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Kaboul espère la paix, mais craint les talibans

Des membres de la société civile afghane manifestent pour la célébration de la Saint-Valentin à Kaboul, le 14 février. WAKIL KOHSAR/AFP Ghazal Golshiri

Les habitants de la capitale afghane redoutent qu’un retrait américain ne mène au retour de l’intégrisme

  • l'intégrisme: fundamentalism.
  • redouter que + 虚拟式

REPORTAGE

KABOUL - envoyée spéciale

Kaboul est moins nerveuse. Parce que la neige en cette fin d’hiver la contraint à fonctionner au ralenti, mais surtout du fait des négociations qui ont été engagées au Qatar entre les Etats-Unis et les talibans. Fin janvier, l’envoyé américain Zalmay Khalilzad disait être parvenu à une « ébauche d’accord » avec le principal mouvement insurgé du pays. Les talibans s’engageraient à interdire le territoire à tout mouvement terroriste ; les Américains, eux, retireraient à terme leurs troupes, comme le souhaite si ardemment leur président.

  • une ébauche d’accord 和约的初稿。
  • le principal mouvement insurgé du pays: 阿富汗的最主要的反叛运动。
  • s’engager à faire: 承诺做某事
  • ardemment: passionately.

« Depuis le début des négociations, il y a moins d’attaques et les deux sont liés, estime Nouragha Azizi, serveur de 23 ans au café de la librairie Shahr-e Ketab (« la ville du livre », en dari), fréquenté par la jeunesse éclairée dans le quartier de Karte Se. Si les talibans veulent la paix, elle pourra s’installer dans le pays. Ils sont aussi mes frères s’ils ne cherchent pas à provoquer de problèmes et de troubles. » Un avis partagé dans ce café aux murs tapissés de portraits de grands écrivains et de célébrités du monde entier : Marguerite Duras, Elvis Presley ou encore Meryl Streep.

  • en dari: 用dari语
  • fréquenter: 经常光顾。
  • la jeunesse éclairée 开明的年轻人
  • tapissé 装饰着
  • Marguerite Duras: 杜拉斯。法国女作家。小说“情人”的作者。

Souvenirs sombres

Cet espoir se double d’une vive inquiétude : celle d’un retour au pouvoir des talibans et de leur vision ultraorthodoxe de la charia, la loi islamique. « J’ai toujours les souvenirs les plus sombres de l’époque des talibans », explique Roshan Ghaznavi, venue manger une soupe avec une amie au café. Elle se rappelle cette période où sa grand-mère, 70 ans passés et souffrant de problèmes respiratoires, ne pouvait plus porter la burqa qui lui donnait la sensation d’étouffer. Un jour, la famille l’accompagne chez le médecin mais en passant par le bazar, les talibans leur barrent la route. « Ils ont roué ma grand-mère de coups parce que son visage était visible, au point qu’elle s’est évanouie. Et moi, j’ai tant pleuré que j’en ai perdu ma voix pendant des jours. Je n’avais que 4 ans. »

  • se doubler de: couple with.
  • ultraorthodoxe: 超正统
  • sombre: dark
  • souffrant de problèmes respiratoires: 有呼吸道方面的问题。
  • la sensation d'étouffer: 窒息感
  • rouer de coups: battre violemment
  • au point qu’elle s’est évanouie: to the point of her fainting
  • j’ai tant pleuré que j’en ai perdu ma voix: i cried so much that I lost my voice.

Des épisodes traumatisants, Roshan Ghaznavi, aujourd’hui femme d’affaires, en a vécu tant ! Comme lorsque son père fut arrêté et fouetté pour s’être rasé la barbe. La peur d’être mariée de force à un taliban a également marqué sa jeunesse. A la suite de l’invasion américaine, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, Mme Ghaznavi avait été parmi les premières à intégrer l’école, après cinq ans d’interdiction pour les filles d’étudier sous le règne des talibans. « J’ai vu de mes propres yeux les injustices que ces combattants nous ont infligées », raconte-t-elle.

