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VOYAGE

L’Afrique au bas de la rue

Quartier de Shoreditch, à Londres. ANDREW WINNING/ REUTERS

Restaurants, musées, boutiques… Notre sélection, en Europe et ailleurs, pour retrouver la saveur, les talents et l’histoire du continent africain

Pierre Hemme

A Paris

Hype et sape à Château-Rouge

Qui s’intéresse à la présence africaine à Paris est obligé de passer par le quartier de Château-Rouge, autour du métro du même nom. C’est ici, sur le marché Dejean, que chefs réputés (Alexandre Bella Ola, Raoul Coly…) et gastronomes viennent s’approvisionner en ignames, gombos et thiofs (nom du mérou au Sénégal, utilisé pour le thieb). C’est ici aussi que l’on trouve le plus grand choix de pagnes de Paris. Mais Château-Rouge a bien changé ces dix dernières années. Et la mue est visible dès la station de métro où l’artiste contemporain camerounais Barthélémy Toguo a posé, fin 2017, une gigantesque fresque bleutée en céramique de 10 mètres de long. Les adresses chics se multiplient. La rue Myrha, qui fut longtemps un haut lieu de deal, voit aujourd’hui se presser une clientèle huppée et cosmopolite en quête de sape afro-urbaine. Au numéro 37, Sawa Shoes propose des sneakers « 100 % made in Africa » qui ont déjà séduit Oxmo Puccino ou Roschdy Zem. Et au 40 bis, la Maison Château-Rouge, créée il y a à peine quatre ans par Youssouf et Mamadou Fofana, s’est spécialisée dans le streetwear féminin mâtiné de wax. Lassés du shopping ? Passez à La Colonie, à deux stations de métro. Le jour, l’établissement est un lieu de débat et d’expo qui réunit l’intelligentsia afropéenne. La nuit, un bar dans lequel les danseurs poussent les tables pour s’enjailler sur des sons afrobeat, pop et électro.

  • igname: yam
  • une clientèle huppée et cosmopolite
  • sapé Afro-urbaine
  • l’intelligentsia afropeenne
  • s’enjailler

Marché Dejean, rue Dejean. Ouvert tous les jours sauf le dimanche après-midi et le lundi. Maison Château-Rouge, 40, rue Myrha. Sawa shoes, 37, rue Myrha. La Colonie, 128, rue La Fayette.

A Londres

Déferlante arty à shoreditch

Londres accueille depuis plus d’un demi-siècle une importante communauté africaine et caribéenne. Mais ces dernières années, elle est aussi devenue le centre névralgique du marché de l’art afro. Certains rendez-vous sont très suivis, comme la Foire d’art africain contemporain 1-54, qui va fêter sa septième édition du 3 au 6 octobre dans la Somerset House (près de Waterloo Bridge). Shoreditch, surtout, dans le nord-est de la ville, est devenu un quartier incontournable. Après une petite halte au Old Spitalfields Market qui propose un choix vertigineux de spécialités culinaires (notamment éthiopiennes et jamaïcaines), rendez-vous à Rivington Place, à une dizaine de minutes à pied. Ce bâtiment anthracite ponctué de fenêtres irrégulières est l’œuvre de l’architecte d’origine tanzanienne David Adjaye, aujourd’hui anobli. Ses 1 500 m2 abritent régulièrement des expositions, dans la galerie Autograph, faisant la part belle à la diversité culturelle du continent. Jusqu’au 30 mars, on pourra notamment s’immerger dans les gigantesques installations de la photographe et dessinatrice anglo-kényane Phoebe Boswell. Au fil de la promenade dans ce quartier truffé de graffs, vous ferez aussi de belles découvertes comme la boutique du styliste Samson Soboye sur Calvert Avenue (à 500 mètres de Rivington Place) qui s’inspire de ses racines nigérianes et jamaïcaines dans ses collections.

  • le centre névralgique: the nerve center
  • un choix vertigineux
  • anthracite
  • anobli

Old Spitalfields Market, 16 Horner Square. Rivington Place, galerie Autograph (fermé le lundi et le dimanche). Soboye, 13 Calvert Avenue.

