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Joshua Wong ou la révolte de la jeunesse hongkongaise

Joshua Wong, le 19 janvier, à Hongkong, sur la place où a débuté le « mouvement des parapluies », en 2014. PIERFRANCESCO CELADA POUR « LE MONDE »

Florence De Changy Et Frédéric Lemaître

En liberté provisoire, l’opposant de 22 ans poursuit son « combat pour la démocratie » face à Pékin

RENCONTRE

HONGKONG, PÉKIN - correspondants

Chaque lundi, depuis sa sortie de prison il y a tout juste un an, Joshua Wong doit se présenter au commissariat de police du quartier, où son passeport est « en bonnes mains ».« Je dois leur prouver que je n’ai pas quitté Hongkong », explique-t-il au Monde avec une once d’ironie avant de se rendre à son rendez-vous hebdomadaire. Ce jeune homme de 22 ans, qui estime avoir été prisonnier politique, est aujourd’hui en liberté provisoire.

Lors d’une rencontre dans un café qui fait face au Parlement où il a un emploi d’assistant parlementaire, Joshua Wong, symbole de la contestation politique hongkongaise, récapitule ses récentes arrestations. Il parle comme il vit : à toute allure. Condamné en août 2017 à six mois de prison, pour troubles à l’ordre public, il est libéré au bout de trois mois, à la suite d’une décision de la Cour d’appel. A nouveau condamné à trois mois de prison en janvier 2018 pour des délits semblables, il est libéré sous caution dix jours plus tard.

Son appel dans ce deuxième procès devrait être examiné le 3 avril. Joshua Wong se « prépare au pire ». Il sait que les autorités vont lui mener la vie dure. « Le combat pour la démocratie à Hongkong est une lutte pour sasurvie, reconnaît-il. Tant que Xi Jinping est au pouvoir à Pékin, il n’y a pas d’espoir que Hongkong devienne vraiment une démocratie. Toutefois nous ne plaçons pas notre espoir dans le régime, mais dans la population de Hongkong. » Et dans le soutien international qui s’accroît à chaque procès. Des membres du Congrès américain n’ont-ils pas évoqué son nom pour le prix Nobel de la paix ? Porter une telle responsabilité sur ses épaules à 22 ans n’est pas facile. Mais Joshua Wong assume et n’envisage pas de faire autre chose que de la politique. « Quel entrepreneur voudrait de moi ? », dit-il en riant.

En fait, ce jeune citoyen engagé est dans le collimateur des autorités, locales et chinoises, depuis le succès de la vaste campagne qu’il a montée en 2012 contre un nouveau programme scolaire d’éducation « nationale » – entendre, prochinoise. C’est lui qui, à 14 ans, alerte l’opinion sur cette menace de « lavage de cerveau à la mode chinoise » et parvient à mobiliser des dizaines de milliers de parents, éducateurs et jeunes élèves contre cette réforme souhaitée par Pékin. Le chef de l’exécutif Leung Chun-ying (2012-2017), alors en poste depuis quelques mois à peine, doit renoncer. Mais il n’oubliera jamais cette humiliante défaite infligée par ce collégien audacieux et déterminé.

Deux ans plus tard, en septembre 2014, dès les premières heures du désordre qui allait devenir le « mouvement des parapluies », contre des réformes institutionnelles proposées par Pékin et jugées inacceptables par la jeunesse de Hongkong, Joshua Wong sera la première « prise » de la police. Une arrestation qui galvanise les manifestants, même si lui regrette encore d’avoir « raté les gaz lacrymogènes ». Mais il rejoint vite le front et c’est sur les « barricades » de cette révolte civile, qui réclame le véritable suffrage universel pour Hongkong, qu’il fête ses 18 ans.

Depuis, Joshua Wong s’est assagi. Mais la situation politique de Hongkong n’a fait que se détériorer. Il s’inquiète de l’avenir politique de cette « région administrative spéciale » au statut très particulier, puisqu’en vertu du principe « Un pays, deux systèmes », Hongkong est censé jouir d’un « haut degré d’autonomie » jusqu’en 2047. La Basic Law, sa mini-constitution, lui promet un système démocratique, et lui garantit un système juridique totalement indépendant.

