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Entre Rome et Paris, les années de plomb en héritage

Un policier romain détruit une affiche représentant Cesare Battisti au pilori et le ministre de la justice italien, Alfonso Bonafede. ALBERTO PIZZOLI/AFP Jérôme Gautheret Et Simon Piel (À Paris)

Après Cesare Battisti, Matteo Salvini promet le retour d’autres militants politiques, dont ceux vivant en France

ROME - correspondant

C’est le dossier empoisonné par excellence, celui que personne, à Paris, ne voulait voir resurgir. Surtout alors que, depuis l’été 2018, les relations entre les gouvernements français et italien sont, sur tous les sujets, au plus mal. Mais voilà : avec l’onde de choc de l’arrestation de Cesare Battisti en Bolivie, le 12 janvier, et son arrivée très médiatique sur le sol italien, deux jours plus tard, après trente-sept années d’exil, la suite était inévitable.

  • l’onde de choc: shock wave

Dans les jours qui ont suivi, des responsables italiens ont dit leur volonté de relancer les demandes d’extradition d’anciens militants politiques ayant quitté leur pays entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, pour échapper à des condamnations pour terrorisme. Plusieurs centaines de fugitifs, venus de l’extrême gauche ou de l’extrême droite, ont fui le pays, et l’immense majorité sont désormais hors de portée de la justice italienne. Mais arriver à en récupérer ne serait-ce qu’un ou deux constituerait déjà, pour le gouvernement Conte, un succès politique considérable.

  • hors de portée

Comme toujours, le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), a été prompt à accaparer le sujet, le jour même du retour en Italie de M. Battisti. « Nous travaillons pour récupérer d’autres terroristes », a-t-il déclaré à la presse, précisant qu’il parlait de « terroristes de toutes les couleurs, rouges, noirs, verts ou blancs », pour rappeler que la police ne recherche pas uniquement les anciens militants d’extrême gauche.

  • accaparer le sujet

Le lendemain, il précisait sa pensée : « Je lance un appel aux autorités françaises, au gouvernement français et au président français pour qu’ils restituent à l’Italie et à la justice italienne ceux qui ont tué des innocents, pour qu’ils ne finissent pas leur vie à boire du champagne sous la tour Eiffel mais en prison, comme cela est juste. »

En réalité, depuis le premier instant, c’est bien vers la France que se sont tournés les regards. D’abord parce que Paris a été, durant les années 1980-1990, la capitale incontestée de l’exil pour les militants d’extrême gauche recherchés par la justice italienne, qui ont été jusqu’à 150 à y vivre. Ensuite parce que l’attitude de la gauche française, accusée pendant des années d’avoir idéalisé les fugitifs au point d’en faire des héros romantiques, a été très mal perçue par l’opinion publique italienne, tout bord politiques confondus.

« Etude au cas par cas »

Au milieu des années 1980, Paris avait adopté une politique qualifiée par la suite de « doctrine Mitterrand » : la France refusera l’extradition de toute personne réclamée par l’Italie pour des crimes de nature politique, dès lors qu’elle n’aura pas été impliquée dans le « terrorisme réel, actif, sanglant », selon l’expression de l’ancien président français, et qu’elle aura renoncé à la lutte armée.

La mesure, qui, dans un premier temps, permettait de régler le sort de centaines de personnes sans risquer la création de bases arrière terroristes en France, connaîtra quelques entorses à partir du début des années 2000. La première concerne Paolo Persichetti, qui appartenait à une autre génération d’activistes en tant qu’ancien des Brigades rouges : il a été extradé à l’été 2002 dans des conditions très controversées. La seconde a trait à Cesare Battisti, ancien militant des Prolétaires armés pour le communisme (PAC), qui devra fuir la France pour échapper à l’extradition.

En 2008, c’est une autre ancienne militante des Brigades rouges, Marina Petrella, qui s’est trouvée sous le coup d’un arrêté d’extradition pour sa participation à plusieurs crimes commis entre 1977 et 1982. Mais la procédure sera arrêtée au dernier moment « pour raisons humanitaires », eu égard à l’état de santé de l’ancienne brigadiste, alors en grève de la faim.

  • en grève de la faim: 绝食

Pour l’heure, face à l’hypothèse d’une prochaine réouverture des dossiers, les autorités françaises font preuve d’une extrême prudence, et disent n’avoir encore reçu aucune demande en bonne et due forme. A la chancellerie, on assure que « les demandes qui seront reçues ces prochains jours de la part des autorités italiennes feront l’objet d’une étude approfondie, au cas par cas, comme cela a été le cas depuis une quinzaine d’années ».

  • en bonne et due forme
  • une étude approfondie
  • au cas pas cas: case by case

Affaire périlleuse

Dans le même temps, on admet que se tiennent des échanges informels entre magistrats, et que doit avoir lieu à Paris, « dans les prochains jours », une réunion franco-italienne sur le sujet. L’attention des magistrats se concentrerait sur quatorze cas signalés à Paris, pour lesquels il s’agira d’examiner notamment si les faits ne sont pas prescrits – s’agissant de procédures remontant aux années 1980, cela devrait être le cas pour beaucoup d’entre eux.

Il s’agit donc de s’en tenir dans l’immédiat à des discussions techniques, le plus loin possible des interférences politiques. L’affaire s’annonce périlleuse : alors que le dossier relève, en théorie, de la compétence du ministre de la justice italien, le ministre de l’intérieur, Salvini, semble décidé à faire de la traque des ex-militants d’extrême gauche un argument à part entière, à la fois contre la gauche italienne et contre la France d’Emmanuel Macron, dans la campagne des européennes à venir.

De leur côté, les principaux intéressés ont choisi, à ce stade, de garder le silence. Dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, leur avocate parisienne, Irène Terrel, a déclaré qu’elle espérait ne pas avoir, dans les prochains mois, à mener une nouvelle bataille judiciaire. Tout en dénonçant un Etat italien « assoiffé de vengeance » qui, dans la mise en scène du retour de Cesare Battisti, a eu un « comportement inacceptable pour des institutions démocratiques ».

  • assoiffé de vengeance:
20190207-p4-rome.txt · 最后更改: 2019/02/13 07:37 由 82.251.53.114