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Les services israéliens face à la violence des colons en Cisjordanie

Piotr Smolar

Le nombre d’attaques contre des Palestiniens a fortement augmenté en 2018

JÉRUSALEM - correspondant

Aïcha Rabi occupait le siège passager à l’avant du véhicule familial, en ce 12 octobre 2018, lorsqu’une pierre l’atteignit à la tête. Elle venait de rendre visite à l’une de ses filles vivant à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. Son mari, Yacoub, conduisait. Le couple palestinien rentrait à Bédya, leur lieu de résidence, et roulait à proximité de la colonie de Rehelim, lorsque les projectiles touchèrent leur voiture. Aïcha Rabi avait 45 ans et neuf enfants. La plus jeune, assise à l’arrière du véhicule, l’a vue mourir.

Il a fallu deux mois et demi pour que le Shin Bet (service de sécurité intérieure) interpelle cinq suspects. Quatre ont été assignés à résidence le 10 janvier, le dernier restant en garde à vue. Il s’agit d’adolescents juifs, mineurs, étudiant à la yeshiva Pri Haaretz, un internat religieux de Rehelim. En raison de l’instauration par les autorités d’un « gag order » (interdiction de publication), il est impossible de donner davantage d’éléments biographiques.

Le Times of Israel a décrit l’internat comme un « bastion radical » dans une colonie plutôt classique, établie de façon illégale en 1991. Il accueille notamment des membres de la « jeunesse des collines », de jeunes extrémistes messianiques et souvent violents qui posent un casse-tête à l’Etat hébreu. La police a convoqué les 80 membres de la yeshiva, a-t-on appris le 9 janvier.

Ces arrestations ont relancé le débat sur le « terrorisme juif », selon la propre formule employée par le premier ministre Benyamin Nétanyahou et d’autres responsables israéliens, en juillet 2015. Trois membres d’une famille palestinienne, dont un bébé de 18 mois, étaient alors morts dans l’incendie criminel de leur maison, dans le village de Douma.

L’arrestation et l’interrogatoire des suspects avaient entraîné une vive polémique au sein de la droite israélienne : le Shin Bet doit-il utiliser contre des suspects juifs les mêmes méthodes coercitives qu’il a l’habitude d’employer contre les Palestiniens ? Des méthodes dignes « du KGB » selon une députée du Likoud, Nava Boker.

Le service de sécurité, pour sa part, a livré une précision importante. Dès le lendemain de l’attaque près de Rehelim, le 13 octobre, un groupe de résidents de la colonie d’Yitzhar, censés observer le repos du shabbat, a violé l’interdit et pris la voiture pour rejoindre les suspects de la yeshiva. Le fondateur de l’internat lui-même est originaire d’Yitzhar. But de la mission d’urgence : préparer au mieux les jeunes à l’épreuve de l’interrogatoire de police.

Silence politique

Ce geste de solidarité local a connu un écho encore plus large chez les colons religieux. Un groupe de rabbins a justifié théologiquement cette violation du shabbat. Le déplacement de Yitzhar peut être « considéré comme une façon de sauver des vies », a prétendu le rabbin Dov Lior. Qualifie-t-il ainsi le Shin Bet de danger pour les Israéliens eux-mêmes ? Malgré l’énormité de ce propos, la classe politique dans son ensemble est restée plutôt silencieuse, dans une sorte d’hommage au poids des colons, à l’approche des législatives du 9 avril. L’éclatement des listes à droite et les affaires judiciaires qui visent le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, rendent cet électorat particulièrement courtisé.

Il a donc fallu que les enquêteurs se défendent eux-mêmes. D’autant que les avocats des suspects ont dénoncé les conditions dans lesquelles les interrogatoires ont été conduits. « Il n’y a pas de place pour les attaques contre le Shin Bet », a fini par déclarer M. Nétanyahou le 8 janvier, rendant hommage au « professionnalisme » et au « dévouement » du service. Avant cela, le Shin Bet avait dû publier un communiqué pour dénoncer un « effort continu et délibéré de dénigrement de l’organisation et de ses employés ». Le Shin Bet a confirmé sa détermination à poursuivre ses « efforts contre-terroristes, qu’il s’agisse du terrorisme juif ou palestinien ».

Drapeau israélien brûlé

Les enquêteurs ont également publié des éléments matériels retrouvés chez les suspects, qui indiquent un profond extrémisme religieux et politique. On y voit un drapeau israélien brûlé, portant l’inscription « mort aux sionistes », ainsi qu’une croix gammée.

Plusieurs centaines de colons s’étaient réunis, le 5 janvier, devant la résidence du premier ministre, pour protester contre l’incarcération des adolescents. « Soyez forte », avait demandé la ministre de la justice, Ayelet Shaked, à la mère de l’un d’entre eux, lors d’une conversation téléphonique, révélée par la télévision. La ministre, en empathie avec la famille d’une personne suspectée de meurtre, n’en est pas restée là. Elle a rencontré, le 7 janvier, les proches de tous les suspects.

En 2018, les actes de dégradations et de violences commis par des colons contre des Palestiniens ont très fortement augmenté. Leur nombre, mais également leur nature, de plus en plus audacieuse, inquiète l’armée, qui est elle aussi prise pour cible lorsqu’elle essaie de s’interposer ou d’arrêter quelqu’un en flagrant délit.

Et encore ne s’agit-il là que des actes recensés. De nombreux Palestiniens, ne croyant guère à la possibilité d’une justice, ne dénoncent pas les abus dont ils sont victimes, comme l’arrachage d’oliviers. Selon le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l’année 2018 a été marquée par une hausse de 67 % de ces violences de colons par rapport à 2017, avec 265 incidents, dans lesquels 115 Palestiniens ont été blessés, 7 900 arbres détruits et 540 voitures vandalisées. En comparaison, l’OCHA a recensé 181 incidents attribués à des Palestiniens contre des colons, soit une baisse de 28 % par rapport à 2017.

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