A Pointe-à-Pitre

La mémoire de l’esclavage en Guadeloupe

En 2016, seuls 10 % des touristes s’étant rendus en Guadeloupe avaient visité le Mémorial ACTe, Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage. C’est finalement assez peu pour cet établissement placé stratégiquement dans la baie de Pointe-à-Pitre afin d’attirer le regard des croisiéristes… Et surtout pour le plus grand musée du monde, passionnant, consacré à l’asservissement de l’homme par l’homme. Le centre a été ouvert en mai 2015 sur le site de l’ancienne usine Darboussier en Guadeloupe, qui pratiquait encore le travail forcé à la fin du XIXe siècle. Au bord de l’eau, le bâtiment, immense, ressemble à une longue boîte noire couverte d’une résille d’acier argenté. Une première partie, étalée sur 1 700 m2 et éclatée en six archipels, raconte l’histoire de l’esclavage depuis l’Antiquité dans une vaste exposition permanente. Une autre est consacrée aux expositions temporaires. Mais le projet du Mémorial est encore plus tentaculaire : le lieu abrite aussi des spectacles, des conférences, des projections, des ateliers jeune public… Autant d’événements qui invitent à penser aussi bien la traite continentale que la culture créole, la décolonisation des arts ou les migrations contemporaines.

  • l’asservissement
  • une résille d’acier argenté
  • tentabulaire: far-reaching

Mémorial ACTe, rue Raspail, Pointe-à-Pitre. Fermé le lundi.

A Bruxelles

Le Congo dans l’assiette à Matonge

Ce quartier est, à Bruxelles, l’équivalent de Château-Rouge à Paris. Sauf qu’ici, conséquence de la colonisation, la communauté africaine est principalement composée de Congolais. L’occasion de faire une petite escapade gastronomique qui dépasse les classiques que sont le yassa (plat à base d’oignons frits et de riz) ou le mafé (sauce à base de cacahuètes). Le plat star, à Matonge, se fait à base de ntaba, la viande de chèvre qui se déguste cuite au barbecue ou associée à de savoureuses sauces, le soir, à Kinshasa ou Kisangani (République démocratique du Congo). Testez Inzia, le restaurant historique du quartier : il est légèrement plus cher que les autres adresses, mais la qualité est toujours au rendez-vous. Essayez aussi le pondu, un plat congolais très populaire (et roboratif) à base de feuilles de manioc. Moins guindé, Les Tropiques, et ses portions gargantuesques, ainsi que Mpoko Bazar où vous vous régalerez en vous laissant bercer par des airs de rumba congolaise.

  • roborative: restoring
  • feuilles de manioc
  • guindé

Inzia, 37, rue de la Paix, Ixelles. Les Tropiques, 43, rue aux Laines, Bruxelles. Mpoko Bazar, 108, chaussée de Wavre, Ixelles.

A New York

Le « Petit Sénégal » au cœur de Harlem

Dès la sortie du métro de la 116e rue Ouest de New York, les conversations en français et en wolof laissent peu de place au doute. Vous vous trouvez dans le « Little Senegal », une poignée de bâtiments, coincés entre la 5e et la 8e avenue, au cœur de Harlem, principal foyer de la culture afro-américaine. Les cinéphiles retrouveront des images du film de Rachid Bouchareb (Little Senegal, sorti en 2001). Les autres découvriront un surprenant petit bout d’Afrique de l’Ouest recomposé outre-Atlantique. Hommes et femmes en boubou (certains conçus dans le magasin Kilimanjaro, tout proche), mamans portant leur bébé dans le dos, mosquées bondées… Au Malcolm Shabazz Harlem Market, on peut faire le plein de beurre de karité, et commander la confection d’un vêtement à un tailleur plutôt que de se laisser tenter par un bijou ou un vêtement « traditionnel » proposé dans les allées bigarrées du marché. Pour terminer sur une note salée, rendez-vous à La Savane (recommandée par le New Yorker) pour tester la pintade grillée et la sauce gombo. Un quartier à visiter rapidement avant que la gentrification galopante n’ait définitivement raison de ce petit bout d’Afrique.

  • les allées bigarrées
  • la pintade grillée et la sauce gombo

Kilimanjaro, 117 West 116th Street. Malcolm Shabazz Harlem Market, sur la 116e (entre 5th Avenue et Malcolm X Boulevard). La Savane, 239 W 116th Street.

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