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INTERNATIONAL|CHRONIQUE

La Chine nous fait peur

Par Alain Frachon

Omniprésente, la Chine est chez nous, en Europe. Elle est là pour rester, avec nous – et contre nous aussi. Si elle va mal, nous allons mal : une Chine fâchée avec la croissance ne fait pas nos affaires. Mais une Chine conquérante, sûre d’elle-même et de sa force, « c’est une menace à bas bruit », dit l’un de ses familiers. La Chine aimerait séduire.

  • omniprésente: 无处不在
  • une Chine fâchée avec la croissance ne fait pas nos affaires: 一个对于发展感到愤怒的中国不会和我们做生意。
  • une menace a bas bruit: 低噪音的威胁。

La vérité est qu’elle fait peur, à tort ou à raison. Et ce sentiment-là, la peur, est en passe de dominer les relations entre la Chine et une partie de ses partenaires étrangers, en Europe et ailleurs. Pékin ne peut pas l’ignorer. Nous entrons dans un monde où la masse chinoise entend faire sentir sa prépondérance. C’est presque une impression physique. A côté, nos petites affaires de continent querelleur, à nous Européens, paraîtront un jour, au regard de l’histoire qui s’annonce, comme plaisanteries de garçons de bain.

  • a tort ou a raison: right or wrong
  • entend faire sentir sa prépondérance: 想让大家感受到中国的重要性
  • plaisanteries de garçons de bain 澡堂里的男孩的玩笑

Nécessité pédagogique, il faut ressasser quelques-unes des vérités factuelles qui vont façonner la mondialisation de demain – une globalisation aux caractéristiques chinoises affirmées. Dans son Trump et Xi Jinping, les apprentis sorciers (L’Observatoire, 2018), aussi didactique que pessimiste, l’économiste Christian Saint-Etienne rappelle une donnée de base : d’ici à 2050, demain en somme, la Chine représentera 20 % de la richesse mondiale, l’Inde 15 %, les Etats-Unis 12 % et l’Union européenne 9 %.

  • necessite pédagogique: 教学必须
  • ressasser: dwell on. (VPF.p.230) Nina pardonne a Felix, elle passe l’éponge, car il faut tourner la page, changer de paysage, comme dit la chanson de Nourgaro: il faut passer à autre chose et ne pas ressasser = remâcher = ruminer les memes tristes pensées.
  • quelques-uns des vérités factuelles: some of the facts
  • façonner la mondialisation de demain: shape the globalization of tomorrow.
  • Une globalisation aux caractéristiques chinoises affirmées: 有显著的中国特色的全球化。
  • dans son…. 后面是文章的题目: Trump et Xi Jinping, les apprentis sorciers
  • les apprentis sorciers: 巫师的学徒们
  • didactique:教育性的 这句也用了aussi …que 的句型。 既有教育意义也悲观
  • en somme: 总之

La deuxième économie du monde va vite devenir aussi la première ou, derrière les Etats-Unis, la seconde puissance technologique de la planète. Géant militaire en formation, sa marine devrait dépasser celle des Etats-Unis en 2030 (500 unités contre 350). Puissance financière, elle se livre à une « débauche d’investissements » à l’étranger, pour reprendre l’expression de François Godement de l’Institut Montaigne – qui, avec Abigaël Vasselier, signe La Chine à nos portes, une stratégie pour l’Europe (Odile Jacob, 2018). Enfin, la Chine affiche sa volonté d’expansion géopolitique et le désir d’imprimer sa marque sur la mondialisation avec son projet des « nouvelles routes de la soie ».

  • imprimer sa marque 留下她的印记

Les Etats-Unis, qui n’ont pas peu contribué au renouveau économique de la Chine, la qualifient aujourd’hui de « concurrent stratégique ». Ils l’accusent de comportement déloyal, d’être une fausse économie de marché, bref de mener une politique de prédation aux fins de prendre le relais de l’Amérique dans l’exercice du « leadership mondial ». Le dépit américain est fort. Favorisant l’entrée de Pékin à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, les Etats-Unis avaient rêvé une autre Chine : elle aurait joué franc jeu et doucement évolué vers une forme d’ouverture politique.

