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Au Venezuela, Guaido maintient la pression

Des étudiants vénézuéliens manifestent contre le président Nicolas Maduro, mercredi 30 janvier, à Caracas. LUIS ROBAYO/AFP Marie Delcas

Les deux camps comptent leurs troupes avant une nouvelle journée de mobilisation, samedi 2 février

BOGOTA - correspondante

Président élu contre président autoproclamé, « usurpateur » contre « putschiste » : le bras de fer engagé entre Nicolas Maduro et Juan Guaido continue. Les deux hommes jouent leurs cartes avec détermination. M. Maduro multiplie les apparitions aux côtés de ses généraux et se félicite de la coopération militaire avec la Russie. Mercredi 30 janvier, il est allé saluer les évangéliques, alors qu’au même moment l’opposition se rassemblait en plusieurs points de la capitale.

  • usurpateur: 篡权者。这个场景下可以翻译为窃国大盗。
  • putschiste: 政变者。
  • le bras de fer:较量

M. Guaido s’est, lui, entretenu au téléphone avec le président américain, Donald Trump, avant de descendre dans la rue pour tenter de convaincre l’armée de lâcher le pouvoir en place et de « se mettre du côté du peuple ». Au moins sept journalistes étrangers ont été arrêtés, dont deux Français de l’émission « Quotidien » de TMC.

Sur Twitter, Juan Guaido a remercié M. Trump de son appel. « M. Trump a réitéré son total soutien à notre travail démocratique, son engagement en faveur d’une aide humanitaire et la reconnaissance de son administration à notre présidence », a écrit le nouveau chef de file de l’opposition. Selon la Maison Blanche, les deux hommes « se sont mis d’accord pour rester en contact régulier afin de soutenir le retour vers la stabilité au Venezuela ». Les partisans de Nicolas Maduro, qui considèrent que M. Guaido est « téléguidé de Washington », voient dans ces contacts la confirmation de leurs dires et de leurs craintes.

L’opposition avait appelé ses partisans à se rassembler, mercredi, dans la capitale. Quelques milliers d’opposants ont répondu à l’appel, au cri de « soldat, sergent, viens, c’est le moment ». M. Guaido, qui se défend de vouloir un coup d’Etat, appelle « au contraire » l’armée à respecter la Constitution. « Ne tirez pas contre un peuple qui se bat aussi pour sa famille », a-t-il lancé. Un manifestant ajoute dans le mégaphone : « C’est aux soldats de base que nous en appelons, qui souffrent comme le peuple vénézuélien. » Depuis le début de la crise, le haut commandement, qui jouit d’un vrai pouvoir économique au sein de la république bolivarienne, proclame sa loyauté au président Nicolas Maduro.

« Personne ne pouvait prévoir qu’un gamin de 35 ans s’imposerait sur la scène politique comme M. Guaido l’a fait », rappelle un diplomate de la région. Membre fondateur du parti Voluntad Popular (VP), très proche de Leopoldo Lopez, figure de l’opposition maintenue à son domicile en résidence surveillée, M. Guaido plaît à la droite radicale. Sa jeunesse, son sourire et son ton conciliant séduisent au-delà même des rangs de l’opposition traditionnelle.

Chute de la production pétrolière, hyperinflation, pénuries, dégradation des services publics, le Venezuela est plongé dans une crise économique sans précédent. Fuyant la misère et le désespoir, quelque 3 millions de Vénézuéliens ont déjà émigré. Le pouvoir en place récuse le chiffre donné par les instances internationales. Année après année, discours après discours, Nicolas Maduro continue d’attribuer tous les problèmes du pays à la « guerre économique » orchestrée par Washington.

La crise qui accapare aujourd’hui l’attention de la communauté internationale dure au Venezuela depuis des années. Le gouvernement qui se proclame socialiste et fidèle à l’héritage d’Hugo Chavez (1999-2013) fait face à une opposition hétéroclite, qui va de l’extrême droite à la gauche radicale non chaviste, en passant par les partis du centre.

