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BREXIT

May et le Brexit en sursis après le vote sanction de Westminster

  • en sursis: 缓刑。 (VPF.p.226)

Des partisans d’un deuxième référendum, lors de l’annonce du résultat du vote des députés, le 15 janvier, devant le Parlement britannique, à Londres. ED ALCOCK/MYOP POUR « LE MONDE »

Philippe Bernard

L’accord négocié avec l’Union européenne a été rejeté avec force mardi par les députés britanniques, sans qu’aucune majorité ne se dégage à ce stade sur un projet alternatif

LONDRES - correspondant

Un Brexit mis en doute, une première ministre en sursis, un pays en suspens. La déflagration produite par le rejet massif par les députés britanniques, dans la soirée du mardi 15 janvier, de l’accord sur le Brexit douloureusement négocié à Bruxelles par Theresa May depuis dix-huit mois, s’est avérée plus forte que les prédictions les plus alarmistes. Dans une Chambre des communes chauffée à blanc, 432 des 650 membres ont dit « non » au « deal » sur le divorce avec l’Union européenne (UE).

  • déflagration
  • s'avérer:approve to be
  • chauffée a blanc 白热化的

Moins d’un tiers des députés ont approuvé le texte de compromis. Cent dix-huit élus conservateurs sur un total de 317 ont fait défection, abandonnant leur première ministre. En censurant l’action de Mme May, les députés ont sanctionné son échec et l’ont, pour ainsi dire, dessaisie d’un dossier qui exaspère les Britanniques, pour tenter de prendre eux-mêmes la conduite des opérations. En temps normal, pareille défaite, la plus cuisante jamais essuyée par un chef de gouvernement britannique, se serait traduite par une démission immédiate. Mais les circonstances n’ont précisément rien d’ordinaire.

  • cuisante: bitter,惨痛的
  • essuyée 承受的

Deux ans et demi après le référendum où 51,9 % des Britanniques ont choisi le Brexit, à dix semaines de l’échéance du divorce effectif avec l’UE – le 29 mars à minuit, heure de Bruxelles –, non seulement le pays est dans l’impasse sur un sujet qui commande ses relations avec le reste du monde, mais il est désormais dirigé par une première ministre à la fois quasi indéboulonnable faute d’alternative crédible, et incapable de « faire le job ». « J’ai la conviction que c’est mon devoir de mettre en œuvre les instructions [des électeurs] et j’ai l’intention de le faire, a insisté Theresa May, presque imperturbable, en prenant la parole juste après l’annonce d’un résultat à la fois désastreux et humiliant pour elle. Le résultat nous dit ce que les députés ne veulent pas, mais il ne nous dit pas ce qu’ils veulent. »

  • indeboulonnable

De fait, le score sans appel résulte de la coalition de trois oppositions bien distinctes : les travaillistes, qui souhaitent renverser Mme May pour déclencher des élections et parvenir au pouvoir, les pro-européens, qui espèrent obtenir un second référendum, et les partisans d’une rupture franche avec l’UE qui considèrent l’accord négocié avec Bruxelles comme une trahison du Brexit et misent sur le vide juridique d’un « no deal » pour provoquer un choc économique favorable à leur dessein ultralibéral. Leur seul point commun est la conviction que l’accord passé par Mme May avec les Vingt-Sept ferait du Royaume-Uni l’obligé de l’UE alors que le Brexit était censé permettre au pays de regagner en souveraineté.

  • le score sans appel: 无可辨驳的结果
  • un rupture franche:无任何附加条件的分离

Motion de défiance

Devant un Parlement sous le choc, le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn a déposé une motion de défiance contre le gouvernement après sa « catastrophique défaite, sans précédent depuis les années 1920 ». Mme May, a-t-il affirmé, « est en fin de course » puisque, « après deux ans d’échec », elle se montre « incapable de mettre en œuvre un bon accord » pour le pays en raison de sa « totale incompétence ». L’opposition fait front puisque la motion est signée, outre par M. Corbyn, par les leaders des libéraux-démocrates (LibDems), par les indépendantistes écossais du SNP, par le parti gallois Plaid Cymru et par les Verts.

