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Henri d’Orléans

En 1987, à Paris. PASCAL GEORGE/AFP Philippe-Jean Catinchi

Comte de Paris

Revendiquant le nom d’Henri VII comme prétendant orléaniste au trône de France, Henri d’Orléans, connu sous le titre de comte de Paris au décès de son père (1999), est mort le 21 janvier à l’âge de 85 ans.

Une date particulière pour lui comme pour la dynastie qu’il représentait. C’est en effet ce jour-là qu’en 1793 Louis XVI, roi déchu, fut exécuté, condamné à mort par les membres de la Convention, dont son cousin, Philippe d’Orléans, dit Philippe Egalité, lointain aïeul du prince. C’est un 21 janvier encore, en 1974, que le fils aîné du comte de Paris rencontre Micaela Cousino Quinones de Leon, qui deviendra sa seconde épouse et dont l’union en 1984 – elle est divorcée – compromettra le statut du dauphin, premier acte d’une crise successorale à répétition.

La loi du 22 juin 1886 interdisant aux chefs de famille des dynasties y ayant régné, comme à leur héritier, de séjourner en France, le fils de Jean de Guise – Jean III pour les tenants de la monarchie – doit s’exiler. C’est en Belgique que naît son premier fils, Henri, en 1933. L’enfance du prince et de ses frères et sœurs (ils sont onze) est errante : Brésil, Maroc, Espagne, Portugal… jusqu’à ce que l’abrogation de la loi d’exil, en juin 1950, rende légal le retour en France.

Héritier du trône

Pour Henri, ce sera Bordeaux et le lycée Montesquieu, où le prince prépare son baccalauréat, qu’il intègre en fait dès 1947 par une intercession du président Auriol qui anticipe la révision législative. Education impeccable pour un futur roi, avec un net goût pour le sport, même si l’enfant est aussi attiré par le piano ou la peinture. Mais il n’est pas question que l’héritier du trône, fût-il fictif, se consacre aux beaux-arts. Ce sera donc Sciences Po et la carrière militaire.

S’il gagne Paris en 1953 pour l’Institut d’études politiques, où il est frappé par l’enseignement d’Alfred Sauvy et d’André Siegfried, dès la fin de son parcours universitaire, suivant les ordres de son père, chef de la maison de France qui lui confère le titre de comte de Clermont, il épouse, le 5 juillet 1957 à Dreux, avec un faste princier Marie-Thérèse de Wurtemberg – une union désastreuse dont le divorce sera prononcé en 1984 – et part deux mois plus tard combattre en Algérie. Si son cadet, François (1935-1960), versé dans les chasseurs alpins, y tombe, Henri, sous-lieutenant à Oran en mai 1958, décoré à Constantine en mars 1959, en revient pour intégrer le secrétariat général de la défense (octobre 1959-avril 1962).

Affecté en République fédérale d’Allemagne au 5e régiment de hussards, il est bientôt officier instructeur au 1er régiment étranger de cavalerie (1963-1968). Il quitte l’armée après l’évacuation anticipée de la base de Mers El-Kebir (1968), puis travaille au Crédit lyonnais avant de rejoindre la fonction publique (1974). Henri d’Orléans opte ensuite pour le privé. Soutenu par Pierre Cardin, recruté comme consultant auprès de son groupe, le prince qui admire son ancêtre le Régent, épicurien et amateur de sciences, s’adonne à la cuisine et s’essaye à la parfumerie, traquant les fragrances de jonquille et de rose qu’aimait Marie-Antoinette.

Mais ce genre de fantaisie cadre mal avec le destin que sa naissance lui prescrit. En épousant en 1984 celle qu’il aime, Henri perd son statut de dauphin aux yeux de son père, qui le rétrograde en le nommant comte de Mortain, titre dont le dauphin déshérité ne fit jamais usage, avant, à l’occasion du millénaire de la dynastie en septembre 1987, de choisir son petit-fils Jean, fils cadet d’Henri, 22 ans, titré duc de Vendôme, comme héritier, effaçant son fils aîné.

Autant de décisions sans légitimité réelle : le roi ne pouvait choisir son successeur ni négliger la primogéniture, le fils aîné d’Henri, François, handicapé, ne pouvant être « oublié ». La crise brutale trouve cependant son issue : en 1990, Henri retrouve son statut de dauphin, son épouse est reconnue princesse de Joinville et, après l’annulation par le Saint-Siège de la première union du prétendant en 2008, elle l’épouse religieusement en 2009. Reste la question de François, fils aîné incapable de tenir le rang de chef de famille. Henri prévoit un conseil de régence pour respecter ses droits mais la mort du prince, le 31 décembre 2017, rend le projet caduc. C’est donc Jean, son frère, qui succède aujourd’hui à son père, devenant pour ses partisans Jean IV.

20190123-p19-henry.txt · Last modified: 2019/01/22 14:30 (external edit)