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LA CHINE SOUS TENSION

La Chine de Xi Jinping saisie par le doute

Le président chinois, Xi Jinping (à gauche), et le premier ministre, Li Keqiang, à l’ouverture de la 13e Assemblée nationale populaire, à Pékin, le 5 mars. JASON LEE/REUTERS

Frédéric Lemaître

Les dirigeants chinois s’inquiètent de l’impact du ralentissement économique sur la cohésion du régime et de la société. Ils sont convaincus de faire face à un monde hostile, sur fond de vives tensions commerciales avec les Etats-Unis

  • faire face: 面对
  • sur fond de: 在。。。的背景下

PÉKIN - correspondant

On la dit toute-puissante, arrogante, voire menaçante. La Chine de Xi Jinping inquiète une bonne partie du reste du monde. Pourtant, les dirigeants chinois sont sur la défensive. Vu de Pékin, les critiques systématiques des « nouvelles routes de la soie », les attaques contre Huawei, la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis et les incursions des marines occidentales en mer de Chine du Sud sont autant d’éléments qui prouvent que l’Occident refuse de reconnaître à la Chine la place qui est désormais la sienne sur la scène internationale.

  • l’Occident refuse de reconnaître à la Chine la place qui est désormais la sienne sur la scène internationale. 西方拒绝把国际舞台上曾经是它们的位置拱手让给中国

D’où le sombre tableau que le premier ministre chinois, Li Keqiang, a dressé, mardi 5 mars à l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire. Dès la deuxième phrase de son discours présentant le rapport d’activité 2018 du gouvernement et les perspectives pour 2019, il a jugé que les Chinois étaient « confrontés à une situation complexe et difficile sur les plans intérieur et extérieur, comme on en a rarement connu depuis de nombreuses années ».

  • le rapport d’activité 2018 du gouvernement 政府工作报告

Conscients que leur légitimité repose essentiellement sur le développement économique mais que l’âge d’or de la croissance à deux chiffres est révolu, les dirigeants communistes s’inquiètent, trente ans après la répression sanglante du mouvement étudiant de 1989, de la moindre remise en question de leur autorité. Tant à l’intérieur du parti qu’en dehors.

  • l’âge d’or de la croissance à deux chiffres est révolu:以两位数增涨的黄金时代已经过去
  • la répression sanglante: 血腥镇压

Le 21 janvier, devant des centaines de cadres du Parti communiste, le président Xi Jinping a indiqué que la Chine devait faire face à des « risques majeurs » dans sept domaines : la politique, l’idéologie, l’économie, la science et la technologie, la société, l’environnement extérieur et la construction du parti. Il a enjoint aux cadres d’être « extrêmement vigilants » face aux « cygnes noirs » et aux « rhinocéros gris », deux expressions venues des Etats-Unis : la première désignant des événements improbables qui ont de graves conséquences, et la seconde, des risques perçus de tous mais que personne ne parvient à contenir.

  • cygnes noirs et rhinoceros gris: 黑天鹅和灰犀牛

Impôts et taxes réduits

Invitant les cadres à « se battre », Xi Jinping a même précisé que « les jeunes cadres devraient monter en première ligne de batailles majeures avec de vrais couteaux et des armes ». Des propos dignes de la Révolution culturelle et jugés « inquiétants » par certains diplomates occidentaux. Les questions économiques et sociales constituent clairement la priorité de 2019. La croissance, qui s’est officiellement élevée à 6,6 % en 2018, devrait être comprise cette année entre « 6 % et 6,5 % » en raison notamment du « différend » commercial avec les Etats-Unis. Conséquence : le chômage pourrait augmenter.

  • avec de vrais couteaux et des armes: 真刀真枪地
  • des propos dignes de la Revolution culturelle: 文革式的语言

Li Keqiang l’a reconnu implicitement. Aujourd’hui, le taux officiel est de 3,8 % mais les sondages réalisés par l’Institut de la statistique dans 31 villes indiquent qu’il serait de 4,9 %. Evoquant ce dernier chiffre, le premier ministre prévoit un taux d’« environ 5,5 % » alors que, l’an dernier, il prévoyait un taux « inférieur à 5,5 % ».