Le gouvernement a confirmé que le vote sur cette motion de défiance aurait lieu dès le 16 janvier, après un après-midi de débats. Mais il est peu probable que l’opposition réunisse alors une majorité pour déboulonner la première ministre. On voit mal, en effet, les conservateurs, même hostiles au « deal » de Mme May, unir leurs voix à celles des travaillistes de Jeremy Corbyn, leur bête noire, considéré dans les rangs tories comme un dangereux marxiste partisan des renationalisations et d’une République irlandaise unifiée. Certes, le Parti démocratique unioniste (DUP) d’Irlande du Nord, allié à Mme May et dont les dix élus lui servent normalement d’appoint, a voté contre l’accord. Mais ses responsables ont confirmé, mardi soir, qu’ils ne se joindraient pas à un vote de défiance. Pas plus d’ailleurs que les élus conservateurs ultralibéraux partisans d’une rupture totale avec l’UE qui ont pourtant mené la vie dure à la première ministre. Ce sont eux qui ont déclenché, en décembre 2018, un vote de défiance interne aux tories dont Mme May est sortie ébranlée mais victorieuse. Ironie de l’histoire, le règlement du parti leur interdit de déclencher un autre vote de défiance interne pendant un an.

  • déboulonner 使下台。这个词我们在carlos ghosn 一文中学过
  • bête noire: chose ou personne particulièrement redoutées ou détestées
  • ébranlée: shaken

Ainsi protégée de ses « amis », la première ministre l’est aussi parce qu’aucune personnalité alternative susceptible d’être portée par sa formation, rongée par sa vieille division sur l’Europe, n’émerge. Le probable rejet de sa motion de défiance, destinée à déclencher de nouvelles élections législatives, va mettre Jeremy Corbyn au pied du mur. La ligne du Labour privilégie un nouveau scrutin mais prévoit, en cas d’échec, d’examiner « toutes les options sur la table », autrement dit, la négociation d’un nouvel accord avec l’UE ou un second référendum. Alors que 72 % des adhérents du Parti travailliste sont favorables à cette dernière option, M. Corbyn y est farouchement hostile. Il n’y a pas fait la moindre allusion mardi soir.

  • mettre qn au pied du mur:逼迫某人做决定
  • farouchement: fiercely

La prochaine étape pourrait se jouer lundi 21 janvier. Ce jour-là, en vertu d’un amendement adopté la semaine dernière par les députés, Mme May devra leur présenter un « plan B ». Devant l’ampleur de son échec, certains membres de son gouvernement comme Amber Rudd, ministre du travail, pourraient pousser l’idée d’un vote indicatif où les élus s’exprimeraient librement sur les ultimes options possibles : maintien permanent dans l’union douanière européenne, voire dans le marché unique à la manière de la Norvège. Dans une Chambre des communes dont 70 % des membres ont voté contre le Brexit en 2016, le maintien dans un statut très proche de l’UE, que Theresa May avait écarté d’emblée, pourrait séduire à la fois les travaillistes – dont c’est la position officielle – et certains conservateurs pro-européens.

Tout semble désormais possible

La motion contenant le « plan B » de Mme May pourra être amendée par les députés. Ces derniers pourraient alors supplanter une première ministre décrédibilisée et l’obliger à négocier sur des bases susceptibles de rallier une majorité aux Communes. A moins que, sous la pression de ses adhérents, le Labour pousse la perspective d’un second référendum avec le soutien de certains « rebelles » tories comme l’ex-attorney general Dominic Grieve, qui déposera, mercredi, deux propositions de loi dans ce sens. « Aucun accord [de Brexit] ne va satisfaire les Communes. Je crois qu’un nouveau référendum est la seule façon de s’en sortir », a-t-il déclaré mardi soir alors que, devant le Parlement de Westminster, les partisans d’un tel « People’s vote » étaient rassemblés, drapeaux européens au vent, dans une ambiance de kermesse.

  • drapeaux européens au vent: 欧洲的旗帜飘扬
  • kermesse:荷兰语,教会节日

Le « no deal » des extrémistes du Brexit ayant été exclu la semaine passée par les députés, l’accord de Mme May l’ayant été spectaculairement désormais, les seules issues dans l’air tournent autour, soit d’un Brexit formel maintenant une relation proche avec l’UE – qui laisserait posée la question de la soumission aux règles européennes sans voix au chapitre –, soit d’une annulation du Brexit après référendum. Toutes ces options supposent un report de la date butoir du Brexit fixée au 29 mars. Pour la première fois, le ministre des finances, Philip Hammond, en a émis l’hypothèse mardi soir.

  • un report de la date butoir: 最终期限的推迟

Le scrutin européen de la fin mai, impossible à tenir dans un pays en plein Brexit, constitue un nouveau butoir. La date du 1er juillet, et l’entrée en fonctions du nouveau Parlement européen, est désormais évoquée, même si l’UE n’accordera aucun délai en plus sans une issue clairement en vue côté britannique. Mais le choc de la débâcle de Mme May est tel qu’il produit une situation inédite où tout semble désormais possible, pour le meilleur ou pour le pire, tant sur l’avenir de la première ministre paralysée, qu’à propos d’un Brexit dans l’impasse.

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