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Paris se veut un « contrepoids » à Pékin en Afrique

Emmanuel Macron, accueilli à Djibouti par son homologue, Ismaël Omar Guelleh, le 12 mars. LUDOVIC MARIN/AFP Marc Semo

En voyage à Djibouti, en Ethiopie et au Kenya, Macron évoque les « destins liés » du continent et de l’Europe

DJIBOUTI - envoyé spécial

C’est un périple africain d’une durée inédite : quatre jours, du 11 au 14 mars, d’abord Djibouti puis l’Ethiopie et le Kenya. Emmanuel Macron veut ainsi souligner l’importance stratégique de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique orientale alors même qu’il fait de ce continent une priorité de sa politique étrangère. « Les plaques sont en train de bouger dans cette région au sens large. Elle est la plus peuplée d’Afrique et elle concentre les trois grands défis du continent : le défi démographique, le défi de l’islamisme radical et du djihadisme, le défi du développement », a expliqué Emmanuel Macron à trois journalistes dans l’avion présidentiel. Ce voyage est le seul maintenu – avec celui en janvier au Caire – par un président qui s’était concentré ces trois derniers mois sur le débat national.

  • un périple: a journey
  • la Corne de l’Afrique: 非洲角
  • l’Afrique orientale: 东部非洲

Jamais un président français ne s’est rendu au Kenya depuis l’indépendance, en 1963. La dernière visite présidentielle en Ethiopie fut celle de Charles de Gaulle, en 1966. « Nous n’avons pas de passé et donc pas de passif dans cette région, et il est naturel que la France y soit vue comme un partenaire peut-être mieux que nulle part ailleurs en Afrique », a insisté le président français, qui aime à rappeler : « Ma génération n’a pas connu le colonialisme, et, en Afrique, la majorité de la population a moins de trente ans. » La Chine est très active dans ces trois pays visités. « La France y est considérée comme un possible contrepoids », a insisté le président français.

  • contrepoids: 平衡力量

Recomposition régionale

La première étape à Djibouti est brève, à peine une douzaine d’heures, mais elle a valeur de symbole. Nicolas Sarkozy fut, il y a neuf ans, le dernier chef d’Etat français à s’y rendre, mais il n’y a pas passé la nuit. « Djibouti est notre point d’ancrage historique dans la région, il était normal de commencer par là », rappelle-t-on à l’Elysée, en soulignant le rôle crucial de cet allié stratégique au sud de la mer Rouge.

La France y dispose d’une base aéronavale avec 1 450 hommes, la plus importante d’Afrique. Juste à côté, il y a celle des Japonais, la seule de la marine nippone hors du territoire national. Les Etats-Unis ont aussi la leur avec 4 000 hommes. En 2017, les Chinois y ont installé à leur tour une base navale, la seule en Afrique. Emmanuel Macron devait visiter les militaires français, le 12 mars au matin, après avoir rencontré son homologue, le président Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999.

Djibouti se sent négligé par la France alors même que la région est devenue un carrefour géopolitique majeur avec la récente réconciliation entre l’Ethiopie et l’Erythrée voisines, en 2018. « Il y a un questionnement côté djiboutien sur sa place dans la recomposition régionale qui est en cours, c’est sur ce point que va se concentrer le dialogue entre les deux chefs d’Etat », explique l’Elysée.

En novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a levé l’embargo sur les armes, les interdictions de voyage, les gels d’avoirs et les autres sanctions visant l’Erythrée – une décision qui a suscité l’ire de Djibouti. Ce dernier accuse Asmara d’occuper une partie de son territoire – la région de Ras Doumeira sur la mer Rouge – et de détenir treize de ses soldats. D’où l’insistance de Paris pour qu’il y ait une résolution du différend entre Djibouti et l’Erythrée.

La visite présidentielle et ce soutien réaffirmé par Paris pourraient permettre de tourner la page du ressentiment exprimé ces dernières années par les autorités djiboutiennes. « Tout se passe comme si la France ne nous considérait plus », déclarait le président Ismaël Omar Guelleh dans une interview à Jeune Afrique en 2015. Paris semblait laisser le champ libre à Pékin sur les investissements d’infrastructures comme la nouvelle ligne ferroviaire entre Addis-Abeba et Djibouti – inaugurée en octobre 2016 – en lieu et place de l’ancien chemin de fer franco-éthiopien mis en service en 1917.

« Partenariat renouvelé »

A la mi-journée du 12 mars, Emmanuel Macron doit décoller pour la capitale éthiopienne après une étape aux églises troglodytes du XIIIe siècle de Lalibela, haut lieu du christianisme éthiopien. Les autorités éthiopiennes ont demandé une coopération renforcée avec la France pour sa préservation. La rencontre avec le premier ministre éthiopien réformateur, Abiy Ahmed, est le point d’orgue de ce périple. « Il est à la croisée des chemins de toutes les tensions ethniques et religieuses de son pays et il prend à bras-le-corps tous les impensés de la région. Il faut d’autant plus l’aider que son pays peut structurer toute la Corne de l’Afrique », a insisté le président français, qui avait rencontré le premier ministre éthiopien en octobre 2018 à Paris. C’est un pays de près de 100 millions d’habitants que l’ouverture politique et économique rend d’autant plus prometteur.

  • les églises troglodytes 山洞里的教堂
  • haut lieu 胜地
  • le point d’orgue: 音乐术语,延长号。 引申义是partie ultime et la plus importante (d'un événement ou d'un phénomène).
  • prendre a bras-le-corps: take something head-on.
  • les impenses
  • prometteur: promising

Au Kenya, le président français s’entretiendra avec son homologue, Uhuru Kenyatta. La question du financement de la mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom), qui se bat contre les insurgés islamistes radicaux chabab et à laquelle le Kenya contribue en troupes, devrait être abordée. Trois milliards d’euros de contrats dans les secteurs du transport, des infrastructures, de l’énergie et de la ville durable seront signés. Jusqu’à présent, le Kenya était un « partenaire commercial relativement mineur » avec, en 2017, à peine 200 millions d’euros d’exportations.

Avec le président kényan, Emmanuel Macron coanimera, le 14 mars, une édition africaine du One Planet Summit sur l’environnement et participera à l’ouverture de l’Assemblée de l’ONU pour l’environnement. Le président français conclura sa visite par un échange avec des étudiants à l’université de Nairobi.

Dans ce « partenariat renouvelé avec l’Afrique » axé sur la jeunesse, l’innovation et l’entrepreneuriat que souhaite Emmanuel Macron, l’Europe joue un rôle-clé. Il avait évoqué la « communauté de destin avec l’Afrique » dans son adresse aux Européens. Dans l’avion qui l’emmenait à Djibouti, le président français est revenu à la charge sur ce thème.

  • la communauté de destin avec l’Afrique: 和非洲的命运共同体

« Les Européens, ceux de l’Europe du Sud mais pas seulement, sont de plus en plus conscients que nos destins sont liés avec l’Afrique, qu’il s’agisse des migrations, de la lutte contre le terrorisme ou de celle contre le dérèglement climatique ; si l’on ne résout pas ces trois défis, nous sombrerons avec l’Afrique. » Et le chef de l’Etat de rappeler que « l’Europe, de par son histoire et sa géographie, a vocation à être le grand partenaire du développement de l’Afrique ; c’est notre vraie politique de voisinage ».

  • nous sombrerons avec l’Afrique: we will sink with Africa.
20190313-p4-africa.txt · Last modified: 2019/03/17 18:09 (external edit)