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Julie Fuchs, diva de caractère

Julie Fuchs le 6 décembre 2018 à Arcueil (Val-de-Marne), dans les locaux du sculpteur Lorenzi. DIE FRAU Marie-Aude Roux

La soprano française sort un disque, donne deux récitals et est l’invitée de France Musique

PORTRAIT

Des pas décidés, une vibration dans l’air, Julie Fuchs est entrée dans le salon chinois du bel hôtel de La Mirande, à Avignon. Rien de calculé ni d’apprêté chez cette grande et belle jeune femme qui se présente en short noir, cheveux châtains négligemment noués sur le haut de la tête. « Revenir ici me rappelle l’époque où, avec un groupe de copains du c conservatoire, nous chantions pendant le mois du festival dans la rue juste derrière, sous le Palais des papes, dit-elle en buvant un jus d’abricot. On était là, tous les cinq, avec une petite passoire. Un jour, le directeur de l’hôtel nous a invités à y donner un concert. »

La chanteuse a grandi, de 6 à 21 ans, dans la cité des Papes, ville bipolaire, morte en hiver, ressuscitée chaque été par les feux du théâtre. Depuis peu, elle est revenue vivre dans la région : « Plus que le soleil, la lumière me manquait ; et plus que la lumière, l’odeur des pierres au soleil. » Après un été sabbatique en 2018 pour la naissance de son fils, un délicieux petit garçon aux grands yeux noirs prénommé Dario, la soprano vient d’effectuer son retour à la vie d’artiste.

Une rentrée en fanfare avec la parution, chez Deutsche Grammophon, d’un nouvel album, Mademoiselle, dont une partie du programme donnera lieu, en mars, à deux récitals, l’un à la Philharmonie de Paris, l’autre au Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence. Entre-temps, la chanteuse donnera de la voix sur les ondes de France Musique, qui lui consacre une journée spéciale le 18 février.

A 34 ans, la jeune femme a plus que jamais le mistral en poupe. Un parcours d’emblée jalonné de succès – révélation de l’Adami en 2009, premier prix de chant au Conservatoire de Paris en 2010, révélation lyrique des Victoires de la musique en 2012, deuxième prix du concours Operalia Placido Domingo en 2013, artiste lyrique de l’année aux Victoires de la musique en 2014. La liste n’est pas exhaustive. La signature d’un contrat d’exclusivité chez Deutsche Grammophon, en 2015, l’a propulsée dans le peloton de tête de la jeune génération du chant français, prototype de la chanteuse moderne, décomplexée à la vie comme à la scène. Et sur les réseaux sociaux, où elle est très active. « Ils ont changé la donne en rendant les artistes plus accessibles, dit-elle, au point que c’est devenu compliqué d’établir une frontière entre vie publique et vie privée. Parfois, c’est plus simple de dire la vérité. »

La cantatrice ne s’en est pas privée qui a révélé sur sa page Facebook, le 20 avril 2018, que l’Opéra de Hambourg venait de l’éjecter, à quelques jours des répétitions, de La Flûte enchantée où elle faisait la prise de rôle de Pamina. Le motif ? Ses quatre mois de grossesse. Tollé sur la Toile. « Au départ, je voulais juste qu’on sache que ce n’était pas ma décision et qu’une femme enceinte n’est pas malade ni trop fragile pour chanter, explique-t-elle. Mais devant le nombre de messages de collègues ayant vécu la même situation, voire pire, je me suis dit qu’il fallait aller jusqu’au bout. »

Tout en assumant crânement son ventre rond et le rôle-titre du Couronnement de Poppée, de Monteverdi, dans les mois qui suivent à Zurich, Julie Fuchs intente une action à l’encontre des Hambourgeois (elle apprendra au passage que personne n’a jamais cru bon d’informer la metteuse en scène, Jette Steckel, de sa mise à l’écart). Une première transaction a minima refusée, la chanteuse finit par obtenir l’intégralité de son cachet.

« Rébellion »

Rien d’étonnant à ce que les héroïnes choisies par Julie Fuchs dans son nouvel album soient des femmes de caractère. « L’idée de Mademoiselle est née autour de rôles qui me touchent et ont pour point commun des personnages d’orphelines, capables de rébellion », confie-t-elle. Aux côtés de tubes comme le fameux Il faut partir de La Fille du régiment de Donizetti, deux airs de la comtesse Adèle dans LeComte Ory de Rossini – un rôle dans lequel Julie Fuchs a tout simplement enflammé l’Opéra-Comique en décembre 2017 –, des premières mondiales de Pacini, Raimondi, Fioravanti, Barbieri sous la direction avisée d’Enrique Mazzola à la tête de l’Orchestre national d’Ile-de-France. Après l’opérette des années folles (son premier disque, Yes !, en 2015), la folie du bel canto, un virage pris avec panache.