  • en a vécu tant: she has lived through so much (of them). En = des episodes traumatisants
  • fouetté: 被鞭打
  • se raser la barbe: 把络腮胡剃了
  • être mariée de force a un taliban: 强制被嫁给一个塔利班
  • au lendemain des attentats du 11 septembre 2001: 2001 年九一一恐袭之后。
  • intégrer l'école: 上学
  • sous le règne des talibans: 在塔利班统治之下

En juillet 2016, lorsqu’un attentat-suicide vise un défilé pacifique de la minorité chiite hazara dans le quartier de Dehmanzang, certains de ses amis se trouvent parmi les 80 victimes. « Je n’oublierai jamais ces visages. Je ne peux pas pardonner tous ces crimes. On nous dit que les talibans ont changé. Si c’est le cas, pourquoi continuent-ils leurs assauts en province ? Je suis très inquiète », dit la jeune femme, elle-même hazara, population qui est une cible importante pour les talibans sunnites.

  • un défilé pacifique: 和平的游行
  • la minorité chiite hazara

Pas plus tard que le 1er mars, une attaque revendiquée par les talibans contre une base militaire américano-afghane dans la province du Helmand (sud) a fait au moins vingt-trois victimes du côté des forces de sécurité afghanes. Ce dernier incident a encore renforcé les craintes. « Malheureusement, les talibans n’ont jamais cessé la guerre. Et ils font encore davantage la démonstration de leur force militaire aujourd’hui pour peser sur les négociations », constate Fawzia Koofi, députée afghane de 44 ans qui a été l’une des deux femmes à participer aux pourparlers entre l’opposition afghane, dont l’ancien président Hamid Karzaï, et les talibans, à Moscou, début février.

  • pourparlers: 谈判

Droits des femmes

Depuis la chute des talibans, les Afghanes ont la possibilité d’aller à l’école, d’entamer des études universitaires et même d’accéder à des postes haut placés. C’est la perspective de perdre tous ces droits qui leur fait le plus peur. Ainsi, 700 Afghanes ont demandé dans une lettre ouverte au président Ashraf Ghani de ne pas les « vendre aux talibans ».

  • entamer des études universitaires: 开启大学教育

Fawzia Koofi relève qu’« au moins, les talibans ont été obligés de nous accepter, nous les femmes, à la table des négociations ». « Ils ont écouté ce que nous avions à dire, nos revendications », dit-elle, dans sa luxueuse maison, au sol en marbre et aux canapés imposants, dans l’ouest de Kaboul.

Le serveur Nouragha Azizi craint que sa sœur et sa femme « ne puissent plus sortir seules de la maison » et qu’« elles soient de nouveau obligées de porter la burqa ». Si les choses devaient « mal » se passer, Bahara Ahmadi risquerait de ne plus pouvoir travailler. « Il a fallu que je me batte avec mes parents et mon mari pour pouvoir devenir esthéticienne, explique l’Afghane de 36 ans, qui se chauffe les mains sur le bukhari, ce poêle traditionnel, dans le café. Si les talibans reviennent et veulent faire comme avant, je serai contrainte de rester à la maison, à ne plus rien faire. Mais s’ils se résolvent à reconnaître les droits des femmes, pourquoi ne pas espérer que le pays connaisse des jours calmes ? Nous sommes tous fatigués de la guerre. Je veux qu’elle se termine, même si je suis également très inquiète. »

  • porter la burqa: 戴上面纱
  • esthéticienne 美容师
  • se chauffer les mains: 暖手
  • se résoudre à: decide to do …
  • poêle: 平底锅

L’autre question qui obsède les Afghans est la probabilité d’une paix durable, même avec un accord avec les talibans. « Même s’ils signent un document par lequel ils s’engagent à déposer les armes, comment être sûr que les autres groupes insurgés feront de même et qu’ils ne voudront pas plutôt faire la guerre ? », s’interroge Roshan Ghaznavi. Le dirigeant de la librairie Shahr-e Ketab, Mohammad Yassin Negah, redoute qu’un retour des talibans au pouvoir appelle une nouvelle montée de l’intégrisme. « Dans ma ville natale, Takhar [nord-est], un mouvement prend de l’ampleur, qui considère qu’un système politique se basant sur le suffrage universel est blasphématoire, dit ce militant en faveur des droits des femmes. Y compris parmi mes anciens camarades d’école, il y en a qui ont un problème avec les élections, le système démocratique et la liberté de la presse. Même si un plan de paix devait voir le jour, nous aurions à mener une immense bataille intellectuelle. »

  • obséder: haunt
  • appeler: 引起
  • intégrisme:fundamentalism
  • prendre de l’ampleur: 初具规模
  • blasphématoire: 亵渎神明的
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