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Dick Cheney et le vice du pouvoir absolu

Une scène de « Vice », montrant Dick Cheney (Christian Bale) et George W. Bush (Sam Rockwell). MATT KENNEDY Alain Frachon

Comment le vice-président de George W. Bush fut l’un des acteurs-clés de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis

Adam McKay promène sa carcasse de bon géant – 1,98 mètre – avec un sourire d’ado qui prépare un mauvais coup. « La prochaine fois, je pourrais bien m’attaquer au réchauffement climatique, dit-il. Mais ce sera sous forme comique, je ne veux pas que mes enfants me prennent pour un sinistre. » Il y a peu de risque. Le réalisateur américain, 50 ans, vient de là – de la comédie. C’est sa manière de raconter des tragédies.

  • carcasse
  • préparer un mauvais coup
  • un sinistre

Il nous reçoit à Paris, où il est venu présenter son dernier film. Vice relate comment Dick Cheney, le vice-président de George W. Bush (2000-2008), fut l’un des acteurs-clés d’un désastre stratégique majeur : l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. Le casier judiciaire de McKay s’épaissit. En 2015, avec The Big Short (Le Casse du siècle), il pourfendait la cupidité et la stupidité de Wall Street, responsables d’une autre catastrophe planétaire : la crise de 2008 et ses métastases, qui secouent encore l’Amérique et l’Europe. Donald Trump et ses adorateurs populistes européens, poursuit McKay, sont les enfants de l’opération en Irak et de la crise des subprimes.

  • le casier judiciaire de McKay s’epaissit。 le casier judiciaire: 犯罪记录。
  • la cupidité et la stupidité de Wall Street: 华尔街的唯利是图和愚蠢
  • metastases: 原意是癌症病灶的转移
  • la crise des surprimes 次贷危机

Ce jeudi 7 février, à Paris, le cinéaste « refait les comptes ». L’invasion de l’Irak a semé la mort et le chaos dans ce pays. Elle a relancé le djihadisme comme jamais. Elle a donné naissance à l’organisation dite Etat islamique. Celle-ci a ravagé l’Irak puis la Syrie et multiplié les attentats en Europe. Plusieurs centaines de milliers d’Irakiens et plus de 4 500 soldats américains ont été tués dans ces années de plomb – de 2003 à aujourd’hui. Les images d’Abou Ghraïb, tout comme celles de Guantanamo, ont miné la réputation de la plus puissante des démocraties de la planète. Le bilan est celui d’un drame de proportion biblique.

  • ces années de plomb: périodes marquées par le terrorisme et la restriction des libertés. 原意是特指60到80年代的欧洲
  • un drame de proportion biblique: 史诗般规模的悲剧

Mais pourquoi Richard Cheney dans le rôle du prince des ténèbres ? Qu’avait-il de particulier, ce politicien venu du Wyoming, « un pays de bons gars », « solides » ? interroge McKay. Comment Cheney est-il devenu l’un des chefs d’orchestre de la débâcle irakienne ? Vice dresse le portrait magistral d’un bon vivant, paresseux, plus porté sur la bière que sur les études, qui, sous la houlette de sa femme, va se transformer en professionnel de la politique. Il commence au bas de l’échelle, à Washington : assistant parlementaire, au service de Donald Rumsfeld, un des élus républicains les plus en vue dans les années 1960. Au fil des ans, il devient l’un des chefs opérateurs de cette machinerie compliquée qu’est le pouvoir washingtonien – tour à tour secrétaire général de la Maison Blanche, élu républicain de choc à la Chambre, ministre de la défense, patron de la firme de logistique pétrolière Halliburton, le temps d’une présidence démocrate, puis vice-président de George Bush junior.