Ne pas se faire oublier

Bien que les signes de durcissement des autorités centrales se multiplient de mois en mois, il se refuse à prédire l’avenir. A quoi bon ? Joshua Wong rythme son discours de « qui aurait cru ? » « Qui aurait cru, il y a trois ans, que l’on pourrait empêcher des députés dûment élus de siéger au Legco [Conseil législatif de Hongkong, le Parlement] sous prétexte qu’ils ont mal prêté serment ? » – comme ce fut le cas en 2017 de Nathan Law, le candidat de Demosisto, le parti cofondé par Joshua Wong. « Qui aurait cru, il y a seulement trois mois, que le gouvernement oserait interdire l’accès à Hongkong à un correspondant du Financial Times [le journaliste Victor Mallet, expulsé de facto] ? »

Pour le moment, Joshua Wong poursuit une stratégie de communication : aller à la rencontre de la population et ne pas se faire oublier du reste du monde. Il est conscient que l’ancienne colonie britannique n’est qu’une pièce dans un jeu qui la dépasse. « Le Xinjiang, le Tibet, Taïwan, Macao et Hongkong font face à la ligne dure de Xi Jinping. Que pouvons-nous faire de plus que marquer notre solidarité et montrer que les difficultés que nous rencontrons ne nous affaiblissent pas mais nous renforcent ? », dit-il, les yeux mi-clos, comme s’il réfléchissait déjà à l’idée suivante.

Evidemment, il ne croit pas à la dernière proposition de Xi Jinping : l’adoption par Taïwan du principe « Un pays, deux systèmes ». « Déjà, à Hongkong, c’est un échec. Comment pouvez-vous faire confiance à la Chine pour signer un accord avec Taïwan qui, à mes yeux, est déjà un pays ? » Des propos audacieux dans le contexte actuel.

« Depuis qu’ils ont interdit le Parti national de Hongkong [pro-indépendance, en septembre 2018],on se demande quel est le prochain parti qu’ils vont interdire », explique-t-il. Il constate que tous les nouveaux partis apparus dans la foulée du « mouvement des parapluies » en 2014 sont interdits de mandat électoral ou dissous de fait. « Même nous, Demosisto, qui sommes le plus reconnu des jeunes partis d’opposition, nos candidats n’ont pas le droit de se présenter à cause de notre projet d’autodétermination… »

Tester les limites du système

Il n’envisage pas pour autant de changer le programme ou le nom du parti. Il faut tenir et tester les limites du système. A 22 ans, on pourrait croire qu’il a le temps pour lui – « dans quarante ans, aurai-je enfin le droit d’être élu ou non ? », se demande-t-il, mais les choses ne sont pas aussi simples. Né au XXe siècle, il se sent déjà vieux et coupé des jeunes nés après 2000. « Ils utilisent Instagram, alors que nous sommes plutôt des utilisateurs de Facebook. Pour cette génération-là, le mouvement des parapluies de 2014, c’est déjà de l’histoire ancienne. »

Ses parents, qui le soutiennent, lui rappellent de temps à autre ses études. Il espère sans enthousiasme décrocher son diplôme universitaire l’an prochain. « A 23 ans, c’est raisonnable. » Il n’oublie pas non plus qu’il s’appelle Joshua, un prénom que ses parents, des chrétiens protestants, ne lui ont pas donné par hasard. En hébreu, cela veut dire « celui qui sauve ». « Je sais que Joshua a mené le peuple d’Egypte vers la Terre promise », dit-il. Même si son rêve pour Hongkong est que « les gens puissent décider eux-mêmes de leur façon de vivre et penser à autre chose que chercher à émigrer ».

20190123-p5-wong.txt · 最后更改: 2019/01/22 14:11 由 82.251.53.114