Mutine et solaire, la soprano s’est d’abord imposée dans des tonalités comiques – Ciboulette de Reynaldo Hahn, la comtesse de Folleville du Voyage à Reims de Rossini, la coquette Musetta de Puccini (La Bohème) ou Marie, la vivandière de La Fille du régiment. Ces deux dernières années l’ont vue passer chez Mozart de la sensuelle Zerline du Don Giovanni d’Aix-en-Provence à la tragique Giunia de Lucio Silla, à Madrid. Mais Julie Fuchs s’est aussi imposée en amoureuse sacrifiée dans la création de Luca Francesconi, Trompe-la-Mort, à l’Opéra de Paris, dans la Leila des Pêcheurs de perles, de Bizet, au Théâtre des Champs-Elysées, dont témoigne un enregistrement unanimement plébiscité, paru en mai 2018, chez Pentatone. Plus que versatile, curieuse et gourmande. Son dernier récital parisien, le 21 janvier, au Théâtre de l’Athénée, n’affichait-il pas côte à côte Debussy et Poulenc, Björk et Barbara, Cole Porter et George Crumb ?

Abattage, sensualité, bonheur de la scène, Julie Fuchs séduit. Comme sa voix ronde et fruitée à la projection puissante, aux aigus lumineux et épanouis, passant du baroque au contemporain, du belcanto au jazz, avec une aisance et une justesse d’intonation forgée à la pratique du violon dès l’enfance. Car la voix n’est arrivée qu’à l’adolescence. « Tout a commencé avec le projet “Voices of Europe” coordonné par Reykjavik. A l’instar de chaque autre capitale culturelle de l’an 2000, Avignon devait rassembler un chœur a cappella de dix jeunes chanteurs. J’étais parmi les plus jeunes. » Durant un mois et demi, Julie Fuchs tournera en Islande, en Europe, chantant Messiaen, Arvo Pärt, Björk. « Au retour, je n’ai plus voulu que ça s’arrête », dit-elle.

Après un peu de théâtre, la jeune fille entre dans la classe d’art lyrique de Pierre Guiral, qui vient de prendre la direction du conservatoire d’Avignon. Suivront quatre années heureuses au Conservatoire de Paris, où l’étudiante se lie à un groupe de musiciens restés ses amis – le chef d’orchestre Maxime Pascal et son ensemble Le Balcon, le pianiste Alphonse Cemin, partenaire attitré avec lequel elle a enregistré chez Aparté un tout premier disque consacré aux œuvres de jeunesse de Mahler et de Debussy.

Portée par ce courant jubilatoire, l’imprudente aurait pu monter trop haut du côté du soleil. Mais un avertissement lui a été envoyé. « J’avais toujours eu l’impression qu’il me suffisait d’ouvrir la bouche pour chanter, confie la soprano. Un jour, je suis tombée malade et n’ai pas voulu m’arrêter. J’ai chanté avec une laryngite. Le lendemain, j’étais aphone. » Julie Fuchs reconnaît qu’elle a appris à faire attention, mais qu’elle y a pris du plaisir. « Quand on contrôle l’état de sa voix, on est beaucoup plus ouvert… », constate-t-elle. Sans doute est-ce cette générosité qui a touché le cœur de la France le 9 décembre 2017 lorsqu’en l’église de la Madeleine s’est élevée pour Johnny Hallyday la voix pure de Julie Fuchs dans l’Ave Maria de Schubert. Une prière à l’unisson du violoncelle élégiaque de Gautier Capuçon et du piano fraternel d’Yvan Cassar.

Disques. Mademoiselle, avec l’Orchestre national d’Ile-de-France, Enrique Mazzola (direction). 1 CD Deutsche Grammophon/Universal Music. Les Pêcheurs de perles, de Bizet. Avec Julie Fuchs, Cyrille Dubois, Florian Sempey, Les Cris de Paris, Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch (direction). 2 CD Pentatone. Concerts. Récitals avec l’Orchestre national d’Ile-de-France, Enrique Mazzola (direction). A la Philharmonie de Paris, le 7 mars à 20 h 30. Tél. : 01-44-84-44-84. De 20 € à 25 €. Au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), le 9 mars à 20 heures. Tél. : 08-20-13-20-13. µDe 6 € à 36 €. Lestheatres.net. Carte blanche à Julie Fuchs sur France Musique, le 18 février toute la journée.

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