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ZOOLOGIE

L’intelligence, atout sexuel chez les perruches

Nathaniel Herzberg

Les hommes préfèrent les blondes, jurait Howard Hawks. Et les femmes ?, auraient bien pu répliquer, en chantant, Marilyn Monroe et Jane Russell. Cette question, des générations de scientifiques se la sont posée. En observant la nature, les zoologistes ont aligné les réponses : les plus beaux, les plus forts, les plus entreprenants, les meilleurs chanteurs… Une équipe sino-néerlandaise vient d’ajouter un critère de choix : les plus intelligents. Dans un article publié dans la revue Science, ces biologistes établissent, pour la première fois, un lien direct entre la capacité cognitive d’un mâle – en l’occurrence un perroquet – et la préférence affichée par la femelle.

L’intelligence, on le sait, confère un avantage évolutif. Différents travaux ont ainsi constaté, chez plusieurs espèces, un lien entre la taille du cerveau et la longévité. De même, des études conduites chez des moineaux et des mésanges ont montré que les individus les plus compétents dans la résolution de problèmes cognitifs étaient à la fois les plus féconds et ceux qui prenaient le meilleur soin de leur nichée. Sélection naturelle, donc.

Il y a près de 150 ans, Charles Darwin était allé plus loin. Dans La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe (1871), le naturaliste croyait pouvoir déceler « un renforcement (…) de nos facultés mentales par la sélection sexuelle ». Autrement dit, les femmes accordaient leurs faveurs aux plus malins et dopaient ainsi le cerveau de leur progéniture. Ne restait qu’à le démontrer.

C’est précisément ce qu’ont entrepris de réaliser les biologistes de Pékin et de Leyde en observant des perruches ondulées. « Ces oiseaux sont bien connus, on a étudié leur comportement sauvage mais également leur capacité d’apprentissage social ou encore la sélection sexuelle liée au plumage, rappelle Yue-Hua Sun, professeur de zoologie et directeur du groupe de recherche sur l’écologie aviaire à l’Académie des sciences de Chine. En outre, ils sont faciles à élever en laboratoire. »

Les chercheurs ont mis chacune des 17 femelles étudiées en présence de deux mâles et les ont laissées exprimer leur préférence. Ledit choix s’exprime par le temps que la dame passe ensuite avec ses deux prétendants, et il ne souffre aucune ambiguïté. Les scientifiques ont alors entrepris d’apprendre aux mâles délaissés une tâche cognitive, en l’occurrence ouvrir une boîte dans laquelle se trouvait de la nourriture. Puis ils ont à nouveau confronté les femelles au même choix, en leur montrant cette fois les deux mâles à l’œuvre devant la boîte, le préféré d’hier butant désormais là où son concurrent réussissait. Résultat : les perruches ont inversé leur décision et opté en grande majorité pour celui qui apparaissait le plus malin.

D’eux-mêmes, les scientifiques ont avancé des objections. Peut-être les femelles ne faisaient-elles que récompenser le plus apte à fournir de la nourriture ? Le choix du ventre, en somme. Ils ont donc réalisé la même opération, cette fois en fournissant du grain aux seuls mal-aimés. Les femelles sont restées insensibles à la manœuvre, conservant le favori initial. Et si la sélection n’était pas sexuelle mais sociale ? La manipulation initiale a ensuite été réalisée avec des trios exclusivement féminins. Les perruches sont restées fidèles en amitié et n’ont pas déplacé leur choix vers la copine la plus futée.

Dans une « Perspective » jointe à l’article de Science, deux biologistes de l’université de Californie, à Irvine, saluent ce travail mais s’interrogent : les perruches font-elles vraiment le choix de l’intelligence ? Peut-être croient-elles récompenser le plus fort, ou le plus obstiné ? « Nous ne savons pas ce que pensent les oiseaux, admet le professeur Sun. Mais volontairement ou non, il apparaît bien que la sélection sexuelle peut conduire à améliorer les capacités cognitives. » Bien vu, Charles !

20190116-p44-intelligence.txt · 最后更改: 2019/01/15 12:23 由 82.251.53.114