用户工具

站点工具


20190117-副刊p6

A l’université, une éducation sentimentale

  • Éducation Sentimentale (情感教育)是著名法国作家,莫泊桑的老师,福楼拜的名著。 这个题目用了这个梗

Marine Miller (Bordeaux, Envoyée Spéciale)

Le temps des études supérieures est aussi celui de l’indépendance et de la découverte. A Bordeaux, une poignée d’étudiants ont accepté de raconter leurs expériences amoureuses au « Monde »

  • une poignée de 一小撮

J’ai rencontré une fille il y a un mois, à l’association ciné. On a commencé à se voir un peu. Et puis, je lui ai demandé si je pouvais l’embrasser, parce que je n’étais pas sûr qu’elle voudrait bien. » Pour l’instant, Valentin (tous les prénoms ont été modifiés), 19 ans, étudiant à l’Institut d’études politiques (IEP) de Bordeaux, ne veut pas qualifier trop vite cette relation naissante. Il préfère rester dans cette zone grise où l’on se voit en taisant ses sentiments. « Je suis amoureux, mais je ne le dis pas, j’ai l’impression qu’il y a des choses à ne pas faire, à ne pas dire », confie-t-il avec pudeur. Pour cet étudiant venu de l’est de la France, qui a sciemment choisi l’IEP de Bordeaux car il est « le plus éloigné de chez [s]es parents », la décohabitation juste après le bac a insufflé un vent de liberté.

  • zone grise 灰色地带
  • en taisant ses sentiments
  • avec pudeur
  • sciemment: consciously
  • insuffler un vent de liberté

Comme lui, une poignée de jeunes de l’université de Bordeaux ont accepté de raconter leurs expériences amoureuses au Monde. C’est dans l’espace confiné d’une salle de l’espace santé du campus que ces étudiants en sciences politiques, en droit, en sciences, en communication ou en lettres font le récit de leur jeunesse amoureuse. Plusieurs évoquent la période compliquée, parce qu’indéfinie, des débuts d’une liaison, la difficulté de tenir dans une relation à distance, ou l’envie d’expérimenter sans être défini ni étiqueté. Pour tous, l’idée d’un « partenaire qui serait le centre de la vie amoureuse » fait encore rêver. Mais les aventures sont valorisées, car il faut aussi « savoir profiter de sa jeunesse ».

  • une relation a distance: 长距离关系

Sacha, étudiante de 21 ans en sciences politiques, se souvient du « malentendu » causé par cette zone grise, lorsqu’elle est tombée amoureuse pour la première fois. « Je venais d’arriver en Israël pour une année d’échange. Je l’ai rencontré à un cours de danse, puis nous nous sommes revus plusieurs fois. Lorsque nous avons commencé à sortir ensemble, nous n’avons pas évoqué la question de l’exclusivité parce que, pour moi, elle allait de soi. » Pour son amoureux, en revanche, la fidélité n’avait pas été mentionnée dans le « deal ». Après une période de vacances où les deux amants sont séparés, Sacha, prise d’un doute, fouille dans le portable de son amant et découvre qu’il l’a trompée. Pour la jeune fille c’est un « drame » – mais pour son amoureux, il s’agit simplement d’un « malentendu ».

  • elle allait de soi.
  • Amant: 情人。 还记得杜拉斯的1小说吗
  • il l’a trompée. 他出轨了。
  • drame: 悲剧
  • malentendu: 误解

L’ère des relations « sérieuses-légères »

Pourtant, l’année suivante, lorsque Sacha rentre en France, l’histoire se poursuit, à distance et sous une autre forme. « Nous nous sommes mis d’accord sur une relation libre mais avec des règles. » Pour éviter de nourrir sa jalousie et son imagination, lui doit « raconter ses aventures » et elle, en retour, ne doit rien dire « pour ne pas blesser son ego ». Leur règle commune : « Dès que l’aventure devient sérieuse, on l’arrête. » Ils poursuivent une relation à distance qui, cahin-caha, continue de fonctionner jusqu’à l’été. Puis le désamour s’insinue, « un mélange de lassitude, de perte de désir et… d’attirance pour un autre homme », avoue la jeune femme.

  • cahin-caha: with difficulty. 磕磕碰碰的。
  • désamour
  • s’insinuer
  • lassitude
  • attirance

Pour Christophe Giraud, sociologue à l’université Paris-Descartes, ces témoignages montrent que les relations amoureuses des jeunes sont de plus en plus « contractualisées ». Dans son livre, L’Amour réaliste (Armand Colin, 2017), il décrit trois types de relations : la relation sérieuse, la relation légère, et la relation sérieuse-légère. « Après une première histoire d’amour, qui a été souvent scénarisée avec des références culturelles venues des contes, des romans ou des films, les jeunes filles remettent en cause les modèles qui les ont déçues et expérimentent ce mode sérieux-léger, où on écrit la relation ensemble et où l’amour sera fondé sur la connaissance, développe le chercheur, qui a suivi une cohorte de vingt-six jeunes étudiantes pendant dix ans. Ainsi, il n’est plus du tout inconcevable de renégocier des clauses dans le contrat lorsqu’il y a des changements, par exemple avec l’arrivée d’une relation à distance. »