  • le prince des ténèbres
  • la débâcle irakienne
  • porté
  • sous la houlette de sa femme 在他夫人的领导下。 houlette原意是权杖

Le ressort de Cheney : le pouvoir

  • 切尼的动力:权力

Gouverneur du Texas, aimable fils à papa, qui consacra une partie de sa jeunesse à la bamboche, George W. Bush est un homme inexpérimenté quand il arrive à la Maison Blanche en janvier 2001. Il a besoin d’un « vieux pro » à la vice-présidence. « Le ressort de Cheney, ce n’est pas l’argent, la luxure ou la célébrité, c’est le pouvoir, quelque chose d’aussi fort que l’amour quand on y a goûté », dit McKay. Sans doute. Mais Cheney n’est pas un cynique. Républicain de conviction, ultranationaliste, son bilan de législateur est certifié droite-droite-droite : toujours plus de dépenses militaires et toujours moins d’Etat social ; pour la liberté des ventes d’armes individuelles et contre l’avortement, etc.

  • la bamboche: partie
  • un cynique: 犬儒主义者
  • pour la liberté des ventes d’armes individuelles:拥护个人持枪的自由
  • Contre l’avortement: 反对堕胎

Cheney croit dans une supériorité naturelle de l’Amérique, lui donnant vocation à exercer, avec ses alliés, une manière de leadership, économique et stratégique, sur les affaires du monde. Dans l’exercice de cette responsabilité, la Maison Blanche doit avoir carte blanche, si l’on ose dire. Comme nombre de ses amis politiques, Cheney vit très mal la diminution des pouvoirs de la présidence qui a suivi la démission du républicain Richard Nixon, en 1974. C’était à la suite du scandale du Watergate, opération d’espionnage du quartier général démocrate, à Washington, par une équipe de branquignols protégée par la présidence. « Accro au pouvoir », explique McKay, Cheney défend l’interprétation la plus musclée des privilèges de l’exécutif.

  • une équipe de branquignols protégée par la présidence 总统府保护下的一队傻瓜。
  • accro au pouvoir: 权力上瘾

Le Machiavel du Wyoming

Patron du Pentagone dans le gouvernement de George H.W. Bush (le père), il a vécu la première intervention américaine dans le Golfe. En 1991, les Etats-Unis et une large coalition internationale chassent l’armée irakienne du Koweit. Ruiné par ses huit années de guerre contre l’Iran (1980-1988), Saddam Hussein voulait mettre la main sur le pétrole de son petit voisin du sud. Sans l’avoir dit publiquement – il est trop matois –, Cheney regrette que Bush n’ait pas poussé jusqu’à Bagdad pour y renverser un régime à la rhétorique de plus en plus radicale dans la région – et qui terrorise l’allié saoudien des Etats-Unis. Vice-président, Cheney va s’entourer de gens qui pensent comme lui : il faut régler son compte à « Saddam ».

  • matois:qui dissimule sa ruse sous une apparence bonhomme
  • renverser un régime 推翻一个政权(VPF.p.44)
  • régler son compte: 清算

L’occasion, ce sera les attentats du 11 septembre 2001, les 3 000 victimes d’Al-Qaida. Peu importe que l’Irak n’y soit pour rien. On invente des prétextes, on ment, on manipule l’information. Chacun a ses raisons. Les nationalistes comme Cheney veulent rétablir le prestige des Etats-Unis au Moyen-Orient, écorné dans l’humiliation du 11-Septembre. Les néoconservateurs, eux, veulent « démocratiser » le Moyen-Orient. On fera à Bagdad ce que les Etats-Unis ont fait à Tokyo et à Berlin en 1945. Le président n’est pas le moins décidé, il a ses raisons. Bush junior veut faire mieux que son père : il ira, lui, à Bagdad. Contrairement à ce que le film peut, involontairement, laisser entendre, le pétrole ne joue pas grand rôle dans cette histoire – même si Halliburton a empoché quelques gros contrats en Irak. La décision de renverser Saddam Hussein était prise avant même celle d’intervenir en Afghanistan, où le régime des talibans abritait Al-Qaida.

  • empocher quelques gros contrats: empocher: (英)pocket

Mais l’homme-orchestre de la campagne de « fake news » destinée à tromper l’opinion, celui qui à cette fin va mobiliser, réinventer, outrepasser les pouvoirs de la présidence, c’est bien Dick Cheney, appuyé par une équipe qui double celle de la Maison Blanche. Le Machiavel du Wyoming était alors au sommet de son art, porté, raconte McKay, par ce ressort intime : l’amour-passion du pouvoir.

20190213-p14-cheney.txt · Last modified: 2019/02/15 19:22 (external edit)