  • reconnaître implicitement: 不言而喻

Du coup, « la politique de priorité à l’emploi doit être appliquée dans tous les domaines. (…) Pour la première fois, la politique de priorité à l’emploi a été érigée au niveau de la macropolitique », a-t-il martelé. Impôts et taxes vont être réduits, tant pour les particuliers que pour les entreprises, quitte à laisser filer le déficit, porté officiellement à 2,8 % du produit intérieur brut (PIB), soit 0,2 point de pourcentage de plus qu’en 2018, voire même, selon les experts américains du site Gavekal à 4,3 % du PIB en raison d’un tour de passe-passe budgétaire. Alors que l’inflation prévue est de 3 %, les dépenses budgétaires augmenteront, elles, de 6,5 %. Une relance qui ne dit pas son nom. Le budget de la défense va même bénéficier d’un coup de pouce de 7,5 %. Mais c’est moins que les 8,1 % de 2018, font valoir les dirigeants, qui jurent que « la Chine ne menace personne ». Le premier ministre n’a d’ailleurs pas eu un mot pour les tensions en mer de Chine du Sud et n’a évoqué Taïwan que succinctement à la toute fin de son discours.

  • les particuliers: 个人
  • quitte à : 以。。。为代价
  • laisser filer le deficit: 任由赤字增长
  • un tour de passe-passe budgétaire: 预算的把戏。
  • 最后一句的意思是: 李中堂对南海问题只字未提,台湾问题也只是在演讲最后言简意赅的提了一下。

Face à des pays occidentaux qui s’inquiètent de sa montée en puissance technologique, Li Keqiang fait profil bas. Oublié, l’ambitieux programme « Made in China 2025 » qui inquiétait tant les Américains. « Notre capacité en matière d’innovation autonome reste faible, nos technologies-clés et de base laissent toujours à désirer », assure-t-il. D’ailleurs la Chine n’est que « le plus grand pays en voie de développement du monde ». Une formule qui lui permet d’éviter de faire des concessions aux Occidentaux dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce.

Même modestie relative à propos des « nouvelles routes de la soie », ce programme d’investissements chinois à travers plus de 100 pays. Seules quelques lignes lui sont consacrées et Li Keqiang explique qu’il faut « veiller à ce que nos projets d’investissements et de coopération à l’étranger se développent de manière saine et ordonnée ». Un message envoyé aux pays qui s’inquiètent du « piège de la dette » que ces projets peuvent entraîner.

Menace intérieure

Surtout, le premier ministre semble reconnaître que ce n’est pas la priorité des Chinois. « Le peuple a de nombreuses sources d’insatisfaction en matière d’éducation, de santé, de services aux personnes âgées, de logement, de sécurité des produits alimentaires et pharmaceutiques, de distribution des revenus, etc. », admet-il, tout en reconnaissant, dès le début de son discours, que la menace est également intérieure.

Le 24 janvier, Zhao Kezhi, ministre de la sécurité publique, expliquait devant des responsables de la police que « tout le savoir-faire et tout le pouvoir de la police doivent être mis en œuvre afin de prévenir et de contrer des révolutions de couleur ». Il semble qu’il y a plusieurs années qu’un responsable de si haut niveau n’avait pas évoqué un tel risque, comparable aux « printemps arabes » ou à la « révolution orange » en Ukraine. D’où le contrôle parfaitement assumé d’Internet au risque de développer un « Etat orwellien », selon l’expression de Mike Pence, vice-président américain.

  • des révolutions de couleurs: 颜色革命
  • le printemps arabes : 阿拉伯之春
  • la révolution orange: 橙色革命
  • un Etat Orwellian: 奥维尔式的国家

Une des principales réformes de 2018 dont se félicitent les dirigeants est d’ailleurs la création d’une Commission nationale de supervision. Alors que la Commission de discipline du parti ne peut s’intéresser qu’aux 86 millions d’encartés, cette nouvelle entité peut, en dehors de toute procédure judiciaire, arrêter et détenir au secret durant six mois n’importe quel fonctionnaire, cadre d’une entreprise publique, enseignant ou agent hospitalier. En neuf mois, elle a déjà « puni 135 000 fonctionnaires pour violation des règles administratives ».

Le pouvoir quasi absolu de Xi Jinping et le refus du moindre débat ne font, semble-t-il, pas l’unanimité. A la surprise de nombre d’observateurs, aucun plénum du Parti communiste n’a été convoqué depuis mars 2018. Si cette absence de plénum n’enfreint pas les statuts du parti, elle est sujette à interprétation. « Il y a une bronca anti-Xi Jinping, surtout chez les élites », note Jean-Pierre Cabestan, enseignant à l’Université baptiste de Hongkong.

  • plénum du Parti communiste: 中共全体代表大会
  • enfreindre: break
  • une bronca: (西班牙语)众怒,集体抗议

Il est toutefois peu probable que celle-ci s’exprime durant les dix jours de session de l’Assemblée populaire nationale. Le « rêve chinois du grand renouveau national » porté par « la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère » ne saurait souffrir la moindre contestation.

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