  • 普通列表项目

« J’ai l’impression que notre génération s’interroge plus sur les modes de relations amoureuses que celle de nos parents. On assume davantage d’avoir envie de tester les relations ouvertes et libres par exemple, ou des expériences bisexuelles », témoigne Manon, 22 ans, étudiante en communication, qui a déjà eu deux aventures avec une fille. « Voilà aussi une génération qui refuse de se laisser enfermer dans la définition d’une orientation, qu’elle soit hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, etc., commente Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue et chercheuse associée au Centre de recherche sur les liens sociaux. Les pratiques et les identités de genre des jeunes se trouvent légitimées, notamment grâce aux médias sociaux et à Internet. Au cours de mes enquêtes, j’ai souvent entendu dire : “Je n’aime ni les filles ni les garçons, j’aime des personnes.” »

  • les relations ouvertes et libres: 开放自由式的关系。这是指不专一的两性关系。

Si le système de valeur des pratiques sexuelles et des identités de genre a « bougé » depuis les années 2000, notamment grâce aux applications de rencontres et à la légalisation du mariage homosexuel en 2013, le couple stable reste « une référence », estime la sociologue. Ce qui a changé par rapport aux générations précédentes, c’est l’allongement de cette période dite de « jeunesse sexuelle », bornée entre 17 ans, l’âge moyen du premier rapport, et 30 ans, qui est l’âge moyen de la parentalité.

  • bornée

L’idée romantique du couple, composé de deux êtres qui s’aiment et passent leur vie côte à côte, continue d’habiter l’imaginaire des jeunes. Valentin espère pouvoir un jour trouver une femme qui sera sa « partenaire, [s]on pilier, [s]on soutien sans forcément passer par la case institutionnelle du mariage ». Sylvain, étudiant en droit de 23 ans, qui « sort » juste de sa première « grande relation sérieuse » de cinq ans, aime encore imaginer son couple idéal : « Une relation très longue, exclusive, le degré supérieur de l’amitié. J’aime l’idée de partenaire, peut-être parce que mes parents se sont séparés et que je n’ai pas vraiment grandi avec ma mère », ajoute-t-il.

  • pilier

Edith, 23 ans, étudiante en sciences politiques, qui a révélé son homosexualité à ses parents à l’âge de 19 ans et aime à se présenter comme un individu queer, avoue rêver d’une relation unique avec « un être dont je chérirai l’existence, avec qui je me marierai, ferai des enfants et avec qui j’achèterai un chien ».

  • un individu queer

Dans les locaux de l’espace santé, les affiches de la dernière campagne d’information à destination des hommes intitulée « Etes-vous mâle informé ? » rappellent l’abîme entre les injonctions à la performance sexuelle et la réalité des pratiques. Sylvain se dit « conditionné » par la pornographie, et les images qu’elle a laissées dans son imaginaire. Des images qui ont faussé ses premiers rapports sexuels. « Ça fait réfléchir, parce qu’on se focalise sur certaines pratiques comme la pénétration, alors que l’orgasme féminin passe par le clitoris. J’ai, depuis quelque temps, une nouvelle copine, elle me fait découvrir plein de choses », explique-t-il.

  • 普通列表项目

Pour les jeunes femmes, le chemin pour sortir des représentations phalocentrées de la sexualité est encore long. Le baromètre 2016 de Santé publique France rappelle que les différences en matière de sexualité entre femmes et hommes se construisent dès l’entrée dans la sexualité et tout au long des trajectoires. « Elles prennent sens dans un contexte normatif genré, structuré autour de l’opposition entre une sexualité féminine affective et des besoins sexuels masculins », indique l’institution.

  • phalocentree

Le poids des stéréotypes de genre

Sophia, étudiante de 21 ans en sciences, raconte que, lors de sa première relation amoureuse, à l’âge de 18 ans, son copain lui « mettait la pression » pour avoir des rapports sexuels tous les jours. « Il me disait que, à notre âge, on devait faire l’amour tous les jours », alors qu’elle n’en avait pas envie systématiquement. « J’avais l’impression d’avoir un problème. » Elle s’en ouvre à une amie, se demande s’il serait « normal » que « les femmes aient moins de désir que les hommes ».

Après sa rupture avec son premier amoureux, elle commence à sortir tous les semaines. « Je me sens vivante quand je fais la fête, mais je me sens aussi coupable d’aimer sortir et d’aimer séduire. » Un sentiment qui témoigne du poids des stéréotypes de genre. « Une jeune fille sera encore jugée à l’aune de la longueur de sa jupe, du nombre de ses partenaires et de ses pratiques sexuelles, même si cette génération de filles assume plus de profiter de cette période de jeunesse sexuelle », remarque Yaëlle Amsellem-Mainguy. Sophia a rencontré, après sa rupture, un garçon, étudiant comme elle, mais dans une autre ville, avec qui elle vit pleinement son désir. Elle s’interroge, presque sérieuse : « Peut-être que je pourrais lui proposer une relation libre pour supporter la distance ? »

  • l’aune
  • rupture
20190117-副刊p6.txt · 最后更改: 2019/01/30 15:15 由 82.251.53.114