« Casser l’enthousiasme »

Exaspérés par la corruption et l’autoritarisme croissant du pouvoir, les écologistes, la plupart des organisations de défense des droits humains et des déçus du chavisme ont rejoint le camp des mécontents. Pour l’ancien chaviste Juan Barreto, la situation est très délicate : « Ce sont deux élites irresponsables qui s’opposent : un gouvernement catastrophique qui a entraîné le pays dans une crise jamais vue et une opposition qui se laisse mener par les secteurs les plus radicaux et les plus liés aux Etats-Unis. »

Pourquoi les autorités vénézuéliennes n’arrêtent-elles pas M. Guaido ? « C’est la question qu’on se pose tous », raille l’analyste politique Luis Salamanca, avant de rappeler que « le pouvoir peut le faire à tout moment ». M. Guaido fait depuis mardi l’objet d’une interdiction de sortie du territoire, et ses comptes bancaires ont été bloqués, sur ordre du Tribunal suprême de justice. Le gouvernement américain a mis en garde Caracas. « Ceux qui tentent de saboter la démocratie et de s’en prendre à Guaido en subiront les conséquences », a tweeté John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.

« Guaido a acquis une grande notoriété, nationale et internationale. Elle le protège », continue M. Salamanca. Alors que plane la menace d’une intervention militaire américaine, réelle ou fantasmée, l’arrestation de M. Guaido fait figure de ligne rouge à ne pas dépasser. Par ailleurs, Caracas a tout intérêt à jouer l’usure. « Maduro va tenter de faire traîner en longueur les choses – et la situation actuelle - pour casser l’enthousiasme que Guaido a su susciter », considère M. Salamanca.

Sur les réseaux sociaux, les chavistes se sont réjouis de « l’échec » de la manifestation de mercredi, moins fréquentée que celle du 23 janvier. A en croire les images diffusées par la chaîne télévisée publique TeleSur, des milliers de personnes se sont réunies mercredi après midi également pour manifester leur soutien au président Nicolas Maduro aux abords du Palais présidentiel.

Une nouvelle grande manifestation de l’opposition est prévue pour samedi 2 février. Ce jour-là, « l’ultimatum » lancé par les pays européens qui exigent l’organisation d’élections présidentielles libres arrive à terme. Six pays, dont la France et l’Allemagne, pourraient alors reconnaître Juan Guaido comme « président légitime ». Nicolas Maduro s’est dit prêt à organiser des élections législatives anticipées mais il a répété qu’il entendait terminer son mandat, « en 2025 ».

Poing levé, chemise kaki, entouré de soldats, le chef de l’Etat a parcouru mercredi les installations de Fuerte Tiuna, la base militaire de Caracas. La scène a été retransmise à la télévision. « Etes-vous prêt à défendre la Constitution et votre commandant en chef », a lancé M. Maduro. « Oui, mon commandant », a répondu la troupe. Il a dénoncé l’existence de « déserteurs mercenaires » qui, depuis la Colombie chercheraient à fracturer l’armée. Il avait annoncé la veille la création de 50 000 « unités de défense populaires ». « Nicolas Maduro lui-même fait savoir qu’il y a un malaise au sein de l’armée », note M. Salamanca.

« Je suis à vos côtés »

Quelques heures plus tard, venu inaugurer le Congrès des mouvements chrétiens pour la paix, M. Maduro déclarait à l’assistance. « Je suis à vos côtés, peuple de Dieu. Je suis un président chrétien du Christ, au plus profond de mon être. Tous les jours qui passent, je suis plus croyant en Dieu et en l’épreuve du Christ. » Comme dans le reste de l’Amérique Latine, les Eglises évangéliques ont le vent en poupe au Venezuela.

La voisine Colombie a décidé d’interdire de séjour « plus de 200 Vénézuéliens qui collaborent avec la dictature de Nicolas Maduro ». Sans donner de nom, le chef des services migratoires, Christian Kruger, a précisé que « les personnes qui se trouvent sur le territoire colombien seraient expulsées ». Interrogé sur les conséquences de cette mesure sur le personnel diplomatique en place à Bogota, il s’est déclaré incompétent. La mesure n’est pas de nature à faire baisser la tension régionale.

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