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Magnétique « Lac des cygnes »

Les femmes-oiseaux du « Lac des cygnes », à l’Opéra de Paris, en novembre 2018. JULIEN BENHAMOU Rosita Boisseau

Le ballet chorégraphié par Noureev est à l’affiche de l’Opéra Bastille

DANSE

On ne s’en lassera jamais. Un lac, des cygnes. Un arc, des flèches. L’amour, la mort. Sortilège et tragédie serrés dans le même nœud. Plumé dans tous les sens par nombre de relectures classiques et contemporaines, Le Lac des cygnes, sur la musique de Tchaïkovski, reste irréductible. A l’Opéra national de Paris, la version chorégraphiée en 1984 par Rudolf Noureev, d’après celle créée en 1895 par Marius Petipa (1818-1910) et Lev Ivanov (1834-1901), arrive en tête des productions avant Giselle et Casse-Noisette. A l’affiche depuis le 16 février, jusqu’au 13 mars, le spectacle rassemblera au total 54 000 spectateurs à l’Opéra Bastille.

  • Un arc, des flèches: 弓,箭
  • sortilège et tragédie: 魔法和悲剧
  • Plumé dans tous les sens par nombre de relectures classiques et contemporaines
  • irréductible

Comment expliquer le magnétisme longue durée de ce mythe ? Monument d’écriture et de beauté avec ses escouades de cygnes glissant sur scène, Le Lac se révèle toujours. L’histoire de ce prince qui tombe sous le charme d’une femme-cygne, essence d’étrangeté devenue l’emblème de la ballerine classique, compile des thèmes existentiels intemporels. Amour, sorcellerie, métamorphose, fatalité y assurent un trafic émotionnel saturé. Quant au coup de patte Noureev, adepte de virtuosité casse-gueule, il garantit non seulement au ballet son haut niveau technique mais étaye une profondeur psy en se concentrant sur le prince et son homosexualité suggérée. Et c’est le lyrisme conflictuel de Tchaïkovski qui emporte la boule de nerfs.

  • magnétisme
  • escouade: square.
  • étrangeté
  • emblème
  • compile des thèmes existentiels intemporels
  • coupe de patte
  • virtuosité casse-gueule
  • étayer
  • une profondeur psy
  • la boule de nerfs.

Epreuve du feu pour les danseurs, très perceptible mardi 19 février, avec les jeunes étoiles Léonore Baulac et Germain Louvet, la version Noureev complexifie le livret et donne du fil à retordre question interprétation théâtrale. Le couple formé par le prince Siegfried et la femme-cygne Odette est au cœur d’un jeu triangulaire et de doubles qui affole définitivement les compteurs de l’amour. L’idée-maîtresse de Rudolf Noureev : faire un seul personnage des rôles de Wolfgang, précepteur du prince, et du sorcier Rothbart. Interprété par le même danseur, ce héros masculin ambivalent devient diaboliquement manipulateur, séducteur, en mettant Siegfried sous sa coupe. Il se superpose à l’autre figure jumelle au cœur du Lac des cygnes, celle d’Odette le cygne blanc et Odile le cygne noir qui se fait passer pour la première et va tromper le prince, les deux rôles féminins étant endossés par la même interprète. Vertige de l’identique, trouble et confusion, le destin de Siegfried est vite plié.

  • épreuve du feu .
  • complexifier le livret
  • donner du fil a retordre question interprétation théâtrale
  • l’idee-Maîtresse
  • endosser

Imbriqués l’un dans l’autre, ces effets miroirs donnent lieu à des séquences chorégraphiques et, en particulier, des pas de trois, cinglants. Odette-Odile se révèle l’une des partitions les plus extrêmes et accidentées à surmonter. « Une douce victime amoureuse d’un côté, une garce prédatrice et hypocrite de l’autre », résumait Ghislaine Thesmar, étoile de l’Opéra de Paris de 1972 à 1983, coach des stars. Wolfgang-Rothbart exige une autorité pénétrante qui sait lentement mais sûrement coloniser et retourner le prince incertain.

  • imbriquer
  • donner lieu a
  • cinglants
  • une garce prédatrice et hypocrite

Tableaux féeriques

Dans ce rôle de prédateur, tout en fréquences subtiles, le premier danseur François Alu, crâne rasé et légère barbe, ovationné après un solo bondissant sans bavures, a su majorer la cruauté du personnage. Sa victoire finale ressemble au dernier coup de croc d’un fauve. Le pas de trois de l’acte III, ajouté par Noureev, entre le cygne noir, le prince et Rothbart, est un engrenage de forces méchamment contraires.

  • crâne rasé: 剃了光头
  • légère barbe:
  • un solo bondissant:
  • sans bavures
  • la cruauté
  • coupe de crocs d’un fauve
  • pas de trois: 三人舞
  • un engrenage de forces méchamment contraires.

Cette triplette fatale est soutenue par le corps de ballet, imposant, composé de soixante-quatorze danseurs. Tendance princière d’un côté avec des scènes de bal parfois un peu décoratives mais valorisantes, tant le dynamisme des interprètes les fouette ; hordes de volatiles de l’autre avec leurs rubans de figures géométriques simplement savantes. Le Lac des cygnes, c’est d’abord et avant tout ces tableaux féeriques de femmes-oiseaux au cou et aux bras souples qui coulissent et glissent d’un cercle à un serpentin avant de pointer en flèche. Pur classique abstrait dont la puissance suggestive ne flanche jamais, l’acte II est en soi un monde inégalé. Reconnue de tous au point d’être devenue l’objet de variations caricaturales, la séquence des quatre petits cygnes, les bras fermement liés les uns aux autres, excite la rythmique de l’oiseau par ses piqués, ses à-coups, ses changements de direction vifs. Choisies parmi les petits gabarits de la compagnie, les interprètes doivent savoir faire corps commun.

Cet acte II ainsi que le IV ont été à l’origine signés par l’assistant de Marius Petipa, Lev Ivanov. D’abord chorégraphié en 1877 par un certain Wenzel Julius Reisinger, le ballet fut un bide. Il est repris en 1894 : Lev Ivanov monte le deuxième acte à Saint-Pétersbourg dans le cadre d’un hommage à Tchaïkovski, mort en 1893. Le succès de ce morceau choisi pousse Petipa à présenter le spectacle dans sa totalité. En 1895, Le Lac des cygnes, par Petipa et Ivanov, est créé au Théâtre Mariinsky. Depuis, ce chef-d’œuvre est devenu une mine d’or. Parallèlement à l’Opéra de Paris, le ballet est à l’affiche du Palais des Congrès, à Paris, du 6 février au 31 mars, avec l’Opéra national de Russie. Quant au chorégraphe contemporain Radhouane El Meddeb, il vient de mettre en scène sa vision du Lac pour le Ballet de l’Opéra national du Rhin, programmé, du 27 au 30 mars, au Théâtre national de Chaillot.

Le Lac des cygnes, de Rudolf Noureev d’après Marius Petipa et Lev Ivanov. Opéra Bastille, Paris 12e. Jusqu’au 13 mars.

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