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Hécatombe de dauphins sur le littoral atlantique

  • hécatombe:屠杀
  • le littoral atlantique: 大西洋海岸

Dans les filets d’un chalutier au large du golfe de Gascogne, un dauphin vivant a été retrouvé. THEOPHILE TROSSAT POUR « LE MONDE »

Martine Valo

Au moins 600 cétacés se sont échoués sur les plages de l’ouest de la France depuis le mois de janvier

  • s’echouer: 搁浅

REPORTAGE

À BORD DU « SAM-SIMON » - envoyée spéciale

Les pêcheurs du Natif II s’accordent un temps de repos dans la matinée du 27 février, tout en faisant route vers le sud du golfe de Gascogne. Ils semblent vouloir échapper à la présence du bateau de Sea Shepherd – l’organisation de défense de l’océan et en particulier des mammifères marins –, qui les suit de près depuis le milieu de la nuit. Voilà des heures qu’avec La Roumasse, un autre chalutier immatriculé aux Sables-d’Olonne (Vendée), ils tirent chacun une extrémité d’un immense chalut. Au lever du jour, ils l’ont relevé. Un dauphin mort gisait parmi les poissons entassés au fond du filet.

  • chalutier: 拖网渔船
  • chalut:拖网
  • gisait: 躺在 gésir 的未完成过去时。这个动词变位比较特殊
  • entassé: 堆积在。

Depuis, son corps est allongé sur le pont. L’équipe de Sea Shepherd l’a vu distinctement sur les images prises par son drone. Si les marins décident de le jeter par-dessus bord, selon une pratique répandue dans cette zone de pêche, les militants veulent pouvoir saisir la scène de leur appareil photo. Ils sont là pour montrer au public ce qui se passe sur les côtes.

  • par-dessus bord: overboard
  • une pratique répandue: 广泛的做法

La saison de pêche tourne en effet à l’hécatombe cette année pour le cétacé pourtant protégé par plusieurs conventions internationales. En moins de deux mois, au moins 600 d’entre eux, essentiellement des dauphins communs (Delphinus delphis), sont venus s’échouer entre le Morbihan et la frontière espagnole. L’observatoire Pelagis pour la conservation des mammifères et oiseaux marins, une unité mixte de l’université de La Rochelle et du CNRS, estime qu’ils sont sans doute cinq fois plus nombreux à couler au fond de l’océan. Environ 3 000 d’entre eux auraient donc péri depuis début janvier.

  • l'hécatombe: 屠杀。
  • cétacé: 鲸目
  • s'échouer: 上岸搁浅。
  • le Morbihan
  • couler
  • péri: périr的过去分词。 死

Des « prises accessoires »

Voilà trente ans que le phénomène des « prises accessoires », comme les nomment les pêcheurs, sème des carcasses de dauphins sur les plages, surtout celles de Vendée et de Charente-Maritime. Les professionnels ont longtemps cherché à minimiser, voire à nier, l’importance de ces victimes collatérales. Mais les pertes ont de grandes chances d’atteindre à la fin de cet hiver un niveau jamais égalé. Avec les records précédents de 2017 et 2018 (respectivement 970 et 900 échouages), le carnage de dauphins communs se chiffre à plus de 12 000 en trois ans.

En toute légalité : un arrêté du 1er juillet 2011 consacré aux baleines, rorquals, delphinidés, marsouins, cachalots et autres mammifères marins protégés en France précise bien qu’il est interdit de leur faire subir toute destruction, mutilation, capture, poursuite, enlèvement intentionnel, harcèlement. A une exception près : les « captures accidentelles dans les engins de pêche » sont tolérées. Pour leur malheur, les cétacés sont attirés dans le golfe de Gascogne par la présence de petits poissons pélagiques : anchois, sardines, qu’apprécient aussi les bars, merlus, soles, daurades grises… qui suscitent, eux, la convoitise de nombreux pêcheurs.

  • baleines, rorquals, delphinides, marsouins, cachalots
  • petits poissons pélagiques
  • anchois, sardines
  • les bars, merlus, soles, daurades grises
  • la convoitise 贪婪

Il reste néanmoins des dauphins communs bien présents dans la zone. Au lever du jour, un groupe d’une dizaine d’entre eux, de tailles diverses, accompagne un bon moment le Sam Simon, le bateau amiral de Sea Shepherd, sautant au-dessus de la surface et filant comme des torpilles devant sa proue. A bord, vingt-cinq marins et volontaires d’une douzaine de nationalités sont décidés à braquer une lumière crue sur une situation longtemps tue. En 2018, ils n’avaient pu venir patrouiller que trois jours. Cette fois, ils sont arrivés le 11 février pour mener une vraie campagne.

  • braquer une lumière crue sur une situation longtemps tue

Le Sam Simon porte le nom du producteur de la série Les Simpson qui a financé son acquisition : il servait auparavant comme navire scientifique attaché à la flotte baleinière nippone. Des inscriptions en japonais et un autel dédié à quelques ancêtres du Soleil levant, installé près de la passerelle, témoignent de ce passé révolu. « On a trouvé amusant de l’acheter discrètement », glisse Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. Avant d’ordonner à l’équipage de ne pas lâcher d’une encablure la paire de chalutiers vendéens qui pêchent « en bœuf » (les deux tirant un unique filet).

