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Le cybersexisme, une violence qui reste impunie

Marie-Pierre Badré

Les sanctions contre les auteurs de harcèlement sexiste sur Internet demeurent trop rares, déplore Marie-Pierre Badré, présidente du Centre Hubertine-Auclert pour l’égalité des sexes

Les affaires de harcèlement sont de plus en plus médiatisées. De nombreuses femmes journalistes, militantes ou femmes politiques en ont été victimes. Ce phénomène n’est pas nouveau : il touche des femmes connues ou anonymes, de tous les âges, de tous les milieux. Injures, diffusion de rumeurs, commentaires ou photomontages humiliants, menaces de violences (notamment sexuelles) : le cybersexisme a de nombreux visages. Certains hommes qui ne répondent pas aux normes de la masculinité dominante le subissent également. Le cybersexisme est le prolongement du sexisme ordinaire, amplifié par les possibilités offertes par les nouvelles technologies.

En 2016, le Centre Hubertine-Auclert a réalisé une étude chez des adolescents de la 5e à la 2de. Les constats sont édifiants. Les jeunes femmes sont davantage l’objet d’insultes sur leur apparence physique (20 %), et les garçons d’insultes homophobes (13 %). Les jeunes femmes sont deux fois plus la cible de rumeurs sur leur comportement sexuel, réel ou supposé. Les filles sont plus souvent victimes de cyberviolences à caractère sexuel (envoi d’images sans consentement ou réception de contenus sexuels non sollicités). Le constat est le même que chez les femmes journalistes : 66 % d’entre elles, qui ont été victimes de harcèlement en ligne, ont souffert d’attaques sexistes. Elles reçoivent trois fois plus de commentaires insultants, de menaces (y compris de viol) et d’intimidations que leurs homologues masculins.

Les conséquences du cybersexisme ne sont pas virtuelles ; les nombreux témoignages de victimes le montrent. Des lois spécifiques existent pour condamner ces agissements. Le cyberharcèlement est reconnu depuis 2014, il est passible de deux ans de prison (trois ans si la victime a moins de 15 ans) et 30 000 euros d’amende. La diffusion sans l’accord d’images à caractère sexuel, le « revenge porn », est passible de deux ans de prison et de 60 000 euros d’amende. Depuis 2018, les organisateurs de raids peuvent être punis, tout comme chaque personne ayant participé au harcèlement. Ces textes sont encore méconnus et les sanctions sont trop rares !

Campagnes de prévention

Les cyberviolences doivent être prises au sérieux dès le dépôt de plainte et les condamnations plus nombreuses. Des moyens adaptés doivent être affectés à la conduite des enquêtes pour identifier et sanctionner les auteurs. Le procès gagné par Nadia Daam contre certains de ses harceleurs l’a montré : il est possible de les condamner. Cela doit s’appliquer à toutes les victimes, qu’elles puissent ou non médiatiser leur situation.

Des campagnes de prévention sont nécessaires pour rappeler que le virtuel est bien réel. Elles permettent aux auteurs de prendre conscience de la gravité de leurs actes. La campagne et le site Stop-cybersexisme.com du Centre Hubertine-Auclert proposent des conseils et ressources utiles pour toutes et tous : témoins, victimes, proches.

Il est temps de mettre fin à l’impunité des auteurs de cybersexisme et de cyberharcèlement sur Internet. Il est temps que les plates-formes et réseaux sociaux jouent leur rôle dans la modération de ces contenus. Il est temps qu’Internet devienne un espace libre d’expression pour toutes et tous.

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Marie-Pierre Badré est déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes auprès de la présidente de la région Ile-de-France

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