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Souâd Ayada

N’oublions pas le lycée professionnel

Pour la présidente du Conseil supérieur des programmes, le lycée professionnel mérite autant d’attention que le lycée général et doit, de fait, bénéficier d’enseignements généraux de qualité pour accompagner les élèves vers l’âge adulte

A l’automne 2018, le travail du Conseil supérieur des programmes (CSP) sur les contenus des enseignements du futur lycée général et technologique faisait l’objet de nombreux commentaires et occupait parfois les colonnes de la presse nationale. La voie générale du lycée concentrait toute l’attention : tribunes, critiques, discussions précises de telle ou telle proposition étaient alors le signe de ce qu’un large public n’appartenant pas à la communauté éducative s’intéressait aux enseignements dispensés dans le lycée général rénové.

La voie professionnelle du lycée, alors même qu’elle fait l’objet d’une réforme ambitieuse, ne semble pas bénéficier du même intérêt. Le Conseil supérieur des programmes, qui vient de publier les projets de programme des enseignements généraux des classes préparatoires au CAP et de 2de, ne peut que constater le silence qui accompagne cette diffusion : à ce jour, nul débat ne vient témoigner d’une attention à ses propositions et nourrir une réflexion nécessaire.

De quoi ce silence est-il le signe ? Sans doute le maintien du baccalauréat professionnel dans sa forme actuelle laisse-t-il croire que le lycée professionnel ne connaîtra de changements que superficiels. Risquons d’autres explications : le discours sur l’égale dignité des voies du lycée français a bien du mal à gagner les esprits. Si la majorité des parents veulent que leurs enfants soient, à l’issue de la 3e, orientés vers le lycée général et qu’ils obtiennent, de préférence, un baccalauréat scientifique, rares sont ceux qui veulent que leurs enfants intègrent un lycée professionnel pour y préparer un CAP ou y obtenir un baccalauréat professionnel. Le silence public a, de ce point de vue, tous les traits d’un symptôme, symptôme d’une représentation qui peine à s’installer et d’un malaise qui perdure : la formation professionnelle n’a bonne grâce que quand l’illustre la réussite de grands pâtissiers et d’artisans de renom ; dans la plupart des cas se retrouvent aujourd’hui en lycée professionnel ceux qui n’ont pas pu entrer en seconde générale et technologique.

Cadre porteur

Cette volonté de « transformation » de la voie professionnelle est l’occasion de prendre la mesure de quelques réalités : un tiers des lycéens français sont en voie professionnelle ; à la session 2016, 82,5 % de ces lycéens obtenaient un baccalauréat professionnel ; 51 % des bacheliers professionnels sont au chômage sept mois après l’obtention de leur diplôme ; deux tiers de ceux qui poursuivent des études dans l’enseignement supérieur rencontrent des difficultés. Comment former les lycéens professionnels pour qu’ils envisagent, une fois titulaires d’un CAP ou d’un baccalauréat, une insertion professionnelle satisfaisante ? Quelle formation faut-il dispenser au lycée pour que les bacheliers professionnels puissent suivre et réussir des études supérieures ? Telles sont les deux questions qui justifient la transformation de la voie professionnelle du lycée français.

Ces questions concernent au premier chef les enseignements professionnels, mais aussi les enseignements généraux qui jouent un rôle essentiel : en prolongeant et en consolidant les apprentissages du collège, ils visent, par-delà les savoirs, les méthodes et les pratiques qu’ils transmettent ou font acquérir, la formation de l’individu, de la personne et du citoyen. Aujourd’hui, les élèves – nous n’évoquons pas ici les apprentis – qui, après la 3e, intègrent une classe préparatoire au CAP ont souvent rencontré dans leur passé des difficultés scolaires ; ils sont parfois allophones. Certains d’entre eux ne rejoindront pas une classe de 1re professionnelle et s’en tiendront au CAP, même s’il ne leur ouvre pas de perspective immédiate d’insertion professionnelle. Les élèves qui rejoignent une 2de professionnelle découvrent une voie qu’ils n’ont pas toujours désirée et des métiers dont ils ont une vision très floue. S’ils poursuivent des études supérieures, ce n’est pas toujours par goût des études, mais plutôt parce que l’obtention du baccalauréat ne leur ouvre pas les portes d’une insertion professionnelle réussie. Que doit-on absolument enseigner aux élèves de CAP et de 2de professionnelle au titre de leur formation générale ?

  • allophone: 操外国语的人

Maîtrise du français

La transformation de la voie professionnelle, voulue par le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, dessine un cadre porteur. Les enseignements généraux verront sans doute leur importance rehaussée s’ils sont davantage articulés avec les enseignements professionnels et l’expérience acquise lors des périodes de formation en milieu professionnel. Leurs contenus seront incontestablement mieux adaptés au monde du travail s’ils font une plus large place aux mutations de l’économie et des métiers.

Reste l’essentiel, ce qui les définit comme des enseignements généraux et les unifie autour de finalités communes : permettre une maîtrise suffisante de la langue française, à l’oral comme à l’écrit, dont dépend non seulement l’accès à tous les enseignements, mais aussi à la vie sociale et professionnelle ; développer les capacités d’analyse et de raisonnement comme autant d’aptitudes nécessaires à l’étude, au travail et à la conduite de la vie ; former aux notions abstraites, non pour nourrir des abstractions, mais pour autoriser des approches plus riches des divers aspects de la réalité ; mettre en avant les démarches expérimentales et appliquées en tant qu’elles mettent naturellement en relation les notions abstraites et les situations concrètes en contexte ; construire une culture générale qui, en aiguisant la curiosité et l’ouverture d’esprit, rompt le confinement, libère de l’assignation et transforme l’élève en sujet ; développer l’autonomie du jugement pour que l’exercice de la liberté soit une pratique raisonnée.

Dans la voie professionnelle du lycée, les enseignements généraux ont d’abord pour fonction de compléter et de consolider les apprentissages de la scolarité obligatoire. Leur finalité n’est toutefois pas différente de celle qui guide les enseignements dispensés au lycée général et technologique. Il en est ainsi parce que les élèves de la voie professionnelle ne sont pas, par nature, différents des autres lycéens. Les difficultés de ces élèves sont certes souvent plus grandes et, cristallisées sur les enseignements généraux, elles peuvent compromettre la réussite des études supérieures.

Mais ces difficultés ne seront pas effacées par un allégement des contenus des enseignements généraux ; elles ne seront pas surmontées si l’on édulcore la vocation des enseignements généraux et si l’on doute de leur importance au sein de la voie professionnelle. Les programmes ne sont pas tout. Il revient aux professeurs des lycées professionnels qui dispensent les enseignements généraux d’identifier les difficultés de leurs élèves et de les lever progressivement. Les programmes n’existent que par leur mise en œuvre, par les professeurs, dans leur classe, selon les modalités pédagogiques qu’ils sont seuls à même d’inventer pour former leurs élèves et pour les faire réussir. C’est fort de ces convictions et conscient des enjeux de la transformation de la voie professionnelle que le CSP a formulé ses premières propositions.

Souâd Ayada est présidente du Conseil supérieur des programmes. Spécialiste de spiritualité islamique, elle est agrégée de philosophie et ancienne doyenne de l’inspection générale dans cette discipline

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