’homme.

L’avocate, qui ne parle pas anglais, est accompagnée de son traducteur, Anatoli Samotchornov, mais aussi d’Ike Kaveladze, partenaire commercial de la famille Agalarov, et d’un étrange personnage, Rinat Akhmetshin, un lobbyiste russo-américain suspecté d’entretenir des liens avec le renseignement russe. Ce dernier se serait greffé sur la rencontre à l’improviste, après avoir déjeuné avec l’avocate.

  • se greffer sur la rencontre a l’improviste

Huit personnes se retrouvent donc ce jour-là dans les bureaux de Trump Jr. Ensuite, les versions divergent. Lorsque le New York Times révèle, un an plus tard, l’existence de cette rencontre avec « une avocate russe ayant des connexions au Kremlin », le fils Trump explique d’abord, dans un communiqué évasif, que le sujet du jour n’avait pas de lien avec la campagne. A l’entendre, il s’agissait d’une « brève réunion de présentation » consacrée au programme d’adoption d’enfants russes, suspendu après le Magnitsky Act. Dès le lendemain, Trump Jr admet toutefois avoir assisté à cette entrevue pour obtenir des informations sur Hillary Clinton. Plus tard, il dira encore qu’elle n’avait rien donné – « Vingt minutes de perdues ». M. Manafort réfutera, lui, tout contact avec la Russie durant la campagne.

« Gros enjeu »

Côté russe, les explications sont tout aussi embarrassées. Le lobbyiste Rinat Akhmetshin a raconté, comme l’a révélé le Washington Post, que l’avocate avait remis ce jour-là un dossier à Trump Jr. et à Jared Kushner. « Des trucs “corporate”, des trucs d’avocats », selon ses propres termes. Les documents concernaient une entreprise en lien avec un fonds russe qui aurait versé de l’argent à la campagne démocrate. D’après ce même Rinat Akhmetshin, Natalia Veselnitskaïa a affirmé que cela pourrait représenter « un gros enjeu dans la campagne ». L’avocate, elle, a nié être liée à Moscou. Elle vient pourtant d’être inculpée, mardi 8 janvier, pour entrave à l’action de la justice. L’acte d’accusation met en évidence ses liens avec l’exécutif russe.

  • entrave a l’action de la justice: obstruction of justice.

Jared Kushner a assuré, de son côté, n’avoir aucun souvenir d’un échange de documents. Selon sa déposition au Congrès, la réunion n’aurait été, pour lui aussi, qu’une « perte de temps ». Même son de cloche chez Trump Jr., qui certifie ne pas avoir reçu de dossier. Quant à Donald Trump, il dit n’avoir tout simplement pas eu connaissance de la réunion. D’après son agenda, le candidat était présent cet après-midi-là dans la tour. C’est lui qui aurait dicté, un mois plus tard, le premier communiqué mensonger de son fils.

Même si la réunion a pu être un fiasco, comme le laissent entendre les proches de Donald Trump, elle établit un lien entre sa campagne et Moscou. Elle indique aussi à ses conseillers que le Kremlin souhaite sa victoire et qu’il est prêt à augmenter secrètement ses chances de succès. Autrement dit, les Russes ont offert leur aide et l’équipe de campagne a montré sa disposition à l’accepter. Il s’agit là de la définition même d’une « collusion » potentielle, un terme juridique lourd de sens qui se retrouve ainsi au cœur de toutes les attentions. Les services américains du renseignement s’emparent du sujet, qui viendra par la suite nourrir la vertigineuse enquête du procureur Mueller.

Piratage informatique

A l’époque, en 2016, le FBI est déjà sur les dents. Dès septembre 2015, les agents fédéraux ont observé des activités suspectes de groupes d’espions informatiques russes ayant réussi à pénétrer les serveurs du Parti démocrate. Plusieurs enquêteurs ont essayé de mettre en garde certains responsables de cette formation politique, mais l’information est mal passée. Les agents du FBI refusent de dévoiler leurs sources et l’origine du piratage. Les démocrates craignent un piège, les « fédéraux » étant réputés peu favorables à leur candidate, Hillary Clinton. Dès le début de l’année 2016, l’agence de surveillance électronique britannique GCHQ informe son homologue américaine, la NSA, qu’elle a repéré des activités de piratage russe contre le réseau informatique des démocrates. Le FBI relance la direction du parti et précise la nature de l’attaque.

  • être sur les dents

En juin, deux semaines après la fameuse réunion dans la Trump Tower, un ancien agent du MI6 britannique, Michael Steele, décide d’envoyer au FBI des mémos sur ce qu’il a découvert à la faveur d’une enquête privée en Russie, commanditée par des opposants politiques de M. Trump, d’abord républicains durant les primaires, puis démocrates. Dans un premier envoi, il affirme que les Russes « cultivent » Trump depuis au moins cinq ans. Il passera à huit ans dans une deuxième note, où il va jusqu’à parler de « vaste conspiration », approuvée par « les plus hautes sphères » du gouvernement russe, pour porter M. Trump au pouvoir.