450 volontaires

Partis de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée), ils finissent par relever leur chalut une deuxième fois au large de Lacanau (Gironde). Pas de dauphin mort cette fois, mais quelques merlus lancés en guise de projectiles en direction des occupants du bateau de Sea Shepherd, toujours collé à leurs trousses.

A terre, un Réseau national d’échouage s’est constitué dès 1972 : 450 volontaires, naturalistes, gardes de parc marin sont formés à l’observation et à l’enlèvement des carcasses sur le littoral. Ces dernières parviennent généralement au centre Pelagis, dans le quartier de l’université, à La Rochelle (Charente-Martime), avant d’aboutir chez un équarrisseur.

Le 26 février, la chambre froide du laboratoire contient huit spécimens. Un grand dauphin commun trouvé en Vendée est étendu sur la table d’examen. Congelé, il semble figé dans sa douleur : la larme de sang qui a coulé de son œil lui dessine un masque lugubre. « La semaine dernière, nous en avons examiné 40 en trois jours, 26 en une seule journée… mon record, confie en soupirant Hélène Peltier, ingénieure de recherches à Pelagis. Il y avait des animaux de plus de deux mètres, en pleine santé. »

Les observateurs de Pelagis qui mènent des recensements d’oiseaux et de mammifères marins dans l’Atlantique et en Méditerranée, estiment que 200 000 dauphins vivent sur toute la façade ouest. Certains restent se nourrir loin au large. « Mais si ce sont systématiquement les populations côtières qui sont impactées – ce que nous ignorons –, il devient très urgent de prendre des mesures renforcées », dit Mme Peltier.

L’ingénieure montre quelques photos. Certains spécimens ont des mailles de chalut imprimées sur le corps, d’autres portent des traces des gaffes utilisées pour les renvoyer par-dessus bord ; beaucoup ont eu la queue et les ailerons coupés afin de les démêler des filets. Quelques-uns ont été lardés de coups de couteau ou éventrés dans l’idée de les faire disparaître au fond de l’eau ; d’autres enfin ont eu leurs flancs prélevés, sans doute pour en faire des steaks.

A force de disséquer ces corps et d’étudier leurs dérives sur les côtes de l’Atlantique, elle est convaincue que la pêche pélagique au bar, souvent décriée, n’est probablement pas la seule en cause. Les treize paires de chalutiers actifs dans la zone ne peuvent causer autant de victimes à eux seuls, estime-t-elle.

D’autres techniques de pêche redoutables sont pratiquées dans le golfe de Gascogne, comme les filets calés : de véritables murs qui s’étirent sur des dizaines de kilomètres. « Il est autorisé d’en installer cent kilomètres en une journée », précise Hélène Peltier. En réalité, il y a foule dans les parages : des navires de 150 mètres de long venus d’Allemagne, des Pays-Bas y croisent de nombreux fileyeurs français et espagnols. « Des centaines et des centaines de fileyeurs, annonce la chercheuse. En fait, nous ne savons pas vraiment combien ils sont… »

« On stigmatise énormément les pêcheurs français, mais le Golfe est un milieu ouvert, relève de son côté José Jouneau, président du comité régional des pêches des Pays de la Loire. Voilà plusieurs années que la profession s’est mise à la tâche pour éviter ces captures que les pêcheurs déplorent. Il n’y a aucun intérêt à prendre des mamifères dans ses filets et c’est dévastateur pour l’image de la profession. C’est tout juste si on n’appelle pas les pêcheurs des tueurs. »

Les « pingers », des dispositifs sonores destinés à effaroucher et éloigner les dauphins, ont été mis au point. « Tous les navires du littoral atlantique sont équipés depuis cette année », dit M. Jouneau. Le responsable s’interroge sur le fait que les échouages massifs ont toujours lieu en janvier et février.

Pour avancer dans la connaissance des moments, lieux et modes de pêche les plus néfastes pour les cétacés, il faudrait que les pêcheurs rendent compte scrupuleusement de leurs prises accessoires. Ce serait compter sur leur bonne volonté. Sauf à ce que l’Etat l’impose. Il en avait affiché l’intention en 2011. Un arrêté disposait alors que chaque équipage devait s’y plier. Aucun organisme n’ayant été désigné pour recueillir ces données de capture, le règlement est resté lettre morte.

« Après des années sans concertation, un groupe de travail de toutes les parties concernées a été relancé en 2017, témoigne cependant Hélène Peltier. Il serait faux de prétendre qu’il ne se passe rien aujourd’hui : nous n’avons jamais été autant écoutés par les ministères, des crédits sont débloqués… »

Du côté de Sea Shepherd, on prône une solution radicale : la fermeture de la pêche dans le golfe de Gascogne où se plaisent les cétacés. Pour l’heure, les militants ont fini par se désintéresser des deux chalutiers. Un petit dauphin flottant le ventre en l’air à la surface a détourné leur attention. Le 27 février au soir, le corps de l’animal a été déposé sur le port de plaisance de La Rochelle, à l’heure où les clients se pressent aux terrasses des restaurants.

  • prôner: 鼓吹
  • se plaire
  • se désintéresser
  • le port de plaisance : 游艇停泊港
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