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L’avionneur tente d’éviter une interdiction de vol aux Etats-Unis

Arnaud Leparmentier

L’Agence fédérale américaine de l’aviation refuse de suivre les autorités des autres pays et d’immobiliser au sol le 737 MAX 8

NEW YORK - correspondant

Trois jours après la catastrophe du Boeing 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts dimanche 10 mars, l’avionneur américain cherche le salut dans son propre pays. Les Etats-Unis sont, avec le Canada, l’un des rares Etats à continuer à autoriser les vols de cet avion, après les décisions d’interdiction prises par la Chine, l’Indonésie, l’Union européenne et d’autres.

  • chercher le salut: search for the salvation

Dans la matinée du mardi 12 mars, révèle le New York Times, le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, a plaidé le cas du B 737 MAX auprès de Donald Trump, expliquant qu’il ne fallait pas immobiliser l’avion au sol. « Je sais que cette tragédie est particulièrement éprouvante, quelques mois seulement après la perte du vol 610 de Lion Air, avait-il déclaré la veille à ses salariés. Nous avons confiance dans la sécurité du 737 MAX. »

  • éprouvante: grueling

Lundi, aux Etats-Unis, l’Agence fédérale de l’aviation (FAA) avait décidé de ne pas bouger : « L’enquête vient de commencer, et nous n’avons pas reçu de données qui permettent de tirer une quelconque conclusion ou de prendre une quelconque décision. »

  • tirer une quelconque conclusion: draw whatever conclusion

Mardi, elle a réitéré son propos : « Jusqu’à présent, notre examen ne montre aucun sujet d’ordre systémique et ne fournit aucune base pour immobiliser l’avion. » Et de lancer une pique aux administrations des autres pays : « Aucune autorité de l’aviation civile [étrangère] ne nous a apporté des données qui exigeraient d’agir. »

Selon le Wall Street Journal (WSJ), des négociations se tiennent entre les autorités américaines, qui voudraient récupérer les boîtes noires de l’avion d’Ethiopian Airlines, et l’Ethiopie, qui préférerait faire analyser leurs données au Royaume-Uni, pays tiers jugé plus objectif.

M. Muilenburg a contacté la Maison Blanche après avoir lu les Tweet envoyés par Donald Trump à ses cinquante-neuf millions d’abonnés : « Les avions deviennent beaucoup trop complexes à faire voler. On n’a plus besoin des pilotes, mais plutôt d’informaticiens qui ont fait le MIT [Massachusetts Institute of Technology]. (…) Je ne sais pas vous, mais moi, je ne veux pas être piloté par Albert Einstein. Je veux de grands professionnels de l’aviation qui sont autorisés à prendre le contrôle d’un avion facilement et rapidement ! »

Si la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a estimé qu’il était trop tôt pour immobiliser les appareils, la pression croît néanmoins, tant chez les professionnels de l’aviation qu’à Washington.

« Les Etats-Unis ont le système d’aviation le plus sûr du monde, mais les Américains cherchent du leadership en ces temps d’incertitude. La FAA doit agir avec détermination pour restaurer la confiance des gens dans le système », a demandé la patronne d’un syndicat de personnels navigants, Sara Nelson. Lori Bassani, présidente d’un autre syndicat, a précisé que ses « personnels ne [seraient] pas forcés de voler s’ils ne se [sentaient] pas en sécurité ».

Auditions envisagées

Le sénateur démocrate du Connecticut Richard Blumenthal a écrit aux PDG des compagnies concernées : « Le sens commun est, en attendant d’avoir des réponses, d’immobiliser ces avions. » D’autres responsables politiques l’ont réclamé, comme la sénatrice démocrate Elizabeth Warren (Massachusetts), et les sénateurs républicains Ted Cruz (Texas) et Mitt Romney (Utah).

Les commissions du Sénat (aviation et espace, commerce) entendent procéder à des auditions sur l’affaire. Boeing se livre pour sa part à un lobbying très actif à Washington, où elle emploie plus d’une dizaine de firmes et a dépensé, en 2018, 15 millions de dollars (13,3 millions d’euros). Le groupe finance aussi de nombreuses campagnes électorales (2,16 millions de dollars, selon un document interne publié par le New York Times).

La réponse à la crise, en réalité, est peut-être déjà en cours d’élaboration. Selon le WSJ, Boeing va apporter des changements à l’un de ses logiciels de navigation qui force un avion à repiquer du nez s’il monte trop en altitude. Supposé éviter les décrochages et baptisé « MCAS », il a été mis en cause dans la catastrophe de Lion Air : une erreur d’un capteur qui mesure l’angle de pente du nez de l’avion aurait déclenché le système antidécrochage et a pu contribuer à la catastrophe.

  • repiquer du nez
  • décrochage: 失速

Divergences d’appréciations

A l’avenir, le logiciel devrait dépendre non pas d’un capteur, mais de plusieurs, écrit le WSJ. Ces décisions étaient dans les tuyaux avant le drame survenu en Ethiopie. Les professionnels ont été surpris d’apprendre qu’un système dépendait d’un capteur unique, mais Boeing aurait assuré la FAA de la fiabilité du système sur d’autres appareils, et aurait spécifié que l’utilisation de plusieurs capteurs aurait fortement complexifié le système.

  • être dans les tuyaux

L’installation du nouveau logiciel sur chaque avion prendrait une heure. Cette nouvelle version devait être déployée en janvier, note le WSJ, mais les discussions entre Boeing et la FAA ont traîné en raison de divergences d’appréciations techniques, notamment sur l’ampleur des changements à apporter. La fermeture de l’administration fédérale en janvier, en raison du shutdown, n’a pas accéléré les travaux. La modification du logiciel devait avoir lieu en même temps que la mise à jour du manuel d’utilisation et de la formation des pilotes. Le débat est de savoir si la non-mise à jour immédiate du logiciel comporte un danger.

Pour l’instant, les compagnies américaines qui utilisent cet appareil ont fait part de leur confiance dans le Boeing 737 MAX 8. Elles prévoient de poursuivre leurs vols. Southwest Airlines exploite trente-quatre appareils de ce type (sur une flotte de 750 Boeing 737), American Airlines vingt-quatre, notamment pour faire la navette entre Miami et New York, en cette période de vacances de printemps. United Airlines détient quatorze MAX 9, version légèrement plus longue que le MAX 8.

Le WSJ, dont les lecteurs prennent souvent l’avion, a donné aux passagers des indices pour identifier les vols accomplis sur ces appareils. Il leur conseille, s’ils sont mal à l’aise, de demander un changement de vol. Sur les réseaux sociaux, certains clients sont agacés des réponses standardisées et lénifiantes apportées par les compagnies.

  • lénifiante: soothing
20190314-p15-usa.txt · 最后更改: 2019/03/14 11:17 由 82.251.53.114