  • comportement déloyal 不正大光明的行为
  • une fausse économie de marché 虚假的市场经济
  • une politique de prédation 损人利己的政策
  • le dépit américain est fort 美国的嫉恨是强烈的。
  • jour franc jeu 公平游戏

Comme Barack Obama mais de façon moins subtile, Donald Trump a choisi la confrontation avec la direction chinoise. A Washington, républicains et démocrates sont d’accord sur le diagnostic. Les Européens aussi, sans doute, mais ils n’osent pas le dire. L’équipe de Xi Jinping, le numéro un chinois, crie à l’injustice. Incurables colonialistes, les Occidentaux se refuseraient à reconnaître à la Chine la place qui lui revient – celle d’une très grande puissance.

  • incurables colonialistes: 不可救药的殖民主义者

La Chine ne comprend pas, ou feint de ne pas comprendre, la peur que suscite son expansionnisme économique et politique. Celle-ci comporte sans doute une part d’irrationnel. Mais cette peur tient aussi, et très largement, au comportement de la Chine de Xi Jinping elle-même, comme l’expliquent Sophie Boisseau du Rocher et Emmanuel Dubois de Prisque dans un livre passionnant : La Chine e(s) t le monde, essai sur la sino-mondialisation (Odile Jacob, 298 pages, 23,90 euros).

  • ou feint de ne pas comprendre: 或者假装不懂

Radicalité et irénisme

Quel Xi faut-il croire ? Celui qui, à Davos début 2017, dresse le portrait d’une mondialisation heureuse, une martingale gagnant-gagnant (expression adorée du régime), grâce à une Chine ouverte et en quête d’harmonie avec le reste du monde ? Ou celui qui, plus tard à Pékin, devant le XIXe congrès du parti, déploie la rhétorique d’un nationalisme ombrageux, mentionnant 133 fois le rôle-clé du PCC, au cœur de l’Etat et dans les entreprises, chargé d’assurer la « renaissance chinoise » dans un monde censé y être hostile ?

  • une martingale gagnante-gagnant:双赢的亏损加仓。
  • déployer la rhétorique d’un nationalisme ombrageux

Les deux auteurs s’interrogent sur cette contradiction entre la radicalité du discours intérieur et l’irénisme du discours extérieur chinois. Pour sa croissance, la Chine a besoin d’ouverture sur l’extérieur, que ne facilite pas sa politique de fermeture à l’intérieur. Rien n’illustre mieux l’appréhension suscitée par Pékin que les malheurs actuels de Huawei, l’un des géants chinois des télécoms. Nombre de pays européens hésitent à lui confier une part de marché dans la logistique de la 5G, de crainte que la firme ne se livre à des opérations d’espionnage sur ordre des autorités chinoises.

  • l’irénisme 求同存异主义

Crainte exagérée sans doute. Mais elle vient directement des pratiques à tendance totalitaire d’un PCC érigé par Xi en moteur exclusif de la dynamique chinoise, et qui, à domicile, expérimente, par le biais de la technologie, un contrôle orwellien de la population. En toile de fond de la peur que la Chine suscite, il y a encore la bataille culturelle menée par Pékin contre les Occidentaux. Contradiction là aussi entre la volonté d’investir à l’Ouest et de poser, en Chine, les valeurs occidentales comme hostiles au pays.

  • par le biais de la technologie: 借助科技的手段
  • un contrôle Orwellian: 奥维利尔式的控制
  • en toile de fond de la peur que la Chine suscite 以中国激起的恐惧为背景。

Peut-on investir librement en Europe et aux Etats-Unis tout en luttant farouchement en Chine contre l’influence occidentale ? En fermant les centres culturels américains, en vidant l’enseignement de toute référence aux « valeurs » occidentales ? Paradoxalement, la Chine entreprend d’étendre son influence à l’étranger au moment précis où elle se referme à l’intérieur. Il est vrai que la dialectique maoïste permet de casser les briques sans les toucher.

  • farouchement 疯狂地
  • la dialectique maoïste 毛的辩证法
  • casser les briques sans les toucher
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