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« Brisons Amazon ! » : aux Etats-Unis, le démantèlement des géants du Web en question

Arnaud Leparmentier

Les démocrates de gauche lancent une offensive contre les GAFA dans le contexte de la présidentielle de 2020

NEW YORK - correspondant

Dans une salle « vintage » en briques du Queens, vendredi 8 mars, les démocrates de gauche, qui ont obtenu cet hiver qu’Amazon renonce à installer son deuxième quartier général à New York, ne masquaient pas leur satisfaction.

Le sénateur d’Etat Michael Gianaris clamait : « Nous nous sommes levés contre la cupidité des entreprises. Nous nous sommes levés en faveur du quartier. » Puis ce fut au tour du conseiller municipal de New York, Jimmy Van Bramer : « Amazon, tu ne peux pas acheter le Queens ! » Enfin, la directrice politique du syndicat des salariés du commerce, Camille Rivera, proclama combattre au nom de « 600 000 travailleurs [d’Amazon] qui n’ont pas la possibilité de se syndiquer ».

Alors pouvait entrer en scène, robe noire et veste violette, la sénatrice du Massachusetts et candidate à l’investiture démocrate, Elizabeth Warren.

Immédiatement, elle porta l’estocade. « Brisons Amazon, exigea la sénatrice devant plusieurs centaines de militants. Il est temps de démanteler les géants américains de la tech. » Le groupe de Jeff Bezos, qui est en conflit d’intérêts car il vend ses produits tout en ayant fait de sa plate-forme un passage obligé pour le commerce en ligne, mais aussi Facebook et Google, accusés d’avoir la main sur 70 % du trafic Internet, tous doivent y passer.

Sur Twitter, Mme Warren s’est référée au président Theodore Roosevelt (1901-1909) qui s’employa à casser l’empire pétrolier de John Rockefeller. « L’Amérique a une longue tradition de démantèlement des groupes quand ils deviennent trop dominants. Notre pays a besoin d’une application plus forte des règles antitrust et nous en avons besoin maintenant », écrit celle qui entend aussi s’attaquer aux banques et aux groupes pharmaceutiques.

Un air de nouveauté

Des économistes comme le Français Thomas Philippon, professeur à la New York University, ont montré que la trop forte concentration des acteurs économiques américains favorise la rente, maintient les prix élevés, empêche les salariés de faire jouer à la hausse la concurrence pour les talents et freine l’innovation.

A défaut de faire la course en tête dans les sondages – Mme Warren, avec 7 % des intentions de vote, est en quatrième position derrière l’ex-vice président d’Obama, Joe Biden (31 %), qui ne s’est pas encore déclaré, le sénateur du Vermont Bernie Sanders (27 %) et la sénatrice de Californie Kamala Harris (11 %) –, l’élue du Massachusetts fait la course à gauche, cherchant à avancer en premier les idées les plus progressistes. Elles ont, en tout cas, un air de nouveauté, celles de Bernie Sanders sur la gratuité des études et la santé pour tous ayant un petit parfum de 2016.

L’initiative anti-tech intervient dans la foulée d’une première bombe lancée début janvier, la création d’un impôt américain sur la fortune. « Qui a plus de 50 millions de dollars ? », demande Mme Warren. Aucune main ne se lève. La sénatrice veut taxer à hauteur de 2 % les fortunes supérieures à ce montant – ou les héritages, ajoute-t-elle, facétieuse –, 3 % au-delà du milliard. Cet impôt permettrait de taxer les plus-values latentes des milliardaires.

Jeff Bezos, patron d’Amazon, est, par exemple, devenu l’homme le plus riche du monde (138 milliards de dollars, soit 123 milliards d’euros), avec une fortune quadruplée en cinq ans, mais il ne paie pas d’impôt tant qu’il ne vend pas.

Dans la salle, le jeune Victor interroge Mme Warren : « Avec votre taxe à 2 %, comment empêchez-vous quelqu’un comme Donald Trump de devenir résident de Monaco ? » L’occasion de lancer la petite blague de rigueur : « Serait-ce une mauvaise chose ? », répond la candidate, qui explique ensuite que le fisc taxera tous les actifs des Américains, y compris leurs yachts dans les Caraïbes. « Vous pouvez renoncer à votre nationalité américaine pour échapper à cet impôt, mais vous devrez payer une pénalité de sortie de 40 % », prévient Mme Warren, qui espère engranger 2 750 milliards de dollars sur dix ans (1,3 % du produit intérieur brut chaque année).

Pression sur les centristes

Agée de 69 ans, l’ancienne professeure de Harvard est partie tôt au combat, annonçant sa candidature le 31 décembre 2018. Ce soir-là, elle s’était offert une bière bue au goulot sur Instagram, ce qui fit le buzz dans la Nouvelle-Angleterre encore puritaine.

Mme Warren s’est aussi débarrassée d’un imbroglio sur ses prétendues origines indiennes. Cette enfant de l’Oklahoma s’est déclarée « Native American » à la faculté de droit, ce qui lui a valu d’être surnommée « Pocahontas » par Donald Trump. Elle a alors fait un test ADN, pour montrer qu’elle avait une possible ascendance indienne – il fallait remonter au moins à la sixième génération. L’affaire a fait ricaner la droite, et a offensé les tribus, qui ont eu droit à des excuses. Au moins, le sujet est-il clos pour la campagne.

Dans le Queens, Mme Warren a cherché à incarner les mères courage de l’Oklahoma. L’impression de sincérité était renforcée par les maladresses de son show. Elle a raconté son enfance, lorsque sa maison allait être saisie, après la crise cardiaque de son père. Sa mère, qui n’avait jamais travaillé, a puisé dans ses forces et a pris un emploi au salaire minimum.

Morale de l’histoire : « Ce n’était pas l’histoire de ma mère, mais celle de milliers de familles américaines. C’était aussi une histoire de gouvernement. » Naguère, le salaire minimum pouvait faire vivre une famille, tandis qu’aujourd’hui « il ne permet pas à une mère élevant seule son enfant de sortir de la pauvreté ».

Elizabeth Warren en a fait un leitmotiv, Washington doit redevenir « le gouvernement pour le peuple » et pas pour celui des grandes entreprises. Elle énumère une série de propositions pour en finir avec la « corruption » qui gangrène, selon elle, Washington : fin du lobbyisme « tel que nous le connaissons », arrêt des « allers-retours entre Wall Street et Washington » dans la haute administration, obligation pour les élus fédéraux de publier leur déclaration d’impôt alors que Donald Trump s’y refuse.

En attaquant les géants de Silicon Valley, Mme Warren met aussi la pression sur les démocrates centristes qui feraient avec eux et pourraient compter sur leur financement. « Je ne prends pas l’argent des entreprises. Je ne prends pas l’argent des lobbyistes fédéraux. Je ne vais pas à des rendez-vous à huis clos avec les milliardaires. Je suis là pour vous. »

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