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En Europe, les groupes chinois à la diète

  • la diète: diet

Marie De Vergès

Les investissements des entreprises chinoises ont chuté de 40 % en 2018 dans l’Union européenne

C’est un fabricant de machines-outils caractéristique du Mittelstand, ce réseau allemand de sociétés de taille intermédiaire ultra-performantes. Mais Leifeld Metal Spinning a la particularité d’être la première entreprise germanique – et même européenne – dont le rachat par un groupe chinois, Yantai Taihai, s’est heurté à un veto gouvernemental.

L’interdiction, formulée par Berlin en août 2018, pourrait symboliser le virage d’une Europe de plus en plus défensive vis-à-vis des appétits chinois. Au point de dissuader les entreprises du géant asiatique de venir faire leurs emplettes sur le marché européen ?

  • emplettes: purchases.

En 2018, les investissements de la Chine dans l’Union européenne ont continué à décliner fortement, selon une étude des cabinets Rhodium Group et Mercator Institute for China Studies (Merics) publiée mercredi 6 mars. A 17,3 milliards d’euros, ils ont diminué de 40 % depuis l’année précédente et de plus de 50 % comparé au pic de 2016 où la fièvre acheteuse des groupes de l’empire du Milieu avait atteint 37 milliards d’euros. La même tendance s’observe ailleurs dans le monde. Aux Etats-Unis, les investissements chinois ont chuté de 95 % entre 2016 et 2018 !

Une volonté de Pékin

Ce net recul traduit avant tout la volonté de Pékin, depuis fin 2016, de mieux contrôler une déferlante d’acquisitions jugée « irrationnelle ». Les autorités chinoises ont imposé aux entreprises des restrictions drastiques pour freiner les sorties de capitaux. Mais, selon l’étude de Rhodium et Merics, ce repli reflète aussi le « contrôle réglementaire accru » auquel se livrent les pays ciblés par ces investissements.

  • une déferlante d’acquisitions: a wave of acquisitions.

Le phénomène est planétaire. Les Etats-Unis deviennent un terrain de chasse de plus en plus fermé pour les groupes chinois. Même en Asie, la défiance monte à l’égard des investissements réalisés dans le cadre de la stratégie chinoise des « nouvelles routes de la soie ».

  • un terrain de chasse: 捕猎场

Le Vieux Continent s’inscrit donc dans cette dynamique globale. En février, le Parlement européen a adopté un nouveau règlement pour mieux surveiller les investissements étrangers, visant la Chine sans la nommer.

La proposition en avait été faite par la Commission de Jean-Claude Juncker à peine dix-huit mois plus tôt. « Il s’agit d’un cas d’étude d’une régulation négociée et adoptée à la fois rapidement et efficacement par les Etats-membres », salue Agatha Kratz, analyste chez Rhodium et l’une des auteurs de l’enquête. « En deux ans, il y a eu énormément de changements, beaucoup plus qu’au cours des dix années précédentes », poursuit-elle.

De fait, cette initiative communautaire prolonge les dispositions déjà prises par un certain nombre d’Etats. Depuis 2017, sept pays de l’UE – dont la France et l’Allemagne – ont mis en place ou modernisé des outils de filtrage des investissements. Trois autres sont en train d’élaborer de nouvelles règles.

Avec le mécanisme d’information créé par Bruxelles, c’est désormais l’ensemble des Etats membres qui seront tenus de signaler tout investissement étranger concernant des technologies sensibles ou des infrastructures critiques. Selon l’étude, jusqu’à 82 % des transactions réalisées en Europe en 2018 auraient pu être concernées par cette réglementation.

Climat de méfiance

L’an dernier, les investissements chinois ont ciblé des secteurs très divers, de l’automobile aux services financiers, en passant par la santé et les biotechs. « Mais ces actifs ont souvent un point commun, c’est leur composante en innovation et leur contenu technologique », souligne Mme Kratz. De quoi les mettre potentiellement dans le radar des régulateurs européens. D’autant plus quand ces rachats sont effectués par des sociétés chinoises étatiques (41 % des acquisitions en 2018).

Si le dispositif européen permet de viser large, rien ne dit, cependant, que les investissements seront, dans le futur, massivement rejetés. « Tout dépendra des Etats membres », note Mikko Huotari, du centre de recherche allemand Merics. Même Berlin, qui a joué un rôle moteur dans l’adoption du règlement européen, ne devrait pas se refermer aux groupes chinois. « Le souci est d’être plus vigilant, pas de devenir protectionniste, explique M. Huotari. D’ailleurs l’industrie allemande n’y aurait pas intérêt, car elle reste très liée au marché chinois. »

Quoi qu’il en soit, les pronostics sont incertains concernant un mécanisme qui vient tout juste d’être approuvé, et ne sera pleinement effectif qu’en 2020. Plus ouvert et permissif que son équivalent américain, il doit encore préciser ses règles de fonctionnement. « La réglementation a dit le pourquoi, pas vraiment le comment, en particulier sur la façon dont l’information sera échangée et analysée », remarque François Godement, de l’Institut Montaigne. Mais selon ce fin connaisseur de l’Asie, l’un des effets pourrait être de pousser la Chine à reculer quand se profile un veto : « Il y a une volonté de Pékin de ne pas aller au clash. »

Or comme le soulignent Rhodium et Merics, la méfiance imprègne de plus en plus les relations de l’Europe avec la Chine. Un climat qui se manifeste dans les appels en faveur d’une nouvelle politique de la concurrence pour mieux résister face aux nouveaux géants industriels chinois. Ou dans les doutes s’exprimant, sur le dossier de la 5G, vis-à-vis de l’équipementier Huawei et la sécurité de ses matériels télécoms.

« Ces changements d’attitude et la surveillance croissante exercée dans divers domaines réglementaires et politiques pourraient sérieusement affecter l’empreinte des investissements chinois en Europe », estiment les auteurs de l’étude.

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