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Escalade militaire entre le Pakistan et l’Inde

Manifestation à Karachi (Pakistan), le 24 février. Sur la pancarte, le dirigeant indien, Narendra Modi. RIZWAN TABASSUM/AFP Julien Bouissou

Islamabad a affirmé, mercredi, avoir abattu deux avions indiens, au lendemain de frappes sur son sol

NEW DELHI - correspondant régional

Le Pakistan affirmait, mercredi 27 février au matin, avoir abattu deux avions de combat indiens, dont deux pilotes ont été fait prisonniers, alors que ces derniers venaient une nouvelle fois de pénétrer dans son espace aérien, au lendemain d’un bombardement indien sur son sol, qui, selon New Delhi, aurait visé un groupe islamiste. Selon Islamabad, les frappes aériennes de mercredi dans la zone de la ligne de contrôle qui le sépare de l’Inde avaient pour « seul but de démontrer son droit, sa volonté et sa capacité à l’autodéfense ». Ces informations n’ont pas été confirmées par New Delhi mercredi matin. Les deux pays ont fermé leur espace aérien civil au nord de l’Inde et à l’est du Pakistan.

La ministre indienne des affaires étrangères, Sushma Swaraj, avait assuré mardi matin que son pays ne souhaitait pas d’« escalade » militaire avec le Pakistan et avait promis de « continuer à agir avec responsabilité et retenue ». L’Inde a qualifié ses bombardements de mardi près de Balakot, au Pakistan, de « frappes préventives » pour se protéger de futures « attaques terroristes ». Le groupe islamiste Jaish-e-Mohammad (JeM) visé par les frappes avait revendiqué l’attaque suicide d’un convoi militaire qui a tué au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février dans la partie du Cachemire contrôlée par l’Inde. Ce même groupe était également derrière l’attaque d’une base militaire indienne en 2016 à Uri, et du Parlement à New Delhi en 2001.

  • retenue: 节制

Le Pakistan avait reconnu que des avions de combat indiens avaient pénétré mardi dans son espace aérien et largué une « charge utile » à Balakot mais sans faire de victimes ni dégâts, tout en dénonçant une « agression grave » et en promettant une réplique « à l’heure et à l’endroit de son choix ». Le général Asif Ghafoor, porte-parole de l’armée pakistanaise, a précisé qu’une réunion du comité chargé de superviser l’arsenal nucléaire se tiendrait mercredi. « Avec le bon sens qui a échappé à l’Inde, la région entière se tient au bord de l’inconnu » s’inquiète le quotidien pakistanais Dawn qui évoque la « possibilité d’une guerre ».

  • reconnu: reconnaître 的过去分词。 承认
  • larguer: 投掷
  • une charge utile: payload
  • sans faire de victimes ni dégâts: 没有造成人员伤亡和物资损失
  • dénoncer: 谴责
  • promettre une réplique a l’heure et a l’endroit de son choix: 承诺在自己选择的时间地点予以回应

Lignes rouges franchies

  • 红线被跨越

C’est la première fois depuis la guerre de 1971 que des avions de combat indiens ont lancé des frappes aussi loin en territoire pakistanais. En choisissant de cibler une localité éloignée de la région disputée du Cachemire et de la ligne de contrôle qui sépare les deux pays, plusieurs lignes rouges ont été franchies par New Delhi. Même lors de la courte guerre du Kargil en 1999, New Delhi n’avait pas autorisé ses avions de combat à s’éloigner de la zone de la ligne de contrôle par crainte d’une escalade. Désormais, à chaque attaque suicide d’un groupe originaire du Pakistan, Islamabad s’exposera potentiellement à une riposte militaire indienne.

  • une riposte miliaire: 军事反击

A ces nouveaux rapports de force entre les deux frères ennemis d’Asie du Sud s’ajoute une nouvelle configuration diplomatique. Les Etats-Unis ne se contentent plus d’appeler les deux pays à la « retenue » et au « dialogue » comme au lendemain des « frappes chirurgicales » indiennes menées par des commandos héliportés de 2016 le long de la ligne de contrôle. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a qualifié mercredi les frappes aériennes indiennes d’« actions contre-terroristes » et a demandé à Islamabad d’« agir contre les groupes terroristes opérant sur son sol » tout en appelant les deux pays au dialogue.

L’armée et le gouvernement du Pakistan avaient averti que toute attaque de son voisin l’exposerait à des représailles, même si de nombreux analystes pointaient mardi la vulnérabilité de sa défense militaire. Dans ce contexte, le Pakistan doit réévaluer ses options militaires. « Islamabad est pris dans un dilemme : Il n’y a aucun groupe non étatique menaçant le Pakistan qu’Islamabad puisse bombarder en Inde, et s’attaquer à l’armée indienne provoquerait une escalade militaire », explique Kamran Bokhari, analyste au Center for Global Policy basé à Washington.

L’Inde s’est livrée dans la journée de mardi à un délicat travail d’explication pour éviter les risques d’une escalade militaire entre les deux puissances nucléaires tout en répondant à la colère du pays. Un haut diplomate indien, Vijay Gokhale, s’est efforcé de présenter les bombardements indiens comme une légitime défense et surtout pas comme une attaque. Il a précisé que des « camps d’entraînement terroristes » étaient ciblés, à l’« écart des populations civiles » et qu’elles étaient « non militaires », c’est-à-dire qu’aucune infrastructure de l’armée pakistanaise n’a été touchée.

Fièvre nationaliste

Mais les autorités indiennes ont ensuite distillé à la presse des informations bien plus précises et impossibles à vérifier. Selon les médias indiens, douze avions de combat Mirage 2000 auraient largué une, voire plusieurs bombes de 1 000 kilos, et ces « frappes préventives » auraient tué 350 terroristes, dont le beau-frère du chef du JeM, Yusuf Azhar. En quelques heures, une fièvre nationaliste s’est emparée du pays, relayée par les journalistes indiens qui ont diffusé des témoignages de villageois pakistanais ou des images de frappe aérienne sans en vérifier l’origine. De leur côté, les autorités pakistanaises ont emmené des journalistes sur ce qu’elles disent être le lieu de l’attaque. Un journaliste de l’AFP dit avoir vu « un cratère profond d’environ deux mètres et quelques arbres abattus » et un villageois a raconté à l’agence Associated Press que la localité n’abritait pas de madrasa et encore moins de camp d’entraînement.

  • s’emparer de 征服
  • madrasa 卡兰经学校
  • encore moins de
  • camp d'entraînement: 训练营

Les frappes aériennes de mardi ont servi de faire valoir au premier ministre indien Narendra Modi, qui s’est félicité que le pays était entre de « bonnes mains » à quelques semaines des élections prévues en avril et mai. Mardi, le dirigeant indien a pris le métro à New Delhi, où il a été photographié avec un enfant, puis deux musulmans, calot sur la tête et longue barbe, par son service de communication. Il s’est ensuite rendu à une cérémonie organisée par l’Association internationale pour la conscience de Krishna (ISKON) afin de rendre un hommage à la Gita, un texte sacré hindou qui « enseigne l’harmonie et la fraternité ».

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