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TOURISME

Vous aimez Houellebecq… vous aimerez Niort

Michel Dalloni

A gauche, le Vieux pont. A droite, chantier du Port Boinot, à Niort.

CLAUDE PAUQUET/AGENCE VU POUR « LE MONDE »

On rêvait du brouillard, il y en avait. Parce que débarquer à Niort (Deux-Sèvres), par un matin de janvier, sous un ciel plus bleu que le bleu des yeux de Michel Houellebecq, ça jette un froid. D’ailleurs, il faisait 1 °C. On avait fait le déplacement pour éprouver la laideur des lieux (« Niort est l’une des villes les plus laides qu’il m’ait été donné de voir », écrit-il dans Sérotonine). V’là-t’y pas qu’à peine sorti du TGV 8371, en provenance de Poitiers (Vienne), on se croyait rendu dans une de ces cités de la vallée du Rhône – Valence, Montélimar, Avignon : azur, soleil, palmiers du genre Trachycarpus fortunei, tuiles rondes, pierre blonde, volets battants persiennés. Mais glagla quand même.

En descendant la rue de la gare vers on ne savait pas encore où, on était ainsi à peine étonné de croiser un hôtel de la Marmotte (aucun rapport avec le restaurant La Marmite de Marmotte, au 14 de l’avenue des Martyrs-de-la-Résistance) puis un conseiller en gestion et organisation à l’enseigne d’Himalaya Patrimoine avant de buter au pied des ruines des établissements Boinot (1881-1996), experts en chamoisage, tannage local opéré par des chamoiseurs, dans des chamoiseries d’où sortaient des chamoisines. Rapport avec le chamois ? La peau. De quoi devenir chèvre.

Ces références alpines n’avaient d’autre but que de nous égarer. Renseignements pris, Niort culmine à 77 m. Et même s’il a fait – 16 °C le 17 janvier 1987, il n’y neige, en moyenne, que huit jours par an. « La ville est plutôt tournée vers la mer, rectifie Laurent Garcia, 54 ans, patron du Bar du Marché bientôt transformé en Boisson rouge, observatoire autochtone planté face aux halles. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, elle a vécu de ses activités portuaires. Les berges de la Sèvre niortaise, le fleuve côtier qui la traverse, accueillaient un trafic important. »

Un fleuve, donc. Tout à l’heure, tandis qu’on rôdait aux abords de la friche Boinot, on l’avait pris pour une rivière… Attention à ne pas froisser un peu plus les Niortais déjà fâchés par « l’affaire Sérotonine ».

Qu’ils se rassurent, les quais de la Préfecture et de la Regratterie, rive gauche, accentuent le charme tranquille, nostalgique, presque paresseux, de leur cité et lui donnent, cette fois, des airs qu’on jurerait empruntés à Narbonne ou Béziers. Dommage que les immeubles qui les bordent ne soient pas mieux entretenus. Sur une île proche, le Moulin du Roc, repaire culturel labellisé « Scène nationale ». Un gros bâtiment aveugle qu’on dirait posé là par obligation. En France, les villes moyennes ont un problème avec leurs promenades fluviales. Blois et Nevers ignorent presque la Loire, tout comme Saumur. Châtellerault néglige la Vienne. Moulins oublie l’Allier. Et que dire de Rochefort et de la Charente ?

C’est quand même là, quai Maurice-Métayer, qu’Eric Surmont, 46 ans, directeur artistique des festivals 4e mur (fresques urbaines) et Nouvelle(s) scène(s) (musique), aime se perdre : « On suit le cours de la Sèvre jusqu’au Marais poitevin. On quitte la ville peu à peu, presque sans s’en apercevoir. Il y a de moins en moins de maisons et de plus en plus d’arbres. Magnifique, surtout au printemps. On traverse un grand silence. »

On peut aussi, de l’autre côté, gravir le coteau du Jardin des plantes. C’est joli, bien vert et orné de « rocaille », ce béton auquel les maçons italiens donnaient les allures du bois ou de la roche. Les Buttes-Chaumont en plus respirable. Du sommet, occupé par l’ancienne caserne Du Guesclin, ce héros national qui bouta l’Anglois hors des murs niortais en 1373, la vue est bucolique. Ne restait qu’à dévaler le dédale de rues de la vieille ville qui forme cette colline Saint-André.

Elles sont étroites. Obscures. Rue Mère-Dieu. Rue du Petit-Paradis. Rue Vieille-Rose. Rue Saint-Gelais. Les trottoirs sont empierrés de galets. On s’y déplace avec les précautions d’un estivant sur une plage niçoise. Parfois, comme à Rome, il n’y a même pas de trottoir. Le vernaculaire avoisine le Grand Siècle. L’ensemble est élégamment délabré. On pourrait être chez Jean Giono mais on déambule comme Henri Calet et on finit par se perdre, aussi timide et hésitant que Patrick Modiano.

La nuit, c’est plus inquiétant. Ambiance Maigret. Coïncidence, Georges Simenon a séjourné dans le coin et Jean Richard, incarnation du célèbre commissaire, a vu le jour à six kilomètres de là, à Bessines. Atmosphère Clouzot. C’est que notre Henri-Georges est né plus bas, au 22 de la rue Victor-Hugo. Une plaque l’atteste.

A Niort, tous les chemins mènent à la place de la Brèche. Ce jour-là, on l’a rejointe après un détour par l’étonnant pavillon des halles (type Baltard, 1865, monument historique) sur lequel veillent l’hôtel de ville, qui se la pète un peu, l’église Notre-Dame (gothique flamboyant) et le donjon médiéval (panorama), suivi de la traversée de l’inévitable zone piétonne heureusement saupoudrée d’admirables façades Art nouveau et Art déco.

En bas de la Brèche, comme on l’abrège ici, cafés et restaurants sont alignés à l’ombre de platanes considérables avec vue sur les pelouses. Halte. Un établissement proposait d’offrir un saucisson pour deux bières consommées. On a préféré un tartare de parthenaise (vache indigène), on a écarté la possibilité d’une île flottante.

On devait encore affronter les faubourgs, balisés par les sièges furieusement années 1980 des cadors de la mutualité française. Car Niort est la capitale du mutualisme en tout genre – assurances, banques, services – au point qu’elle est, dit-on, la quatrième place financière du pays, derrière Paris, Lyon et Lille, et qu’on s’y couche tôt parce qu’on n’y finit pas tard.

Au milieu de cet entrelacs, une drôle d’oasis héberge, avenue Sevreau, la spécialité exclusive du cru : l’angélique. Herbacée bisannuelle. Famille des apiacées. Ombéllifère géante censée prévenir la peste et conjurer les envoûtements. Cultivée par Pierre Thonnard. Déclinée en liqueur, crème, confiture, coulis, bonbons ou fruits confits. Couleur verte. Différentes nuances. Quel goût ? « Impossible à dire, répond la malicieuse Elisabeth Deliry, derrière la caisse de Mogettes et Cie, son magasin de produits locaux. Ça évoque beaucoup de saveurs mais c’est incomparable. On aime ou on déteste. C’est tout Niort. »

20190120-p42-niory.txt · 最后更改: 2019/03/03 16:44 由 82.251.53.114