  • commanditée

Le moment est également choisi par le candidat républicain pour s’adjoindre les conseils d’une société spécialisée dans l’influence politique, Cambridge Analytica. Une entreprise fermée depuis, qui aurait contacté, sans succès, le site WikiLeaks de Julian Assange peu de temps après, afin de préparer une base de données au bénéfice de la campagne de M. Trump.

En juillet, un diplomate australien, Alexander Downer, décide d’alerter le FBI au sujet d’une conversation qu’il a eue à Londres avec un membre de la campagne de Trump : George Papadopoulos s’est vanté, après une soirée bien arrosée en mai, de tenir des Russes la promesse d’informations confidentielles sur Hillary Clinton. En examinant l’état-major du candidat républicain, les agents fédéraux se rendent compte qu’ils surveillent depuis plusieurs années un autre conseiller, Carter Page, soupçonné d’être en contact avec les services russes. A quelques semaines à peine du scrutin présidentiel, le site de Julian Assange publie des informations internes démocrates obtenues très probablement par des pirates informatiques liés à la Russie, même si WikiLeaks l’a démenti.

  • 普通列表项目

La stratégie russe ne se limite pas à ces « fuites » soigneusement orchestrées. Après la victoire de Donald Trump, l’enquête de la commission du renseignement du Sénat, parallèlement aux avancées de Robert Mueller, mettra en évidence, le 17 décembre 2018, un plan très élaboré destiné à peser sur les débats politiques, principalement par le truchement de réseaux sociaux instrumentalisés à distance par des agents se présentant faussement comme des citoyens américains. Avec un objectif clair : affaiblir Hillary Clinton et favoriser Donald Trump. A chacune de ses rencontres avec lui, Vladimir Poutine a démenti avec force toute implication de son pays.

  • se limiter a
  • ces fuites soigneusement orchestrées: 精心策划的泄密
  • par le truchement de…by the way of

Inutile pourtant de chercher très loin une justification pour une telle aide. Entre l’élection de M. Trump et sa prise de fonctions, plusieurs conversations ont été interceptées entre son entourage et l’ambassadeur russe à Washington, Sergueï Kisliak. Il y est question d’établir une ligne de communication sécurisée avec le Kremlin et de la possibilité de lever les sanctions frappant la Russie depuis l’annexion de la Crimée. Pour avoir menti à ce sujet au FBI, le premier conseiller à la sécurité nationale du président, Michael Flynn, est contraint de démissionner au bout de trois semaines. Dans la foulée, le président invite lourdement le directeur de la police fédérale, James Comey, à la mansuétude. Faute d’obtenir sa « loyauté », il le limoge le 9 mai 2017, alimentant ainsi des soupçons d’obstruction à la justice. C’est cette décision qui a précipité la nomination de Robert Mueller comme procureur spécial. Depuis, celui-ci a déclenché 192 poursuites pénales, inculpé 34 personnes, dont 27 ressortissants russes.

  • mansuétude: indulgence
  • obstruction a la justice

Dernier rebondissement : la divulgation – par inadvertance – par les avocats de M. Manafort du dossier déposé cette semaine au tribunal de Washington. Le document indique qu’ils reconnaissent que, pendant la campagne de 2016, leur client et son associé de longue date, Konstantin Kilimnik, connu pour avoir travaillé plusieurs années comme interprète pour le renseignement militaire russe, auraient discuté d’un « plan de paix pour l’Ukraine », après l’annexion de la Crimée par la Russie. Il ajoute surtout que Paul Manafort aurait communiqué des données de sondages politiques à son associé, qui auraient potentiellement pu aiguiller des efforts russes pour peser sur le scrutin présidentiel.

  • rebondissement(VPF.p.116,270)
  • par inadvertance (VPF.p.104)
  • aiguiller des efforts

Deux ans après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, Vladimir Poutine n’a toujours pas été convié à la Maison Blanche, ni dans son annexe de Floride, Mar-a-Lago. Les sanctions américaines sont toujours en place et de nouvelles s’y sont ajoutées. Lors de leurs rencontres en Allemagne, au Vietnam ou en Finlande, Donald Trump a pourtant accepté sans barguigner les dénégations de son interlocuteur. Qui ne peut que se satisfaire des diatribes du président des Etats-Unis contre l’OTAN et l’Europe, du retrait américain annoncé de Syrie ou du désordre à Washington.

  • être convié = be invited
  • sans barguigner: sans hésiter
  • dénégation
  • le désordre: the mess. (VPF.p.210)

FIN

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